| 31 décembre 2003 |
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L'alcool est interdit dans le Kerala. Pour autant il serait bel et bien impossible d'imaginer un centre de vacances pour Occidentaux sans une goutte d'alcool ! Alors la bière et le rhum circulent sous la table à des prix néanmoins prohibitifs (par rapport aux prix locaux au moins !)... Le petit manège est amusant: certains restaurateurs servent la bière dans une théière pour qu'une éventuelle patrouille de police ne puisse la repérer ! Et les bouteilles en verre: elles vont sans doute directement dans la mer pour ne pas être repérées ? (Comme tout les détritus du village et qu'on repère facilement, eux...) ![]()
Chaque restaurant a sa petite astuce pour servir de l'alcool tout comme il aura aussi son animation en ce soir de réveillon : DJ, théâtre, danse, musique traditionnelle ou bruit des vagues...
Ambiance familiale et décontractée, pour dîner nous nous payons un gros poisson chacun et pensons à nos proches et à nos amis et à ce réveillon de l'an passé à Paris dans le jardin d'Alexandre et Muriel, sur le thème de la jungle et où tout le monde est venu en short et maillot de bain par zéro degrés...Cette année ce sont les amis qui manquent ! ![]()
| 30 décembre 2003 |
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Varkala ressemble déjà beaucoup à "un piège à dollars", accueillant son flot de vacanciers qui viennent bronzer, fuyant la grisaille et le froid européens. Certains des prix sont exorbitants, notamment dans les petites échoppes tenues par des marchands pressés de faire de l'argent. Le mensonge et le mépris sont leur quotidien. Nous avons beau ouvrir le dialogue, sourire, être fermes, leur souligner leurs contradictions ou leurs mensonges, rien n'y fait. Nos premières expériences, et notamment en compagnie d'Anthony, nous ont donné l'impression que notre attitude vis-à-vis de nos interlocuteurs (sourire, agression, respect, mépris, humour, violence...) n'influait que peu sur leurs réactions. C'est comme si nos paroles glissaient sur eux. Alors à quoi bon se battre... Et concentrons nous à respecter les gens en toutes circonstance, à garder notre sourire et une bonne dose d'humour !
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Négocier n'est plus un "jeu" comme dans le monde musulman, mais un rapport de force permanent.
Là où le touriste de passage abandonne, nous voulons nous battre. Toute économie est sur le long terme synonyme de plus: plus d'excursions, plus de motos, plus de musées... Tout en respectant notre budget. Et puis en vérité, notre ego a du mal à accepter l'image de dollars à pattes que nous renvoient beaucoup d'indiens, d'autant plus que nous étions habitués à l'excellent sens du commerce des musulmans. Ici, beaucoup de commerçants attendent juste que cela passe, trouvant normal de faire payer plus aux touristes sans pour autant s'adapter à leurs exigences et besoins. Inutile alors de se rebeller contre ce "grand truc mou", à moins de s'appeler Zorro... ![]()
| 29 décembre 2003 |
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Arrivés a 6h du matin à Trivandrum, nous découvrons une grosse bourgade un peu suffocante et surtout envahie par les touristes locaux: plus une chambre correcte disponible a un prix raisonnable.
Après avoir pas mal crapahuté avec nos sacs-toujours-trop-lourds, nous devons nous rendre a l'évidence: il ne sert a rien de chercher à rester à Trivandrum.
On veut bien être cool mais pas passer le réveillon enfermé dans un cagibi !
C'est donc dans ces circonstances que nous arrivons dans l'après-midi à Varkala un peu plus au nord. C'était bien la peine de quitter Goa et de tenter une nouvelle incursion en Inde pour courir illico rejoindre le premier village de touristes occidentaux... ![]()
On peut toujours prétexter que la configuration du site est différente (au bord d'une falaise), que nous avons quand même parcouru près de mille bornes pour arriver là ou encore que la province du Kerala n'a rien a voire avec celle de Goa, qu'elle est beaucoup plus riche et compte le plus fort taux d'alphabétisation du pays... nous sommes encore au Club Med ! ![]()
Ici, des locaux ont construit des hébergements en béton avec vue imprenable sur la falaise et une multitude de commerçants ont ouvert une boutique en palmes et en bambou, démontable dès le début de la mousson. Nous retrouvons les mêmes vêtements que partout (un peu moins hippie qu'a Goa) mais aussi des Cachemiris avec châles et pashminas, et des Tibétain venus vendre bijoux et artisanats alors que la saison touristique est finie chez eux.
