| 31 octobre 2003 |
|
Départ de bonne heure pour visiter Persépolis, à 40 Km au Nord, le fameux palais de Darius où Alexandre le Grand établit ses quartiers après sa victoire sur les Perses (330 av J.C.), et qu'il aurait incendié, bien que cela ne soit plus du tout certain maintenant! Nous passons toute la matinée à parcourir les ruines, vraiment impressionnantes dans un paysage brûlé, désert. De même que la place Royale d'Ispahan mais dans un tout autre genre, c'est un spectacle irréel, à couper le souffle. Splendides bas-reliefs, richesse des symboles, et en surplomb la falaise percée d'un puit de 15 m de diamètre, une cinquantaine de mètres de profondeur, qui servait à alimenter le palais; et les tombes creusées dans la roche…
Après nous être restaurés (nous en avons le droit en tant que voyageurs), nous allons à Pasargades, une soixantaine de Km au Nord, voir la tombe de Cyrus le Grand (530 av J.C.). Malheureusement elle est défigurée par des échafaudages! Toutefois le paysage est somptueux, avec ces vastes plaines très plates bordées de hautes montagnes: on a une idée de ce que pouvait être les invasions dans de telles corridors et de l'importance de certains sites, véritables verrous défendus par des places fortes dont ne reste que les socles…
Retour au soir par la nécropole de Naqsh-e Rajab, période sassanide, 224-637 ap J.C. Coucher de soleil sur la montagne…
| 30 octobre 2003 |
|
Ville de l'art de vivre, du vin (le cépage Chiraz), de la rose et des poètes Hafez et Saadi, Chiraz s'étend au pieds des montagnes à 500 Km au Sud d'Ispahan. L'air y est plus limpide, et frais en raison de l'altitude. Chiraz prospère dés le X ième siècle, et devient capital de l'Empire Perse au XVIII ième . La citadelle est très impressionnante avec sa tour penchée. Le bazar constitue un véritable dédale, et les marchants de tapis sont nombreux. Pratiquement rien pour les touristes, à l'exception du bazar Vakil, au cœur du bazar traditionnel: une place avec un bassin, des fleurs, des boutiques tout autour. Nous sommes toujours une espèce rare et tant mieux! Nous flânons dans la ville, trouvons un ancien Hammam transformé en restaurant où nous passerons une bonne soirée, seuls touristes dans une ambiance chaleureuse.
Nous négocions un taxi et un guide parlant français pour visiter Persépolis le lendemain, et nous emmener à Bam en passant par Kerman, car en Bus, il y en a pour 14 heures au moins.
| 29 octobre 2003 |
|
Nous consacrons la matinée à la visite du quartier arménien: églises aux fresques violentes (scènes de torture). Cela nous semble morbide après la sublime sobriété des mosquées.
Le musée arménien est fort intéressant.
Puis nous négocions le taxi pour rejoindre l'aéroport, prochaine étape Chiraz.
| 28 octobre 2003 |
|
Journée entière consacrée à la visite de la ville, du bazar, de la vielle ville. Il fait un temps magnifique. Mais c'est le premier jour du Ramadan, impossible de trouver à nous restaurer, il nous faudra attendre la tombée de la nuit. Et nous trouvons une charmante maison de thé pour nous restaurer, sous les arcades de la place royale, à l'étage, avec une vue magnifique. Retour vers l'hôtel, promenade au bord de la rivière, thé et narguilé sous le pont des 31 arches: on nous ouvre un "salon particulier"! il n'y a pratiquement pas de touristes, nous avons les monuments pour nous seuls! Et toute l'attention chaleureuse des iraniens.
| 27 octobre 2003 |
|
Arrivée à Ispahan, ancienne capital des safavides de 1502 à 1722, période de l'apogée de l'art architectural perse. La ville est gaie, l'air léger, les onze (!) ponts qui se succèdent sur la rivière forment comme des festons illuminés le soir. Nous traversons un superbe parc qui nous sépare encore de la Place Royale, chef d'œuvre de Shah Abbas Ier (1587-1629): 500 m de long, 160m de large, au Nord le bazar, au Sud la Grande Mosquée Royale, à l'Est le palais Ali Qâpu, à l'Ouest la mosquée du Cheik Lotfollah, l'ensemble est d'une splendeur à couper le souffle! Nous en avons la chair de poule. Nous passons la journée à nous promener sur la place, à visiter les mosquées, le bazar. Un enchantement.
Le soir promenade sur les ponts illuminés, grouillants de vie, avec leurs maisons de thé envahies de fumeurs de narguilés.
| 26 octobre 2003 |
|
Ce soir Marine et Eric devraient avoir leurs visas. Visite du Musée archéologique et première immersion dans les civilisations assyriennes, babyloniennes, mèdes et perses. Beau musée, bonne préparation au voyage. L'après-midi nous visitons le Nord de la ville, au pieds des montagnes, et le centre culturel où une amie de rencontre de Marine et Eric nous reçoit avec beaucoup de gentillesse. Exposition de caricatures: très intéressant…
A 17h20, Marine et Eric ont leur visa. Demain nous pouvons partir pour Ispahan, conformément au planning.
| 25 octobre 2003 |
|
Marine et Eric ont eu beaucoup de mérite à tenir le carnet de voyage, et surtout à prendre un temps considérable à télétransmettre, car les liaisons Internet sont catastrophiques: difficile de trouver des cafés Internet, les vitesses de connexion sont lamentables, et ça coupe tout le temps. Je leur propose de prendre en charge le journal pendant notre séjour, ce qui va les reposer un peu. Après quelques essais infructueux nous décidons que j'enverrai tous les fichiers de France.
