| 11 mai 2004 |
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L'impression d'atomisation, de fluidité et d'incertitude est d'autant plus accentuée du fait que l'Asie du sud-est péninsulaire (dont l'Indochine constitue le coeur) est environné de 3 grandes communautés de destin, rassemblées chacune autour d'un vaste contrat géographique, culturel et linguistique précis qui leur confère une manière d'unité transhistorique : l'Inde (avec l'hindouisme et le sanskrit), la Chine (avec le confucianisme et les idéogrammes) et le "monde malais" (avec l'Islam et la langue malaise).
Les tentatives pour rassembler, de l'intérieur, l'Asie du sud-est péninsulaire sur des bases à peu près unitaires, ou pour l'intégrer, de l'extérieur, à un espace plus vaste, ont régulièrement échoué. A leur apogée, les "empires" khmers, siamois, birmans, chams ou vietnamiens n'ont été que le fruit de coups de dés de portée limitée à la fois dans l'espace et dans le temps. Quant aux volontés de contrôle périphérique, elles ont, au mieux, toujours fini par le prudent désintérêt de l'imperium de leurs promoteurs. Pour s'en tenir à des faits postérieurs au Moyen Age, on connaît le rapide renoncement des Ming à administrer directement le Tonkin (début XVe siècle), le refus pratique des Portugais, des Espagnols, des Anglais, des Hollandais à faire plus que s'aventurer en Indochine (XVIe - XVIIe siècles) alors même qu'ils s'établissaient en force à la périphérie de la péninsule, tant en Chine du sud que dans l'archipel malais.
Ce n'est qu'à la suite d'une série d'accidents historiques proprement français (Second Empire, guerre de 1870, instauration de la Troisième République) - et à contrecoeur de la part de la métropole - que l'Indochine fut touchée par la vague coloniale issue de la révolution industrielle européenne qui submergea le monde. Encore ne le fut-elle que très partiellement et très tardivement. Ainsi, plusieurs dizaines d'années après la signature du traité entre la France et le Cambodge, celui-ci comptait moins de 10 planteurs européens ; et ce n'est que vers les années 1930 que l'administration française achèva la pacification des Hauts-Plateaux Sud-Indochinois, à moins de 100 Km de Saigon.
Extrait de "Indochine" de Jacques Nepote
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