Quasiment entre chaque boutique se trouve un restaurant et nous sommes très surpris de constater que, dans ces établissements toutes les chaises sont tournées vers la mer, coupant ainsi court a toute velléité de communication avec ses voisins et un peu comme si l'on y venait pour assister a une pièce de théâtre dont la vedette serait le soleil couchant sur la mer d'Oman, assisté des nombreux touristes déambulants le long de la falaise.
Un premier constat s'impose: nous voilà désormais bien loin de l'esprit communautaire de Goa et faire des rencontres ne sera sans doute pas une mince affaire...
| 28 décembre 2003 |
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Alors que nous sommes toujours à Margao dans l'attente d'un train, les journaux locaux annoncent la catastrophe en première page: tremblement de terre en Iran faisant plus de 20 000 morts.
Les photos de l'oasis de Bam dévastée nous laissent sous le choc.
Il n'y a même pas deux mois nous déambulions dans la citadelle classée patrimoine mondial de l'humanité et nous prenions le thé en discutant avec ce cher monsieur Akbar...
Des images, des moments d'exception nous assaillent et nous font frémir. De nombreux visages nous reviennent : du chauffeur de taxi, des marchands de pain ou de légumes, des enfants dans la rue, du gardien de la citadelle, tous ces gens avec qui nous avons plaisanté ou juste échangé un sourire...
Et que sont donc devenus l'inoubliable monsieur Akbar et sa famille ? Nous revoyons comme si c'était hier le livre d'or de sa guest house aux pages remplies de compliments et de choses gentilles bien mérités. Nous repensons à son histoire, ses combats, ses projets pour agrandir la guest house et plus tard la léguer à son fils...
Nous nous sentons bien impuissants et le cœur serré alors que nous aimerions tant aider ces gens qui ont tout perdu après nous avoir tellement offert...![]()
| 27 décembre 2003 |
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Bisous-bisous, on embrasse tout le monde et nous voilà de nouveau sur les routes. Déjà pour quitter Arambol, le préposé aux tickets dans le bus nous explique le plus sérieusement du monde que, pour faire le trajet dans ce sens, le tarif est plus élevé (sans doute consomme-t-on plus de carburant à cause du sens du vent !
). Nous ne discutons pas mais demandons juste notre monnaie sans nous laisser intimider par les gémissements théâtraux de notre interlocuteur. ![]()
Il finit par nous rendre notre monnaie sans rien dire. Il suffisait de si peu pour nous rappeler que nous sommes des touristes et que notre rôle dans cette société est de tout payer plus cher ! ![]()
Les chauffeurs de taxi sont les plus fervents adeptes du "les touristes doivent payer plus: le double est un minimum !". Ils préfèrent s'obstiner dans cette voie, même si cela leur fait perdre la course...
Trois bus plus tard et un total de 5 Km à marcher sous le cagnard avec nos sacs toujours trop lourds et la gare de Margao est devant nous.
Nous n'avons pas de réservation et le train que nous comptions prendre pour Quilon dans le Kerala (tout au sud de l'Inde) est complet. Pour couronner le tout, les hôtels de la ville sont chers (pour cause de haute saison) et nous finissons dans une auberge de jeunesse en compagnie d'une nuée de moustiques: au moins 20 piqûres pour Marine rien que cette nuit-là. Après presque deux semaines sur une plage au soleil il faut se remettre dans le bain... Dur-dur ! ![]()
| 26 décembre 2003 |
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Arambol est un village, une grande famille: quand on y séjourne un peu, on ne peut plus mettre le nez dehors sans rencontrer l'adorable Sara, l'inévitable Constant ou bien Vincent avec ou sans sa moto, Anthony quand enfin il est réveillé, Annie et Tracy (surtout quand elles font grand bruit en se disputant), Catherine d'Allemagne, Joëlle qui vendait des pièces de voiture au Zaïre à 18 ans, Kan, sa femme et leur toute petite fille du Japon, Martin le colombien, Olivier qui a des problèmes avec la police ou encore Tita la portugaise francophone, Mélanie la danseuse de flamenco, toute la bande des Espagnols et puis tous ceux dont nous n'avons pas pu retenir les noms...