Ville de plus de 12 millions d'habitant, située au pieds du massif de l'Elbrouz qui culmine à 5800 m et la sépare de la mer Caspienne, Téhéran dispute au Caire et à Mexico le titre de métropole la plus polluée du monde!!! Effectivement très rapidement les yeux nous piquent et les oreilles nous font mal. Nous ne songeons plus qu'à partir. Mais il faut attendre les visas pour l'Indes. Promenade dans les parcs, visite du Musée du tapis, puis de celui des joyaux de la couronne, déjeuner dans un restaurant typique habilement sélectionné par Marine et Eric, la première journée est vite passée.
| 24 octobre 2003 |
|
Notre taxi roule à tombeau ouvert dans les rues désertes de Téhéran. C'est vendredi, il est huit heures du matin. Nous traversons la ville de part en part, des quartiers populaires du sud où se trouve notre hôtel vers les zones résidentielles "chic" sur les hauteurs nord de la capitale.
Nous sommes invités à prendre le "petit déjeuner" chez Monir et Jalal que nous avons rencontrés à Masuleh (ça suit au fond ?...).
C'est la première fois de tout notre voyage que nous nous sentons immédiatement à l'aise chez quelqu'un. Au-delà du fait que Marine puisse se débarrasser de son fichu avant même de franchir la porte, c'est leur appartement qui inspire le bien-être. Nous remarquons et c'est inhabituel que ce dernier est tourné vers l'extérieur. La déco, sobre, mélange avec subtilité les influences perses et américaines. Tout aussi ouverts, ses propriétaires sont extrêmement cultivés et passionnants à écouter.
Eric a l'immense plaisir de goûter un plat traditionnel : de la tête de veau bouillie (en intégralité avec la mâchoire, la langue et tout...). En tant qu'invité, le morceau de choix lui revient : la cervelle (Christophe et Nadia apprécieront). ![]()
Marine, plus végétarienne que jamais, sera dispensée de goûter au met !
Nous passons une formidable matinée à discuter religion, politique et économie avec nos hôtes et leurs amis. Nous finirons l'après-midi au restaurant avec eux.
Voilà bien des gens que nous aimerions vous présenter. Aucun doute, vous les apprécieriez autant que nous !
Le soir nous faisons une surprise à Claude, Chantal et Loïc en allant les chercher à l'aéroport. A nous les vacances ! Nous leur laissons la parole pour raconter les deux semaines à venir.
Bonjour. Je suis Claude, le père de Marine. Accompagné de ma femme Chantal et son fils Loïc nous rejoignons nos voyageurs à Téhéran pour visiter l'Iran pendant deux semaines.
Nous arrivons à Téhéran le 24 au soir, Marine et Eric nous attendent à l'aéroport. Nous les trouvons amaigris, mais en forme. Première bévue: j'embrasse ma fille, ce qui ne se fait pas en public en Iran! Chantal a mis son voile dans l'avion dès l'atterrissage, elle ne le quittera plus que dans les chambres d'hôtel…
Dans le tumulte de la circulation nous rejoignons la ville: dans deux jours commence le Ramadan, les carrefours sont illuminés et décorés de faux palmiers jaunes et rouges… patientons jusqu'à demain pour découvrir la ville.
| 23 octobre 2003 |
|
Réveil de bonne humeur, on retourne faire un petit tour en France! Puis direction l'Inde. Avec un peu de chance nous réussirons à avoir notre visa dimanche 26, sinon nous sommes bloqués jusqu'au 27.
Claude (père de Marine), Chantal (conjointe de Claude) et Loïc (fils de Chantal) nous rejoignent demain soir ! Nous essayons de faire quelques repérages pour leur venue avant d'aller bouquiner dans un des nombreux et agréables parcs de Téhéran. ![]()
Nous finissons la journée au Musée d'Art Contemporain dont la structure en spirale rappelle le Guggenheim à New York.
Pas de doute, l'Iran est plein de surprise. L'ambiance nous plaît, les Iraniens sont incroyablement détendus et agréables malgré un environnement politique, économique, social et écologique particulièrement difficile. Sauf dans la capitale un volant entre les mains où, même pour des Parisiens et même par rapport aux Cairotes, battent tous les records ! ![]()
| 22 octobre 2003 |
|
Ah, ça nous manquait ! Notre dossier de demande de visa pour l'Inde est incomplet, il nous faut une lettre de recommandation de l'ambassade de France !
Dommage, on était tout contents d'être arrivés à bon port avant la fermeture, sachant que l'ambassade vient de déménager et que l'adresse que nous avons trouvée dans le Lonely Planet est erronée... ![]()
Mais qui aurait cru que franchir le seuil de l'ambassade de France (sans fichu!) puisse nous faire autant de bien. Le document n'est pas prêt avant demain. Qu'à cela ne tienne, nous reviendrons...
Un épisode marquant de cette journée reste notre rencontre avec un groupe de Français devant le grand théâtre Shahr. Il s'agit sans doute de deux couples d'expat' autour de la soixantaine et, quand nous leur demandons poliment quelques informations sur le nom de ce théâtre et le type de spectacle qui y est joué, ils nous répondent d'un unanime mépris que nous n'avons qu'à aller demander au guichet. ![]()
Dans la seconde qui suit, une Iranienne parlant admirablement anglais et français nous prend sous son aile pour nous fournir tous les renseignements dont nous avons besoin et plus encore (invitation pour une exposition dans le musée dont elle est conservateur!).
| 21 octobre 2003 |
|
... Où tout se passe bien !
