| 27 avril 2004 |
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Comme convenu hier soir avec notre hôte, on nous réveille avant 6h ce matin pour une séance de Chi Qong dirigée par le vénérable maître Kannara. Ce dernier nous explique les bases de cette discipline et le principe des énergies qui seraient selon lui une des clés de sa réussite. Une heure de pratique devant le soleil levant sert à illustrer son discours. ![]()
Bien réveillés et énergisés, nous rejoignons pour le petit déjeuner toute l'équipe qui forme la "suite" de Kannara et que nous avons rejoint hier soir. Il s'agit du colonel de gendarmerie qui était en voiture avec nous hier, de 2 Cambodgiens de nationalité française rentrés au pays pour prêter main forte à Kannara, d'un homme d'affaire influent sur toute la région, du jeune stagiaire et de 4 gardes du corps. Des partenaires locaux nous retrouvent dans une gargote pour avaler une plâtrée de soupe aux nouilles avec de la viande.
L'ambiance est très détendue, tout le monde discute autour de la grande table ronde et les deux Français nous racontent leurs expériences françaises, l'un dans la confection, l'autre dans l'automobile.
On nous demande ensuite notre avis sur ce beau pays qu'est le Cambodge, vérifiant que nous avons bien visité les sites majeurs. Un des convives complète alors la brochure touristique par une croyance locale selon laquelle le Bouddha lui-même serait originaire du Cambodge. Il se produit d'ailleurs tellement de miracles dans ce pays, nous confie-t-on, que c'est une certitude !
Oh et puis les sceptiques n'ont qu'à aller voir toutes ces choses étranges qui se déroulent dans le Mékong, fleuve dont les habitants mystérieux n'ont pas encore vraiment tous fini de sortir de l'ombre...
Quelques affaires vite réglées, il nous faut reprendre la route pour atteindre Banlung. Le convoi se met en branle, ouvert par le pick-up avec les gardes du corps en armes à l'arrière. Ces hommes sont armés car ils chassent en route nous explique-t-on. D'ailleurs, pas plus tard qu'hier soir nous avons eu l'honneur de manger l'antilope qu'ils avaient eue en chemin. ![]()
Nous avons pris place à bord du 4x4 piloté par Kannara et nous comprenons notre chance de ne pas avoir à emprunter cette piste complètement défoncée par les premières pluies dans un bus sans suspensions ni clim'... ![]()
Nous traversons des zones qui semblent de plus en plus coupées du monde et Kannara nous raconte des anecdotes au sujet des tribus du coin. A chaque fois il s'enthousiasme en faisant remarquer à quel point ces tribus des forets peuvent être drôles, naturellement ignorantes des notions de travail ou de propriété. Déjà ce n'est que tout récemment que ces gens ont commencé à porter des vêtements, et tout change maintenant très vite. Il n'y a pas si longtemps, quelqu'un a effrayé un membre d'une tribu en passant en voiture. Le local effarouché aurait alors lâché le bébé qu'il portait dans ses bras, attrapé son chien à la place et détalé dans la foret. Kannara s'amuse de ces tribus pour qui le bébé n'est d'aucune utilité dans la foret mais à qui le chien sauve bien souvent la vie... ![]()
Depuis, certaines ONG ont fourni des petites motos dans certains hameaux et Kannara nous raconte qu'un jour, un membre d'une tribu ("vraiment qu'ils sont drôles ces gens") est allé chez un garagiste avec le véhicule et a fait remarquer qu'il n'utilisait que les 2 premières vitesses pour pouvoir ultérieurement revendre les deux autres à l'état neuf. "vraiment qu'ils sont drôles ces gens"...
Encore plus drôle aux yeux de notre pilote : leur peur des ancêtres. Pour preuve ces cahutes en bois, isolées dans la forêt qui sont leurs sépultures, à l'emplacement du village qui aurait entièrement déménagé par crainte des esprits défunts. "Ils les redoutent tant qu'ils vont jusqu'à mettre une moustiquaire sur la sépulture ! Qu'ils sont drôles ces gens..."
Le pick-up est immobilisé devant nous et nous nous garons derrière. Bien que des poules sauvages traversent la piste en rase-mottes ce n'est pas le gibier qui est la préoccupation cette fois, mais les freins arrières qui bloquent. Nous patientons pendant cette halte mécanique : la situation est vraisemblablement sous contrôle mais l'usage veut que ce soit le pick-up qui ouvre la route. Sur une piste rouge défoncée au milieu de la jungle, nous sommes à l'arrêt pendant que deux hommes réparent des freins et quatre autres scrutent les fourrés, un fusil avec silencieux sur les bras... Eric se retrouve alors avec un fusil dans les mains et chacun commence à sortir son arme personnelle de sa poche (pistolet automatique à balles explosives, vieux colt digne d'un western...).
La situation prend une tournure encore plus surréaliste lorsque, à nouveau en voiture, Kannara et le colonel commencent à nous parler du passé khmer rouge de deux des gardes du corps. Notre sang ne fait qu'un tour, d'autant plus que nous pouvons voir les intéressés dans la voiture devant nous et que notre homme d'affaires et son colonel racontent en détails les tortures subies pendant ce drame.
Imaginer les victimes et leurs bourreaux aujourd'hui réunis pour manger à la même table nous laisse pantois. Kannara justifie cette situation en expliquant que ces hommes étaient jeunes et qu'ils n'ont de toutes façons vraisemblablement jamais compris ce qui s'était passé. Bon, sans doute, mais tout n'est pas rose pour autant et ces hommes n'ont d'ailleurs jamais fondé une famille ou eu une vie normale depuis lors. Maintenant, assez ironiquement, ce sont des militaires dont une personne influente doit savoir s'entourer pour se faire respecter...
Le coucher de soleil nous accueille à Banlung où tout le monde se retrouve à nouveau pour manger. Nous squattons un restaurant dont le cuisinier de notre troupe s'approprie les cuisines pour préparer les restes de l'antilope et d'un sanglier que nous avons transportés jusqu'ici.
Cette journée riche en émotions nous laisse épuisés mais heureux d'avoir tant appris. Demain, après la séance de Chi Qong, nous tacherons d'en savoir plus sur un éventuel passage au Vietnam par la frontière voisine... ![]()
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