Rencontres, surprises, sollicitations pour un resto par-ci, plage par là, balades à moto... Il est tentant de s'installer à Arambol pour un mois ou plus ! Mais nous avons encore tout le pays à découvrir alors bougeons !
Pour notre dernier dîner, nous sommes invités chez Sara. Cette jolie Suisse est comme un rayon de soleil: tout sourire, douceur et générosité.
Elle s'est installée pour plus d'un mois à Arambol et y a loué une partie de maison de pêcheurs où elle héberge avec beaucoup de simplicité quelques amis du monde entier. Tout le monde contribue à faire sortir des merveilles de la cuisine...
On mange de la viande, du poisson, on boit de l'alcool et on fume en profitant de notre dernière soirée de "vacances": demain nous retournons en Inde après cette pause salutaire !
Nous échangeons nos mails car nous retrouverons sans doute certains membres de la fine équipe... ![]()
| 25 décembre 2003 |
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| 24 décembre 2003 |
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Jusqu'alors, rien n'était venu nous le rappeler : pas un nuage à l'horizon, en maillot de bain toute la journée, pas de T.V. ni journaux, pas de Père Noël ni de sapin...
Et puis arrive le 24 et partout résonnent les répétitions de chants religieux. Les enfants s'affairent à construire de grandes crèches devant leur maison, pendant que leurs pères accrochent des lampions en forme d'étoiles en papier et contenant une bougie.
Tout le monde s'applique à sa tâche dans la bonne humeur. ![]()
Un garçon vient de trouver une longue branche d'arbre avec ses feuilles. Il court dans les rues en terre entre poules et cochons tout en exhibant fièrement son trophée : un arbre de Noël ! Planté dans le sol et une fois décoré de bouts de papier et de plastique, il fera sensation devant la maison !
L'ambiance fait plaisir à voir. Tout le monde est de bonne humeur en préparant la fête. Toute la communauté se retrouve pour chanter et se recueillir dans la joie et l'allégresse.
Les touristes quant à eux sont partagés entre le Noël alternatif: trans-party à Ajuna pendant trois jours et trois nuits sans interruption; le Noël nostalgique: à la recherche d'une église et d'une guitare qui joue de vieux standards; le Noël indifférent: un jour comme les autres puisque c'est toujours la fête à Goa ! ![]()
| 23 décembre 2003 |
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A chaque fois que nous quittons Arambol, nous avons l'impression de revenir en Inde, tellement l'univers de ce petit village est à part.
Aujourd'hui, accompagnés d'Anthony et Tita, nous mettons le cap au nord, quittant Goa pour la province du Maharatra, beaucoup moins touristique.
Nous louons de petites motos pour 3 ou 4 Euros la journée. ![]()
Après la visite d'un fort portugais reconverti en hôtel et de petits villages animés, nous nous échappons sur une immense plage déserte. Du sable fin à perte de vue bordé par une palmeraie et juste quelques bateaux traditionnels avec des pêcheurs préparant les filets. La scène est absolument sublime. Nous sommes frappés de découvrir une vie grouillante sous chaque trace que laisse nos pas sur le sable mou: des millions de coquillages et de crabes peuplent la plage en silence. Nous observons ce spectacle avec fascination avant d'organiser une course de bernard-l'ermite... ![]()
Nous passons une bonne partie de la journée à ramasser plusieurs centaines de palourdes et quelques bigorneaux. Un bon gueuleton en perspective. ![]()
Il n'y a personne qui pourrait être dérangé sur cette plage: en fin de journée nous ne résistons pas à une balade en moto dans le sable ! Au coucher du soleil nous nous prélassons dans des piscines naturelles. Quel bonheur ! ![]()
| 22 décembre 2003 |
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L'Inde est un pays qui absorbe toutes les énergies.
Tous les chefs militaires qui ont tenté de la mettre au pas s'y sont épuisés. Au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient à l'intérieur du pays, l'Inde déteignait sur eux, ils perdaient de leur pugnacité et s'éprenaient des raffinements de la culture indienne.