Levé 5h30 ! Notre proprio descend à Rasht et nous l'accompagnons pour prendre le bus vers Téhéran.
Il connaît les horaires de bus de Masuleh à Fuman puis pourrait nous aider pour le bus suivant vers Rasht ; après quoi il nous restera encore 6 heures jusqu'à Téhéran alors pas de temps à perdre !
Tandis que nous pouvons nous attendre à une journée pénible de bus en bus, le propriétaire en question commence par nous offrir un taxi pour sortir du village puis un autre taxi vers Rasht, puis carrément il nous paye le bus vers Téhéran après avoir pris soin de nous fournir des fruits et des gâteaux en abondance !
Son geste nous paraît d'autant plus incongru qu'il dépense en tout pour nous pas loin du prix d'une nuit dans son appartement...
A l'arrivée à Téhéran, les chauffeurs de taxi se "jettent" sur nous : 50 000, 40 000, 30 000 puis 20 000 Rials... Les prix diminuent progressivement mais, en provinciaux, nous allons jusqu'à proposer 10 000 Rials (environ 1 Euro). Oups, nous sommes allés trop loin car les taxis de Téhéran sont de 50% à deux fois plus chers que là d'où nous venons.
C'est alors qu'un jeune se mêle à la conversation : il est venu attendre un ami qui ne viendra pas et propose de nous conduire gracieusement à notre hôtel. ![]()
Pas de mystère : les hôtels aussi sont beaucoup plus chers. Heureusement, avec un peu de temps et pas mal d'humour, nous obtenons finalement le tarif appliqué d'habitude aux Iraniens, moitié moins cher que celui des touristes... ![]()
| 20 octobre 2003 |
|
Pour moins cher qu'un hôtel nous louons un appartement pour deux nuits. Le plus difficile a consisté à en trouver un muni d'un lit, c'est à dire autre chose qu'un tapis persan pour couchette... ![]()
Aujourd'hui : brouillard. Trop contents de trouver cette bonne excuse, nous hibernons pour la journée, travaillant notre programme des prochains jours et bouquinant autant que possible sur l'Iran et l'Islam. Ouf ! Ca fait du bien... ![]()
A l'avenir il faudra se trouver d'autres lieux aussi agréables et calmes pour se ressourcer. (Enfin, calme, façon de parler ! On n'a pas arrêté d'être dérangés par le vrombissement d'une cascade juste à côté de nos fenêtres...
).
| 19 octobre 2003 |
|
La province de Gîlan, sur les hauteurs de la Mer Caspienne, est réputée pour ses villages de montagne, préservés de l'urbanisme sauvage.
De tous ces villages, Masuleh est l'un des plus fameux. Pour y accéder des bords de la mer Caspienne nous traversons d'immenses rizières où errent des vaches.
La région est extrêmement humide, très chaude en été et relativement froide en hiver. Du coup les forêts ont la densité d'une jungle, mais la végétation semble proche de celle que nous connaissons en Europe...
Le village de Masuleh (1050 mètres d'altitude) est à la limite entre la montagne verdoyante et la montagne pelée aux tons fauve typique des régions plus éloignées de la côte. Les nuages semblent accrochés à ce massif, y déversant toutes leurs pluies sans aucune goutte pour les autres régions !
Nous avons bien de la chance : il fait beau et nous découvrons le village sous le soleil. Accrochées à flanc de montagne en strates superposées, les maisons communiquent par leurs toits. Les quelques rues sont pleines de charme. C'est un village qui vit, le tourisme de masse n'est pas encore passé par là !
Le soir nous prenons le thé avec Monir, Jabal et Sia, de jeunes retraités iraniens de retour au pays après avoir vécu aux U.S.
Leur expérience et ouverture sur le monde nous ouvrent de nouvelles portes. Ils nous invitent à venir les voir à Téhéran. Nous acceptons, ravis. ![]()
| 18 octobre 2003 |
|
Il va falloir penser à quitter Tabriz, même si cette ville est devenue plutôt confortable. Effectivement, Nasser nous y a indiqué toutes les bonnes adresses, le prix de toutes les denrées vitales, nous a fait rencontrer d'autres touristes et, mieux encore, s'est occupé de remplir notre emploi du temps !
Mais au fait, cela ne ressemblerait-il pas à un voyage organisé ? ![]()
La majeure partie de cette dernière journée est occupée à discuter avec Hassan tout en flânant dans Tabriz. Nous avons alors l'occasion d'approfondir sa vision de l'Iran et il s'avère tellement intarissable sur le sujet qu'il nous entretient encore de ses préoccupations sociales et politiques alors que nous montons dans le bus qui nous conduira de nuit à Rasht avant de rejoindre Masuleh.
| 17 octobre 2003 |
|
Aujourd'hui c'est dimanche ! Ou plutôt vendredi puisque nous sommes en Iran. Dès huit heures du matin toute une troupe de routards dont nous faisons partie se rend à El Gholi, un grand et agréable parc au sud-est de Tabriz. Nasser est bien sûr à l'initiative de cette excursion mais nous nous sommes aussi permis de donner rendez-vous sur place à Hassan, un prof d'anglais de notre âge rencontré la veille.
Le parc regorge de jeunes iraniens, garçons et filles déambulant en roller ou à vélo; jouant au volley, badminton ou foot. Ambiance camp de vacances décontracté. ![]()
Même s'il est toujours officiellement interdit à des jeunes de sexe opposé n'étant pas des parents proches de s'afficher ensemble, les jeunes semblent flirter discrètement dans une bonne ambiance relax.
