| 25 mars 2004 |
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Le voyage, c'est un peu comme un roman, avec son lot de rebondissements, de flash-back, de personnages et de liens imprévisibles entre les gens et les événements.
A Tchaung Tha, nous sommes gâtés au niveau des personnages, d'autant plus que nous avons le temps de faire des rencontres.
Ainsi, nous nous retrouvons souvent à partager nos repas avec Hanna de Munich qui travaille dans la finance ou bien Kristien, Belge au sourire généreux partie un an faire le point sur sa carrière en tant que médiatrice auprès d'enfants de parents divorcés. Ce métier délicat a souvent l'air de devenir un gouffre à énergie quand des parents cherchent à prendre l'enfant à partie plutôt qu'à le ménager et Kristien souffre de ne pas atteindre son objectif plus souvent.
Avec nous, il y a bien sûr aussi souvent Philippe, décorateur, musicien et cordon bleu franco-belge atteint depuis des années par le virus du voyage et sur les routes plusieurs mois tous les ans ou encore Franz, Hollandais qui dirigeait plusieurs restaurants avant une rupture d'anévrisme et sa décision d'enfin profiter de la vie.
Mais aujourd'hui nous interpellons ce que nous croyons reconnaître comme étant une "gueule" française à la table voisine et faisons la connaissance de Robert, conducteur de train originaire du sud de la France aujourd'hui installé à Tchaung Tha avec sa femme Anne-Marie depuis plus de deux ans.
Nous nous retrouvons donc à table tous ensemble, à écouter le récit de Robert et sa lecture étonnante du monde qui l'entoure. Personne n'est surpris en apprenant que sa première motivation en s'installant au Myanmar a été la population, sa gentillesse, son bon sens, la place de la femme dans la société et surtout l'ouverture d'esprit qui fait vivre un grand nombre de communautés ensemble. Robert se réjouit de n'avoir jamais eu de problème d'intégration dans la société du Myanmar jusqu'à être maintenant connu comme le loup blanc dans les environs. "Tout le monde trouve sa place ici : les Birmans pour les petits boulots, les Indiens pour l'agriculture, les musulmans pour le commerce et les Chinois pour les affaires. Cela a toujours fonctionné comme cela ici et, mis à part quelques problèmes avec des musulmans, c'est une mécanique bien huilée." Voilà pour la carte postale mais Robert tient à compléter le tableau en nous signalant l'omniprésence de l'armée du Myanmar. Nous ignorions en effet jusque-là que le littoral était la possession de militaires, qui louent des parcelles à des Chinois qui possèdent les hôtels et restaurants.
"Et oui, c'est comme cela ici, et même ma maison je ne l'ai achetée qu'avec un bail de 20 ans et on sait bien que le vent peut tourner un jour. D'ailleurs, c'est toute la richesse du pays qui est entre les mains d'une toute petite poignée d'officiels ou de Chinois, riches à un point qu'il est difficile d'imaginer !" Il nous parle alors des trafics de drogues, de rubis et de teck qui transitent pour l'essentiel par la Chine et dont la population ne tire que peu de profits. ![]()
Entre touristes, nous réalisons à quel point il peut être utopique de prétendre voyager dans ce pays sans que l'argent finisse dans la poche des gouvernants. Nous repensons alors à l'avant-propos du Lonely Planet qui préconise d'éviter les établissements publics comme certains hôtels d'état ou le train pour ne pas cautionner le gouvernement, alors qu'il nous apparaît dorénavant évident que d'une manière ou d'une autre nos dépenses finissent en bonne partie par engraisser l'armée ou de riches hommes d'affaires chinois et non le Birman de la rue... ![]()
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