L'Inde est une masse molle qui vient à bout de tout.
Ils sont venus, l'Inde les a vaincus.
La première invasion d'importance fut le fait des musulmans turco-afghans. En 1206, ils prirent Delhi. Cinq dynasties de sultans s'ensuivirent qui toutes tentèrent de s'emparer de la péninsule indienne dans sa totalité. Mais les troupes se diluaient en s'avançant vers le sud. Les soldats se lassaient de massacrer, perdaient le goût du combat et se laissaient charmer par les coutumes indiennes. Les soldats sombrèrent dans la décadence. La dernière dynastie, celle des Lodi, fut renversée par Babur, roi d'origine mongole, descendant de Tamerlan. Il fonde en 1527 l'empire des Moghols et, à peine arrivé au centre de l'Inde, renonce aux armes et s'enthousiasme pour la peinture, la littérature et la musique.
L'un de ses descendants, Akbar, sut, lui, unifier l'Inde. Il usa de la douceur et inventa une religion en puisant dans toutes les religions de son temps et en réunissant tout ce qu'elles contenaient de plus pacifique.
Quelques dizaines d'années plus tard cependant, Aurangzeb, autre descendant de Babur, tenta d'imposer par la force l'Islam à la péninsule. L'Inde se révolta et éclata. Il est impossible de dompter ce continent par la violence.
Au début du XIXe siècle, les Anglais réussiront à conquérir militairement tous les comptoirs et les grandes villes, mais jamais ils ne contrôleront la totalité du pays. Ils se contenteront de créer des cantonnements, "petits quartiers de civilisation anglaise" implantés dans un environnement entièrement indien.
De même que le froid protège la Russie, la mer la Japon et la Grande-Bretagne, un mur spirituel protège l'Inde et englue tous ceux qui y pénètrent. De nos jours encore, le touriste qui s'aventure ne serait-ce qu'une journée dans ce pays éponge est saisi par les "A quoi bon ?" et les "Pour quoi faire ?" et est tenté de renoncer à toute entreprise.
L'encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, Bernard Werber
| 21 décembre 2003 |
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Tout d'abord le marché. Loin d'Arambol, dans un petit village au nord. Les locaux n'ont pas l'habitude de voir des touristes et sont tout sourire. Poissons, salade et chaussons aux pommes au menu.
Ce n'est pas tous les jours que nous sommes invités à dîner alors il faut se faire beaux ! ![]()
Contournant un petit lac d'eau douce sur la plage, nous remontons un ruisseau jusqu'à des piscines naturelles remplies de boue dont on se badigeonne le corps. Une fois secs, nous redescendons nous rincer dans le lac. Peau de bébé garantie à la sortie ! ![]()
Notre repas du soir est l'un des meilleurs depuis notre départ. Merci au chef Constant ! Ce soir nous croisons Vincent, baroudeur à moto depuis plusieurs années et Joëlle en vacances pour 15 jours après avoir laissé derrière elle copain et enfants pour venir se ressourcer.
Vincent a fait Sup de Co Paris et, après un début de carrière en tant que consultant, a travaillé pour les ambassades. Joëlle vient de Belgique où elle s'est installée après avoir vécu plusieurs années en Afrique où elle s'est entre autre occupée à 18 ans de dégoter des pièces automobiles. Elle envisage aujourd'hui d'aller ouvrir une menuiserie aux Seychelles. Deux personnages dont le parcours étonnerait vu d'Europe mais qui, ici, sont légion ! ![]()
| 20 décembre 2003 |
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Goa est réputée pour ses soirées techno-trans pendant lesquelles on s'en donne à cœur joie avec l'aide d'acides, d'amphétamines, L.S.D. ou héroïne qui circulent plus ou moins ouvertement.
Ce mois-ci, 4 morts
dont un anglais bien comme il faut qui avait décidé d'essayer une substance qui ne lui a pas réussi...
Heureusement, la police veille ! Mais si vous vous faites prendre, ne vous en faites pas trop: quelques 10 000 roupies (200 Euros) feront l'affaire et vous permettront ensuite de dealer avec la complicité du représentant de l'ordre. ![]()
Décidément, policier dans une zone touristique ça paye !