Hassan nous rejoint vers 10 heures. Notre première impression était la bonne, l'homme a beaucoup à dire et nous quittons la troupe pour nous isoler avec lui. D'ailleurs nous ne saurons jamais la suite de l'histoire de cet Allemand qui draguait une jolie iranienne sous les regards complices de Nasser mais aussi de la tante dans le rôle du chaperon... ![]()
Les propos de Hassan sont riches en enseignement, ses pensées claires. C'est un homme engagé. Malheureusement ses idées, disons avant-gardistes en Iran, ne peuvent encore aujourd'hui être entendues par tout le monde. L'anglais et les touristes que nous sommes sont sa meilleure protection contre les oreilles indiscrètes. Nous n'avons pas perdu notre temps. Un peu de l'Iran moderne s'est ouvert à nous.
| 16 octobre 2003 |
|
Rendez-vous au Q.G. des touristes dans les bureaux de Nasser. Bon, d'accord, cela peut paraître bizarre de chercher à se retrouver entre touristes mais croyez-nous, pour les quelques rares filles, ça aide de pouvoir se soutenir!
On en profite pour faire le plein d'infos entre touristes au long court : à vélo, en camping-car, avec enfants ou comme nous et venant d'Europe ou d'Asie.
Balade dans le bazar, (le plus vieux bazar voûté du monde!) notre préféré juste devant celui de Damas grâce à son ambiance sereine et son cadre incomparable. Imaginez plus de 3 Km d'un labyrinthe voûté en brique, comprenant plus d'une vingtaine de superbes caravansérails ornés de boiseries et pleins de tapis précieux, le tout sans l'ombre d'un véhicule à moteur. ![]()
Faisant fi du fichu, nous partons en amoureux découvrir "la petite Cappadoce", incroyable formation géologique qui depuis des millénaires sert de structure au village troglodyte de Kandovan, à cinquante kilomètres de Tabriz.
Tient, là aussi les femmes sont toutes couvertes ! ![]()
| 15 octobre 2003 |
|
Il faut une bonne motivation le matin pour enfiler tout ce harnachement et sortir de sa chambre ! Alors avançons : direction Tabriz.
Eric fait décidément preuve de beaucoup de patience vis-à-vis de Marine qui, réfugiée derrière des lunettes noires en plus de tout le reste, est méconnaissable et semble en vouloir à la terre entière. ![]()
Nous arrivons à Tabriz qui était la capitale de l'Azerbaïdjan au 3e siècle puis sous les Mongols.
Nous y achetons Téhéran News, un journal en anglais, car nous n'avons plus d'informations (TV, radio ou journal) depuis Hama en Syrie et parce que, dans certaines circonstances comme celle-ci, on a un petit pincement au coeur en pensant à la France. Ce journal, pris au hasard parmi les quatre publications disponibles en anglais, ne nous rassure pas pour autant et nous commençons même à être inquiets au sujet de ses lecteurs (voir article). ![]()
Fort heureusement à ce moment critique, en nous rendant à l'Office de Tourisme en fin d'après-midi, nous faisons la connaissance de Nasser Khan, le guide officiel de Tabriz.
Il semble de bons conseils et déploie une énergie impressionnante pour aider chacun de ses protégés. Sa bonne humeur et ses mots rassurants redonnent le sourire à Marine. ![]()
Comme une maman poule, Nasser aime être entouré de tous les touristes rencontrés la journée au bureau et leur donne rendez-vous pour la soirée.
Nous nous joignons à lui pour une promenade nocturne dans les quartiers branchés où nous avons l'occasion de rencontrer une population plus jeune et visiblement plus ouverte. Nous passons aussi cette soirée avec d'autres voyageurs dont, à défaut de filles, Constant, un artiste sculpteur français qui passe cinq ou six mois par an sur les routes et que nous espérons retrouver plus tard à Goa.
Teheran Times, octobre 13, 2003
Which Europe ?
By Kian Mokhtari
Over 93% of present day Iran lies on the Iranian plateau geographically. In fact large swathes of Iraq, Jordan, Lebanon, Egypt, Libya, Syria, Turkey, the Republic of Azerbaijan, Georgia, Kazakhstan, Uzbekistan, Tajikkistan, Afghanistan, Pakistan and India contain ruins, historic buildings and monuments serving to remind all of where Iran once stood and distinguished past.
Although Greek philosphers and historians did their venomous utmost to sully the memory of this great nation in the western version of history, recent archaelogical finds and detailed studies are beginning to paint a totally different picture of the ancient times, putting paid to many inaccuracies in recorded history (...).
It is strange that Greece's famed "golden age of mathematics" only ever happened after the rape of the Persian imperial libraries at Persepolis and Susa by Alexander of Macedon. The librairies are purported to have contained upward of one millon tablets on sciences including astronomy and mathematics.
Another interesting issue is the model of democracy. It is a total historical charade. Archaeologists excavating ancient Greek cemeteries have discovered that the Athenians population in anciant Greek times was made up of approximately 45 percent slaves, who had no rights whatsoever. Thirty percent were free women who were also not entitled to own land or vote (...). This leaves the other twenty-five percent of free males of whom sixteen percent were underage boys and unable to vote. The other nine percent were the only Greeks eligible to vote, but from them only those rich enough could take part in the democratic process. The rich make make up only two percent of the current European population; if we apply this to our calculation, ancient Greece begins to look more like an autocracy. (...)
