| 7 mai 2004 |
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Savannakhet, plus de cent mille habitants, se vante d'être la première ville économique du sud du Laos et nous avons du mal à le croire tant le temps semble s'être arrêté dans cette bourgade indolente du bord du Mékong. Cependant "le territoire paradisiaque", traduction littérale de Savannakhet, se trouve au débouché sur le fleuve d'une importante voie caravanière en provenance du Vietnam. Aujourd'hui encore, située en face de la ville thaïe de Mukdahan, elle reste le port de débarquement de nombreuses marchandises.
Pour autant nous sommes loin du dynamisme de la Thaïlande et le charme de Savannakhet réside plutôt dans son architecture, héritée de la colonisation.
Profitons de cette pause pour présenter un des personnages récurrent du voyage et qui a ici une importance toute particulière : le samlo. Le samlo désigne cet individu typique des villes laotiennes qui conduit un "trois roues". Au sein de la catégorie "samlo", se distinguent deux sous-classes bien marquées, le "moto-taxi" et le "vélo-taxi". Le premier a bien sûr priorité sur le second. Il s'agit très souvent d'un bricoleur habile qui a accolé une banquette à roue à sa moto personnelle. Dans le civil, il est soit inactif, soit petit fonctionnaire qui n'arrive pas à nourrir sa famille avec son salaire de famine, ou encore collégien qui loue son véhicule à un concessionnaire commerçant pour se faire son argent de poche ou pour amasser l'argent de la dot nécessaire à son mariage avec l'élue de son cœur. Il porte lunettes noires et casquette et il vous conduit où vous voulez, portant les courses de la ménagère jusque dans la cuisine. Son confrère à vélo est plus petit, plus noir, plus maigre. C'est un paysan qui, rendu désœuvré par la saison sèche, lorsque l'absence de pluie interdit toute culture, vient vendre en ville la force de ses jarrets. Le véhicule qu'il a pu louer à la journée à un concessionnaire commerçant est, non seulement un moyen de transport de passagers payant, mais aussi, son abri-promontoire lors des moments de pause.
En 1975, lors du changement de régime, les nouvelles autorités communistes cherchèrent à appuyer leur révolution sur la classe ouvrière. Mais voilà, où trouver une classe ouvrière dans un pays entièrement agricole ? Une analyse originale des différentes classes sociales du Laos montra que c'était la corporation "samlo" qui était la plus à même de représenter le prolétariat. Et c'est ainsi que lors de la "libération de la ville" en mai 75, on vit les "libérateurs" entrer dans la ville au milieu d'une haie de samlo.
Jacques Népote, Pour une géographie culturelle de l'Indochine, Olizane, 1993
Publié par Eric & MarineTrackBack URL pour cette entrée : http://www.carnet-de-voyage.org/scgi-bin/mt/mt-tb.cgi/361