En effet, outre le business de la drogue, la police rackette aussi les commerçants, soit pour ne pas avoir à respecter le couvre-feu musical de 22 heures, soit pour pouvoir vendre des paréos sur la plage. Une contribution peut aussi être demandée aux touristes lorsqu'ils conduisent une moto sans permis... ![]()
Tout a un prix dans ce pays où la corruption est une institution millénaire...
| 19 décembre 2003 |
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"Notre mère nous nourrissait avec de l'eau d'orge, de l'eau de taro, de l'eau de riz, et le lait maternel; lorsque nous fûmes âgés de quelques mois, nous mangions du riz et du riz gonflé. Nous étions toujours aussi affamés; la plupart du temps, nous mourions de faim. Le seul revenu de notre père ne suffisait pas pour nous nourrir. Comme notre mère habituellement était enceinte ou nourrissait des bébés, elle travaillait rarement aux champs. Nous mangions ce que nous pouvions trouver: des limaçons de la rivière, des feuilles et du riz des champs. Une fois par jour, les adultes mangeaient du riz cuit, le plus souvent du pakhâla (riz délayé avec de l'eau), mais ils nous en donnaient la plus grande partie. Je me rappelle que, lorsque j'avais cinq ans, nous ne mangions que très rarement du riz cuit chaud, une fois tous les quinze jours, et c'était une grande fête pour nous. Nous mangions habituellement trop vite le riz chaud, fraîchement cuit. Pour en nourrir davantage de personnes, nous le faisions refroidir et ajoutions de l'eau. Nous mangions ce riz délayé la plupart du temps.
C'était pendant la saison des pluies que nous souffrions le plus, quand nous avions déjà consommé le riz de l'année précédente, mais nous n'avions pas encore moissonné la nouvelle récolte, et que le prix du riz dans les boutiques s'était élevé au-delà de ce que nous pouvions payer. Parfois il pleuvait pendant trois ou quatre jours; parfois jusqu'à quinze jours. Pendant les pluies, Père n'avait pas de travail et ne gagnait rien. C'étaient seulement ceux qui avaient quelques réserves de nourriture et de combustibles chez eux qui pouvaient s'en tirer sans emprunter. Nous n'avions rien. Nous engagions pour de la nourriture nos plats de bronze; quand la nourriture était épuisée, nous endurions la faim. Nous nous passions souvent de manger pendant trois ou quatre jours. Nous, les enfants, nous ne pouvions supporter cela; nous pleurions de faim. Mon père allait alors voler du taro dans les champs et maman le faisait cuire entièrement pour nous, les enfants; mon père et ma mère enduraient la faim pendant plusieurs jours de suite.
La moisson commençait à la fin de la saison des pluies. Après la moisson, Père travaillait aux carrières de pierres, taillant avec sa pioche, des pierres de taille pour la construction. Lorsque j'eus six ans, Père m'emmena sur ses épaules à la carrière, et ensuite sur les chantiers de construction où il travaillait comme manoeuvre.
A l'âge de huit ans, je l'aidais dans la construction d'une hôtellerie pour pèlerins, dans la ville du temple proche de mon village. J'étais payé au demi salaire de deux ânâ (1/16e de roupie). Nous crevions de faim; c'était ainsi que nous travaillions depuis le petit matin jusqu'au soir avec une heure environ de relâche pour le déjeuner. Nous mangions du riz délayé d'eau que nous avions apporté de la maison. Lorsque nous n'avions pas de riz délayé, nous achetions au bâzâr une petite portion de riz compressé.
Lorsque j'eus neuf ans, Grand-père me dit d'aller à l'école. Il offrit de payer les droits de scolarité, six ânâ par mois. J'ignore où il trouva l'argent. L'école était une hutte en boue séchée couverte de chaume, proche de l'étang du village. Les villageois n'oubliaient jamais et ne laissaient jamais oublier que nous étions des intouchables. Les enfants de haute caste s'asseyaient à l'intérieur de l'école: les enfants Bauri, environ une vingtaine d'entre nous, s'asseyaient au dehors sur la véranda et écoutaient. Les deux instituteurs, un Brahmane d'un autre village, et un serviteur du temple, refusaient de nous toucher, même avec une baguette. Pour nous battre, ils nous lançaient des cannes de bambou. Les enfants de haute caste nous jetaient de la boue. Dans la crainte d'une sévère raclée, nous n'osions pas riposter.