The Greek actually took pride in being of North African origin. They considered themselves the descendents of ancient Egyptians. Their volumes of classics makes this abundontly clear. Alexander of Macedonia was warmly welcomed by Edgypt on the assumption that he was the illigitimate child of an Egyptian priest from the temple of Amon at Karnak who had served as a holy attendant to the court of Alexander's father, Phillip of Macedonia, while Philipp was away fighting yet another bloody battle. Alexander's mother had as one might say a bit of a reputation in the anciant world you see!
Even generic studies carried out in Europe in the last five years have proven beyond all doubt that all Europeans are related to just twelve men who trekkled over to Europe some 40 000 years ago from the cradle of civilisation itself, the western provinces of Iran. The very 12 knights celebrated in the Germanic version of history, one could even speculate, before the Jewish historians dismissed the idea as pure fantasy post WWII.
Surviving Sumerian tablets excavated in Babylon (modern day Iraq) depict a great flood that took place in distant times. The flood was probably the result of an earthquake or volcanic eruption tearing apart the barrier between the Mediterranean Sea and the low-lying fertile plains to the east that form the basin for the present-day Black Sea. The tablets make no mention of Noah, although there's an ark inscribed on one of them. But a very interesting thing happened about 2500 years ago. Judea was invided by Babylon and the Jews were taken into slavery there and put to work. Many Jews on account of their education were employed at the grand library in Babylon where you'd imagine they'd have had access to the tablets of Gilgamesh that tell the story of the flood. It is feasible to ponder whether a learned Jewish slave librarian adapted the story of the flood to serve Jewish history when in fact Northern Arabs fron Syria or Iraq may be the only true descendants of Noah.
Persian chronicles put the origins of the Jewish race in northeast Africa, in modern-day Ethiopia. The surviving records speak of raids by ancient Ethiopian tribes on the Egyptian Empire's trade routes into Southern Africa. Egypt took action and defeated Ethiopia in a bloody campaign. The chronicles state that an entire tribe inhabiting an island in or off the coast of Ethiopia was offered up as part of war reparations to the Egyptians. If the flight of Moses and the Jews from Egypt into Israel is indeed an accurate story, then the origins of Jewish people is in Ethiopia and the term Semitic only applies to the Arabs, since Semitic means from Sem or Shem, son of Noah, who led all on board Noah's Ark to shore when it finally reached land according to legend.
It is astonishing how Europeans lap up any old ridiculous ravings of some half gone mad ancient Greek philosopher as historical fact in what seems like a desperate bid to offer their cultural identity some kind of legitimacy. The artifacts they brought back included alleged bits of Jesus Christ's cross; hence there is firm recorded precedence for such behavior within Europe.
Iran and Mesopotamia predate all know cultures other than Egypt's. Therefore almost all social habits and systems including democracy must have predated Greece and originated from there. Evidence is emerging of city-states on the Iranian plateau with true one-man, one-vote administrative systems that predate the first Persian Empire by several millennia.
Marco Polo is another historical fake. The man probably never got further than Azerbaijan. He returned after his travel with a forty-page travelogue. Anyone who has taken the time to read Marco Polo's book must know that it is over two hundred pages long. The reason being that he entrusted his script to a professional writer named Rustichello of Pisa, a writer of romances who proceeded to beef up the tales with a titillating rather than informative narrative. For a man who was supposed to have been in China for seventeen years, Marco Polo did not pick up even a few Chinese or Mongol words or names of places, seemingly having relied entirely on Persian pronunciations of Chinese words. Almost all Chinese names in his book are Persian or Arabic equivalents. But the rub is in when he claims he took part in the siege took place three years before Marco Polo even allegedly got to China. The second is that two Iranian siege engineers called Ismail and Ala Al-Din actually built the machines. Records of the payment made to engineers detailing their work have actually survived in China's national archives. The rest of Marco Polo's narrative is a poor translation of Rashid al-Din (1247-1317), an Iranian historian who never claimed to have traveled to China: he compiled his work from the sources available to him. Marco Polo never mentions chopsticks as eating implements, one of the first things you would imagine a European traveler should notice. His geographic directions are similarly inaccurate and confused and last but not least, there are no reliable records of a European traveler reaching the court of the Mongol ruler Kublai Khan let alone being appointed by the Khan to the post of governor of Yangzhou for three years as Marco Polo claims in his book !
Since the day Europeans started copying Arabic and Persian manuscripts of the Hellenic philosophers, the Western world has been trying desperatly to create the myth of a self-generated Europe that emerged without the help of other religions, cultures and civilizations. Europeans are just as guilty as the Jews in erasures of history: the most notable being the erasure of Islam's influence on the formation of Western civilization. There are many parties who will continue to perpetuate the myths, fictions and stereotypes initially drawn by Marco Polo for their own political ends.
Denial in psychology and psychiatry is an ego defense mechanism that operates unconsciously to resolve emotional conflict and to allay anxiety by refusing to perceive the more unpleasant aspects of external reality. Freud described it as a primitive defense mechanism. Is is considered maladaptive when it becomes delusional. The European denial of the firm evidence emerging with regards to their beginnings matches in intensity the Jewish denial of its Black African roots. Both camps have evidently become delusional to the point where they simply refuse to face what they perceive as unpleasant aspects of external reality. Their delusive state is apparent in their respective national behaviors. Denial often leads to compulsive violence in people and violent military action accordingly continues to play a prominent role in the Western and Israeli foreign policies.
If you'd imagine for argument's sake the Western world as the son, then the holy mother is a little corner of the Middle East called the cradle of civilization, a spiritual mother who has been demonized and abused for no reason other than the lopsided images of her, constructed from her son's prejudices, fears and misconceptions.
