| 27 février 2004 |
|
Ce matin, une bizarrerie attire notre attention dans la presse, au sujet de procès très compliqués engagés par des femmes contre leur mari. Curieux des phénomènes sociaux, nous cherchons à en savoir plus et interrogeons des locaux à ce sujet que nous ne tardons pas à sentir épineux. ![]()
Le problème serait la conséquence d'une loi récente interdisant la pratique de la dot. Précisons que cette coutume est encore en vigueur dans la majeure partie du pays malgré plusieurs tentatives d'interdiction car vraiment, les traditions sont tenaces dans ce pays !
Nous comprenons assez aisément les motivations de cette loi pour avoir souvent lu dans les journaux que le système de la dot était très lourd à assumer et que cette obligation de fournir une importante somme d'argent à la famille du marié est parfois impossible à remplir pour la famille de la mariée surtout pour les faibles revenus. Cela pousse même certains parents à tuer les nouveau-nés quand il s'agit de filles pour ne pas menacer irrémédiablement les finances du couple ! ![]()
Voilà un peu le contexte dans lequel est intervenue cette nouvelle loi dont les effets indésirables n'ont pas tardé à se manifester...
En effet, le problème évoqué par la presse ce matin serait lié à la nouvelle possibilité pour une femme de se marier à moindre frais (absence de dot) et au fait qu'un nombre croissant d'entre elles en profite pour trouver un bon parti puis demander le divorce peu de temps après !
Vu de l'étranger cela semble peut-être anodin, mais plusieurs paramètres typiquement indiens font de cette combine un calvaire interminable pour la famille du marié et un filon juteux pour celle de la mariée.
On nous relate alors ici l'histoire à priori incroyable et surtout douloureuse d'un mari qu'une femme attaque pour coups et blessures, lui reprochant de lui réclamer une dot, d'abord en civil puis en pénal, impliquant d'ailleurs toute la famille du mari pour complicité et réclamant des sommes hallucinantes. Voilà toute la famille du marié assujettie à une arrestation sur-le-champ pour ces motifs et donc par la même occasion mobilisée pour un règlement à l'amiable (beaucoup d'argent pour étouffer l'affaire).
Le lecteur objectif pourrait être en mesure de croire que la police ou au moins la justice commencent à se méfier de ce type d'accusations récurrentes mais il n'en est rien car, dans l'histoire, tout le monde est corrompu jusqu'à la moelle : la police, les juges mais aussi les avocats !
Il n'y a alors plus que deux tactiques valables : l'intimidation pour faire craquer la partie adverse ou la distribution d'argent pour gagner la faveur des intervenants.
On nous laisse entendre que ce genre de pratique devient tellement courant que, dans les milieux un peu aisés, tout le monde en a entendu parler ou y est directement confronté et qu'on appelle même cela la "dot inversée"!... ![]()
Tout le monde aura déjà bien compris à quel point la corruption est une institution dans ce pays mais nous ne résistons pour autant pas à l'idée de partager une dernière anecdote qui reflète assez bien la mentalité indienne. Elle concerne les trafics de drogue dont on sait bien les ravages qu'ils produisent depuis l'Afghanistan jusqu'en Thaïlande.
Mais en Inde, la criminalité organisée est à l'image du pays qui a eu la bonne idée d'officialiser sa production d'opium en la destinant à l'industrie pharmaceutique (morphine et dérivés). Voilà qui paraît sage. Seulement, il arrive qu'une grosse partie de la production s'égare malencontreusement et n'atteigne jamais son destinataire officiel grâce à quelques appuis bien placés, le tout avec la bénédiction de tout le monde et sans risque !
Il est décidément bien moins dangereux de corrompre des officiels que de monter un réseau de trafic illicite...
Précisons enfin que nous avons aujourd'hui rejoint la ville de Puri, qui abrite un village de pêcheurs sur le Golfe du Bengale et dont les brochures vantent l'atmosphère détendue. Dans l'après-midi nous arrivons dans une ville au charme tranquille dont le comité d'accueil se résume en une paire de chauffeurs de rickshaw se battant et hurlant pour avoir le privilège de nous conduire dans le centre ville.
Ce centre ville nous fait une impression très favorable avec de jolies maisons, des gens souriants et des boutiques pour touristes accueillantes. L'hôtel que nous avions repéré se trouve dans une grande maison coloniale très bien entretenue et entourée d'un grand jardin. Les chambres spacieuses ont plus de trois mètres sous plafond et vue sur les arbres.
Seul hic, le personnel qui, en l'absence du patron pour cause de mariage, se moque ouvertement des clients quand il ne dort pas dans les couloirs.
Tout est décidément un peu comme cela dans ce pays qui a bien des atouts mais où le tourisme rend les relations difficiles. ![]()
TrackBack URL pour cette entrée : http://www.carnet-de-voyage.org/scgi-bin/mt/mt-tb.cgi/106