Deux mois après mon entrée à l'école, les enfants célébrèrent la Saraswati Pûja, cérémonie en l'honneur de la déesse du savoir. La plupart des élèves apportèrent des noix de coco à l'école et les offrirent à la déesse ; les instituteurs prirent les noix de coco comme paiement. Comme ma famille n'avait pas d'argent, je n'apportai rien. Trois jours après la cérémonie, l'école reprit. Ce jour-là les maîtres me frappèrent si durement que j'avais des bleus sur tout le corps. Est-ce qu'ils me battirent parce que j'étais un mauvais élève ou parce que je n'avais pas apporté de noix de coco ?
Après cela, je refusais d'aller à l'école. Père et Grand-père voulaient que j'y aille; alors ils me donnèrent des coups de bâton. Si j'allais à l'école le maître me battait ; si je restais à la maison, Père me battait. Pendant les heures d'école, je me sauvais et me cachais. Après le départ de Père et Grand-père pour le travail, je rentrais à la maison où ma mère et ma grand'mère me donnaient à manger. Je m'en allais avant le retour de mon père et, le soir je dormais dans la maison de quelqu'un d'autre.
Quand mon père et mon grand-père découvrirent ce que je faisais, ils s'en prirent aux femmes : "Pourquoi lui donnez-vous à manger ? S'il ne veut pas aller à l'école, il doit venir avec nous et apprendre à tailler la pierre". Un jour mon père me trouva endormi dans le club du quartier. Il me traîna à la maison en me battant et en criant. Le lendemain matin, il m'emmena à la carrière de pierres. Pendant un mois, je l'aidais à emporter les blocs qu'il avait détachés et découpés. Père me donna une petite pioche; j'essayais de tailler les pierres, mais j'avais des ampoules aux mains; je souffrais. Au bout de deux semaines, je refusais de continuer à tailler des pierres; je restais dans notre quartier, jouant avec les autres enfants.
La faim me força à retourner sur le chantier de construction de l'hôtellerie de pèlerins."
(Extrait de James M.Freeman, Untouchable. An indian life history, Stanford University Press, 1979)
| 18 décembre 2003 |
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Si nous sommes à Arambol, c'est en grande partie grâce à Constant que nous avions rencontré à Tabriz. En France, ce dernier est sculpteur mais il trouve son inspiration dans les voyages. Alors, depuis maintenant trois ans, il loue comme beaucoup d'autres une petite maison dans les cocotiers sur la plage. ![]()
Ici la vie n'est vraiment pas chère par rapport à nos standards européens et, même si les habitués du lieu ont pu voir une ascension vertigineuse des prix ces dernières années, on peut facilement vivre avec moins de 100 Euros par mois tout compris et sans se priver. ![]()
Constant a personnalisé sa maison et son jardin avec beaucoup de soin à l'aide de matériaux locaux: luminaire en ferraille de récup', sculptures à base de noix de coco et de feuilles séchées, terre glaise du coin...
Il fait vraiment bon vivre chez lui et on y assiste à un défilé permanent de gens en tous genres. ![]()
Constant sait, chose notable, vivre à la fois en harmonie avec les touristes hippies, techno, bobo, et les locaux, tout en restant lui même très différent. C'est un personnage éminemment sympathique que tout le monde connaît et que nous aimerions bien redécouvrir à Paris si l'occasion se présentait... ![]()
| 17 décembre 2003 |
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Il fait chaud, l'ambiance est décontractée.
Très vite nous nous sentons à l'étroit dans nos fringues résistantes mais trop chaudes. L'ambiance hippie commence doucement à nous envoûter.
Direction le marché aux puces de Ajuna, l'un des plus grands marchés de Goa. Les frusques en vente, toutes les mêmes ou presque sur plusieurs centaines de mètres carrés, sont aussi peu chères (de 1 à 5 Euros) que mal foutues : genre coutures au fil noir sur chemisier blanc et effet sac à patate garanti !