The great civilizations of the world are the result of centuries of cross-cultural exchanges and borrowing. The fewer the number of cultures that are destroyed, races that are forced to the brink of extinction and religions that are rubbed out today, the lighter the burden of regrets will be for the future generations. The human race might look back one day and regard our present time as the coming of second Dark Age; a time when plagiarism and allegation is all that is required to justify war, sanctions and unjust containment of entire nations whose contributions throughout history have formed the very basis of human development and have eased its progress.
| 14 octobre 2003 |
|
"Le chef de la femme c'est l'homme (...). Si la femme ne porte pas le voile, qu'elle se fasse tondre (...).
L'homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l'image de la gloire de Dieu; mais la femme est la gloire de l'Homme (...). Et l'homme n'a pas été créé pour la femme mais la femme pour l'homme. Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance."
Cette injonction faite aux femmes de porter le voile et de se soumettre à l'homme se trouve-t-elle dans le Coran ? Non, elle a été énoncée par l'apôtre Paul dans sa première épître aux Corinthiens!
Malgré nos anciennes traditions, cette histoire de fichu n'est pas facile à gérer à l'arrivée en Iran.
Nous revoyons la BD Persepolis dans laquelle Marjane Sartrapi raconte son enfance pendant la révolution culturelle et sa douleur quand, pour la première fois, elle a été forcée de porter l'uniforme avec le voile par la police.
Un petit coup de pub en passant pour cette bande dessinée remarquable qui permet de comprendre cette période en la vivant de l'intérieur, c'est à dire par l'expérience d'une famille de Téhéran.
Marine compatit très sincèrement avec ces femmes dont beaucoup, n'attachent aucune valeur spirituelle au port du voile.
Cependant on se rend vite compte que ces obligations vestimentaires sont une habitude pour les Iraniens.
Pour certaines d'ailleurs se promener sans respecter le "hejad" (tenue décente obligatoire) correspondrait en France à se balader tout nu (et pas forcement tout bronzé!).
| 13 octobre 2003 |
|
Certains matins nous nous levons avec entrain et des idées saugrenues plein la tête. ![]()
Aujourd'hui, notre mission : débusquer le chat de Van !
C'est une célébrité ici et une statue à son effigie orne le premier rond-point à l'entrée de Van (ça change des portraits du président syrien...).
Nous avons vu cette espèce de matou en photo partout : blanc, un œil bleu et l'autre jaune. Mais on dirait que ses représentants ne traînent pas volontiers en ville.
Qu'à cela ne tienne! Nous partons de bon matin à l'assaut de la campagne autour des ruines de l'ancienne ville de Van, vieille de plus de 3000 ans. La traque est étonnante car un château passablement effondré domine les ruines de son piton rocheux, des corbeaux virevoltent autour : on s'imagine au milieu des Carpates...
C'est en fin de journée que nous finissons par débusquer plusieurs de ces fameux félins très sauvages! ![]()
Nous finissons la journée à sympathiser avec le très attachant kurde monsieur Abdurrahman Erfidan, de l'Office de Tourisme de Van, autour d'une partie de ping-pong et avant de visiter son village. Nous en profitons pour le remercier très sincèrement pour sa compétence, et ses précieux conseils ! ![]()
| 12 octobre 2003 |
|
C'est bien beau de frimer en voulant explorer le monde sans guide, mais tout de suite, tout se complique.
Nous cherchons désespérément à connaître les horaires du ferry. Mis à part un départ très très matinal (on est franchement pas d'humeur à se lever tôt : pour une fois qu'on a trouvé un bon lit!) ou de nuit (pas question de ne pas profiter du paysage), personne ne s'accorde à nous donner la même heure de jour.
Nous avons beau marcher 5 Km jusqu'à l'embarcadère, rien n'y fait...
Tant pis pour le bateau, nous prendrons le bus.
Les paysages sont toujours aussi superbes, c'est un vrai régal pour les yeux. Montagnes, plaines et vallées se succèdent à plus de 2000 mètres d'altitude, parsemées de petits villages hors du temps.
Seuls les très nombreux camps militaires nous rappellent à la réalité et au drame que vivaient encore cette région kurde il y a tout juste quatre ans. ![]()
Les Kurdes nous donnent le sentiment d'être assez réservés et la plupart des gens qui viennent vers nous sont des Turcs des grandes villes, ravis de rencontrer des étrangers, dans cette région qui leur est un peu hostile.
Nous prenons notre chambre dans un hôtel pas cher qui fut sans doute pas mal il y a quelques quarante ans mais qui aujourd'hui, bien qu'entretenu, est plutôt glauque. Mais bon, tout le monde y est sympa et donc ça nous amuse...
Cette fois nous partons à la recherche d'informations pour un train allant en Iran. Décidément, tout autre moyen de transport que le bus semble peu populaire, et personne n'a d'information, voire la moindre idée de la localisation de la gare. Il faut dire qu'un seul train par semaine, ça a de quoi décourager les plus motivés... Comme nous ! ![]()
| 11 octobre 2003 |
|
Agréable journée de promenade en dolmus (minibus), voiture et camion autour du lac.
Nous flânons notamment en compagnie de cinq jeunes enseignants turcs (originaires de grands villes comme Ankara, Istanbul et Konya), en première affectation à Tiblitz (petite ville paumée en plein cœur de l'Anatolie orientale) : vivement la quille! Dans quatre ans...
Belle journée
.