Les quelques rares vêtements un peu mieux taillés et plus recherchés (5 à 10 Euros) partent en lambeau dès la première soirée ! Marine en a fait l'expérience...![]()
Pourtant, l'achat de ces fringues fait partie de l'ambiance et les touristes se les arrachent, non sans avoir âprement négocié 50 cts d'Euros de réduction...
L'humeur est le plus souvent bon enfant, malgré un certain mépris latent entre les touristes et les locaux. Pourtant, ici comme partout, on trouve des indésirables, qui pâtissent généralement d'une mauvaise réputation à cause d'une poignée d'idiots. Les Israéliens, qui sont ici les plus nombreux, sont les premières victimes de leurs compatriotes imbéciles, bruyants, agressifs et surtout méprisants envers tout le monde. Résultat, que ce soit par les indigènes ou les touristes, ils sont partout critiqués; d'autant plus que beaucoup vivent en communauté fermée, tout occupés à fumer.
| 16 décembre 2003 |
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Ici, quitte à faire hurler nos nouveaux amis hippies, techno-trans-acid ou tout simplement baroudeurs au long cours, c'est le Club Med !
Le site est superbe, dans un esprit d'authenticité, bien organisé, exempt de presque tout mendiant et on y trouve une centaine de restos pour environ mille touristes, des bars organisant des soirées "musique live" animées par les touristes eux-mêmes, ainsi que des spectacles traditionnels, du parapente, du sky-surfing, du yoga, des massages, louer des motos... ![]()
Comme au Club Med, on attend des locaux qu'ils servent les touristes et leur comportement se doit d'être irréprochable pour ne pas s'attirer les foudres de leur exigeante clientèle. Si un Indien ose se comporter comme s'il était chez lui, c'est le scandale !
Exemple : les locaux ont la fâcheuse habitude de venir se laver dans un très beau petit lac en bordure de plage. Le plus souvent en slip, ils n'oublient pas de se frotter énergiquement les parties intimes de leur anatomie. Devant eux, de jeunes touristes françaises s'exhibent en bikini (poirier dans l'eau jambes écartées et séance de yoga aquatique...). Les Indiens, à l'image de tous les touristes, apprécient le spectacle, avant de se faire traiter de sale Indien mateur... Tout le monde s'accorde sur le fait que, excepté ceux qui travaillent dans les restos et boutiques, les Indiens n'ont pas leur place ici... ![]()
Heureusement, comme dans tout Club, nous pouvons sortir de temps en temps en excursion pour voir un peu d'Inde... ![]()
| 15 décembre 2003 |
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Entre temps, lorsqu'il a atteint l'âge de quinze ans, Satyamurti a reçu de son père une jeune épouse de onze ans. Une enfant qu'il avait toujours connue, car elle appartenait au cercle des familles apparentées. Il l'avait vue souvent dans des assemblées familiales, dans des fêtes, muette et réservée. Elevée selon la tradition, elle n'a fréquenté qu'une école de village. Ce mariage ne change pratiquement rien à sa vie; car la fillette reste chez ses parents. C'est seulement quatre ans plus tard que le mariage sera consommé.