N.B. Avis aux esprits curieux :
Une encyclopédie nous fait cruellement défaut pendant ce voyage car il est des détails que nous aimerions éclaircir.
Par exemple, aujourd'hui, nous avons tenté de trouver l'origine du pantalon turc, celui qui comprend un large pan d'étoffe plissée entre les jambes.
La seule théorie intéressante entendue jusqu'ici est tirée d'une croyance ancestrale qui voudrait que, au retour du 12e imam, des hommes se mettent à pondre des œufs et que le pli dans le pantalon permettra de recueillir ces œufs annonciateurs sans les casser !
Si quelqu'un connaît une autre version ou a une bonne encyclopédie sous la main, on est preneurs
!
| 10 octobre 2003 |
|
Notre guide du Moyen-Orient étant trop général, nous nous en remettons aux brochures avec photos pour choisir notre nouvelle destination : Tatvan, au bord du lac de Van.
C'est d'ailleurs excitant de partir pour l'inconnu, sans même savoir si il y aura un seul hôtel à notre prochaine étape... ![]()
C'est en tous cas de là que nous comptons prendre le ferry pour Van, avant de rejoindre l'Iran
.
La route de montagne est superbe et nous ne nous attendions vraiment pas à de tels paysages. Nous aurions bien aimé arrêter le bus pour prendre quelques photos... ![]()
En arrivant, nous trouvons un village bien calme et ses habitants semblent tout à la fois discrets et accueillants.
On peut juste déplorer que les eaux usées de la ville se jettent dans une décharge sur les rives de ce magnifique lac. Nous serions bien restés flâner un peu... ![]()
| 9 octobre 2003 |
|
Nous attendons Monsieur le Directeur de l'Office de Tourisme.
L'homme de garde ne parle ni anglais, ni français, ni espagnol. Il semble pourtant des plus ravis de nous voir : enfin un peu de compagnie !
Le Directeur arrive. Visiblement cultivé, monsieur Reçit Akgünes parle un français remarquable. Avec la sérénité du sage il nous explique l'importance de son rôle dans cette région en crise. Charmant, il nous promet des réponses à toutes nos questions
.
Après trois quarts d'heure à boire le thé et à discuter agréablement, monsieur Reçit Akgünes propose une visite de sa ville.
Première étape : les locaux d'une société de transport en bus... Là, hors du cadre officiel de son bureau, l'homme se met à nous vendre ses services (extrêmement cher!). Sa carte de Directeur de l'Office de Tourisme se transforme (au sens propre) en carte de guide et toujours avec le logo du ministère du tourisme
.
Nous déclinons les offres, ce qu'il semble parfaitement comprendre. Pour autant il nous propose de se joindre à lui pour déjeuner. Au cours du repas, cet homme distingué joue tantôt le rôle du Directeur faisant la promotion de sa région et limite philanthrope, tantôt celui de guide, peu à l'écoute de nos besoins, nous proposant à nouveau puis encore une fois ses propres prestations. Nous ne savons plus à qui nous parlons.
Etonnant personnage que cet homme pourtant si charmant
.
Nous poursuivons seuls notre visite.
Quand, dans la vieille ville, un autre guide vient nous accoster, nous déclinons ses services en prétendant que Reçit Akgünes s'occupe de nous. Sa réaction est fulgurante : "Il n'est pas guide... La prochaine fois je me plains à la police... Attention à ne pas laisser Marine seule avec ce malade..." ![]()
Bonjour l'ambiance !
La guerre en Irak a, ici aussi, laissé des traces et le touriste est devenu une denrée rare qui s'arrache. Dommage que notre budget si limité nous rende peu comestibles...
| 8 octobre 2003 |
|
Il est deux heures, le train part à l'heure et nous serons dans cinq heures à Qamishle, la dernière ville avant la frontière.
A l'arrivée, un pick-up nous dépose au poste frontière. Tout y est calme et pour cause : il ouvre dans deux heures !
On nous installe deux chaises à l'ombre d'un mur et d'un camion citerne et on nous offre le thé. Nous ne sommes pas très bien réveillés mais, pour notre première frontière à pied, la situation est plutôt drôle !
Des gens nettoient la route à coups de jets d'eau et de ballet brosse. D'autres personnes arrivent, bien habillées et l'air important.
On s'active aussi du côté turc : des gens en costumes s'attroupent le long de la grille, on entend des chants folkloriques.
Alors, nous sommes dirigés vers les bureaux et obtenons notre tampon de sortie et un autre thé avec presque une heure d'avance sur l'heure d'ouverture officielle...
C'est du côté turc que nous assistons, un thé à la main, au spectacle de l'arrivée d'un officiel syrien avec musique, danses et haie d'honneur. Nous sommes les seuls touristes égarés là de si bon matin et la situation est assez comique! ![]()
L'officiel, un militaire à la soviétique, semble assez peu goûter l'accueil et monte en voiture sans avoir jeté le moindre coup d'oeil au spectacle.
Au bout de dix minutes, tout est fini et nous pouvons terminer les restes du buffet et encore du thé avec les militaires turcs. Quel accueil ! ![]()
L'un des militaires parle français et nous oriente vers notre prochain bus, direction Diyarbakir. Nous traversons une région vallonnée, couverte de champs de blé et de coton.
Une fois installés pour une nouvelle étape, nous passons la fin de journée à discuter avec un jeune Kurde rencontré dans la rue.
| 7 octobre 2003 |
|
Les deux plus grands garçons de la famille nous ont fait l'honneur de nous laisser leur chambre mais pas question pour autant de faire la grasse matinée: un petit tour au Hammam de la maison et nous rejoignons toute la famille dans le grand salon devant la télé.
Plusieurs chaînes diffusent des clips musicaux avec des armées de filles sexy se trémoussant presque à poil. Les hommes semblent apprécier le divertissement alors que leurs femmes, voilées, mécontentes, zappent dès qu'elles en ont l'occasion
.
Dans la matinée, la famille nous emmène en voiture faire le tour de la ville de Raqqa dont ils sont si fiers. Bourgade tranquille le long de l'Euphrate, Raqqa a conservé quelques vestiges de son glorieux passé : un bout d'enceinte, la porte de Bagdad et les fondations d'une mosquée, le tout en terre sèche déjà bien érodé ! Mais aussi l'Euphrate, brisé en mille morceaux par le barrage et dont tous les affluents se rejoignent petit à petit en irriguant sur leur passage une végétation luxuriante. Dommage que le Bertrand Delanoë local n'ait pas encore pensé à "Raqqa-Plage"! ![]()
Le reste de la journée passe à rester alanguis en famille sur les gros coussins devant la télé.
Suite aux récents bombardements d'un "soi-disant" camp d'entraînement palestinien à 15 Kms de Damas, nos hôtes partagent avec nous leurs angoisses
.
Le son de cloche est le même chez tous les gens que nous avons rencontrés en Syrie: ressentiment très vif vis-à-vis d'Israël mêlé à un sentiment d'impuissance se traduisant par beaucoup de frustration et une envie de revanche.
On sent bien qu'ils partagent le martyr de la cause palestinienne et qu'ils aimeraient les aider avec les moyens à leur disposition. Nous ne serions d'ailleurs pas surpris que ce sentiment soit aussi partagé par bon nombre de militaires haut placés...
D'un autre côté, ils ne semblent pas faire le lien entre ce sentiment et les accusations des Etats-Unis de soutenir le terrorisme. Ils souffrent donc en plus d'un profond sentiment d'injustice, d'autant plus qu'ils font tout pour perpétuer cette merveilleuse tradition d'accueil qui les caractérise.
Au-delà de ces considérations de politique internationale sans cesse martelées par la télé syrienne et autres chaînes arabes, on remarque une quasi-absence de conscience politique intérieure.
Les personnes avec qui nous nous sommes entretenues à ce sujet se sont d'ailleurs défendues de vouloir s'en mêler.
Nous avons été frappés de la différence par rapport à la Jordanie et au Liban où tout le monde semblait prompt à la critique, voire à l'autocritique (cf. article L'Orient le Jour).
Avoir traversé la Syrie nous a peut-être permis de saisir d'autres aspects de la situation en Irak.
Nous finissons la journée en attendant deux heures du matin et le départ de notre train pour la frontière par une promenade à pied de nuit dans la ville, un thé chez une parente et l'incontournable séance cadeaux...
| 6 octobre 2003 |
|
Nous allons voir l'Euphrate!
La route est parsemée de sites intéressants : Qasr ibn Warden (palais, forteresse et église du 6e siècle), les "Beehive Houses" (ingénieuses maisons en forme de ruches, fraîches en été et chaudes en hiver, encore habitées il y a cinquante ans et aujourd'hui boudées au profit de maisons modernes en parpaings froides en hiver et chaudes en été
), Rasafa (ville fortifiée du 3e siècle) et enfin Qala'at Ja'abar, une imposante citadelle en brique sur une presqu'île du lac al-Assad.
Pour voir ces sites il faut prendre un taxi ou bien galérer en bus avec des sacs toujours trop lourds! La chance est avec nous et nous pouvons partager les frais d'un taxi avec un sympathique couple hollandais. Leurs nombreuses expériences de routards nous permettent d'obtenir de précieux tuyaux sur l'Asie
.
Après 250 Kms et pas mal de crapahutage dans les ruines, nous arrivons au lac al-Assad sur l'Euphrate. Omar, notre chauffeur, nous dépose dans une buvette isolée sur une rive paisible. Un petit paradis
.
Hadrien et Anna, nos compagnons de route, demandent si on (on = les femmes) peut se baigner comme prévu. "No problem répond Omar sans hésiter. Au bout de deux minutes, une voiture arrive avec une famille musulmane traditionaliste à son bord. Le chef de famille, manifestement à l'initiative de sa femme, hurle au scandale en voyant Marine et Anna se baigner en maillot de bain
.
Tout le monde se rhabille au plus vite. Notre chauffeur se sent profondément humilié. Un groupe de trois hommes attablés a la buvette s'insurge aussi contre cet "idiot", ce "bad man" et nous invite à déjeuner et à boire du araq (pastis local) avec eux. Nous faisons tous profil bas au sujet de cet embarrassant événement. Rien n'y fait. Pour laver l'affront, nous sommes invités chez l'un de nos hôtes dans la ville voisine de Raqqa. Anna et Hadrien doivent rentrer à Hama et nous laissent sur place. On se demande où on va bien pouvoir tomber cette fois.
Abdel Aziz à 60 ans, travaille pour la centrale électrique du barrage et est père de 6 enfants: 2 filles, 4 garçons dont deux se débrouillent plutôt bien en anglais. Leur appartement est très confortable : air conditionné, satellite, table avec chaises (une première, même si on mange par terre!), et lits avec sommier et matelas. L'accueil est comme le veut la tradition syrienne, respectueux des règles ancestrales édictées par les bédouins et tout le monde se met en quatre pour tout nous prodiguer et pour que nous ne fassions rien...