Toutefois, sous les dehors de cette continuité sans éclat, une cassure profonde s'est opérée dans la tradition familiale, silencieuse, mais irrévocable. Le père de famille, Suvrahmamian, est essentiellement un rural, un mirasdar, imbu de ses droits héréditaires sur le sol. C'est un homme corpulent, drapé dans le choman blanc traditionnel, au visage grave et imposant, les barres horizontales de shivaisme tracées à la cendre sur le front. Bien qu'il ait appris assez d'anglais pour faire un travail administratif, il reste un homme de la terre. Ses conceptions sur le monde, il les a reçues du pandit du village qui modela son esprit à la fin du siècle précédent. A la veille de l'indépendance indienne, cet homme intelligent n'aura pas encore acquis la notion claire de l'évolution historique. A ses yeux, le monde s'identifie au samsara, ce fleuve agité où tout recommence indéfiniment. Hiatus irrémédiable qui le sépare de son fils, il ne l'apercevra jamais, masqué par l'absence totale d'échange de vues entre eux et par la docilité muette du jeune Satyamurti. C'est pourtant dans ces familles de brahmanes éprises d'instruction, que se creuse entre les générations le fossé le plus infranchissable. Ayant quitté Tindivanam à 12 ans, Satyamurti ignorera tout de l'agriculture et ne s'y intéressera pas. Ce jeune garçon vêtu de blanc, marchant nu-pieds à la mode du sud, se transforme insensiblement en citadin. A la différence de son père, il n'a reçu aucune notion de sanskrit; en revanche il saura beaucoup mieux l'anglais et il prendra l'habitude d'employer cette langue, désormais courante chez les étudiants et dans les milieux madrasi. C'est un enfant intelligent, aux grands yeux noirs et vifs, dont les traits expriment l'affinement atavique. Il étudie avec docilité, Satyamurti retrouve, chaque soir, cet hôtel brahme dont la vie bruyante ne fait qu'aggraver, pour un écolier, les conditions délétères de la maison indienne. Dans la chambrette aux murs douteux, où il étend sur un lit de corde son frêle corps d'enfant végétarien, strictement nourri, il n'aura qu'un sommeil trop bref. Accoutumé, certes, au manque de recueillement de la maison indienne, il sait dormir en dépis du bruit, des conversations nocturnes, qu'un étranger jugerait intempestives. Mais, éveillé avant l'aube, et couché très tard, il ne songe même pas à abréger d'une sieste sa longue journée. Dans la promiscuité permanente de la vie indienne, il ne peut avoir le calme, l'isolement, la continuité d'application qu'exige une étude sérieuse. Ainsi la longue journée dont il dispose théoriquement est en grande partie gaspillée ; et il ignore, exténué à son insu par la privation de sommeil, qu'il pourrait apprendre beaucoup mieux en un temps deux fois moins long, s'il consacrait à son travail, dans une ambiance calme, un esprit et un corps préalablement reposés.
Il ne reçoit point, du reste, la formation intellectuelle adéquate à ses besoins. De son milieu originel, qui est pourtant un milieu cultivé, son esprit ne peut retirer aucune nourriture vivifiante. Avec son père, de brèves conversations sur des sujets d'ordre pratique. Dans la maison familiale, quelques vieux traités tamouls, dont il sent, en les ouvrant, la désuétude: ces commentaires théologiques et moraux, ces hymnes, ces maximes sont l'arrière-plan conceptuel d'une société qui s'ordonne en fonction des impératifs du groupe et de sa pérennité supérieure; il ne propose à l'individu naissant aucun thème de réflexion sur l'unicité de son destin. A l'heure où, du sein des communautés traditionnelles, se produit l'émergence de l'individu, celui-ci ne peut trouver dans la littérature indienne la nourriture humaniste dont il a besoin.
Ce vide culturel, l'enseignement d'origine étrangère ne sait pas le comble; car il transpose dans le milieu sud-indien, sans travail d'assimilation suffisant, les éléments d'une culture conçue dans un environnement radicalement différent. Bon élève, le jeune Satyamurti saura expliquer correctement la chute des Stuart; mais ces exercices d'intelligence exécutés sur un milieu abstrait, lui donnent trop peu de prise sur le milieu concret, dans lequel il existe, agit, souffre et espère, pour qu'il puisse en concevoir l'idée que la critique, la recherche personnelle, l'initiative soit dans son propre destin des moyens d'une efficacité majeure. Aussi conserve-t-il l'habitude, donnée par le précepteur de son enfance, d'utiliser surtout sa mémoire. L'usage fondamental de la mémoire, qui est un des traits de la culture brahmanique traditionnelle, envahit abusivement un système d'enseignement qui reposait sur d'autres bases. Il donne à ce garçon bien doué le sentiment illusoire qu'il assimile vite; et à ses maîtres la satisfaction facile d'être bien écoutés.
L'apport d'une culture humaniste nouvelle n'a donc point compensé, pour Satyamurti, la perte de sa culture traditionnelle. Et sa fidélité passive aux coutumes et aux rites ne doit pas faire illusion sur le déracinement effectif qui le laisse, individu désemparé, flotter hors des cadres sûrs de la vie ancestrale, jouet irrésolu des fréquentations de hasard, des lectures mal choisies et, de plus en plus, du cinéma indien, dont la mode commence à gagner Madras, assignant dans la jeunesse le goût d'une imagerie simpliste et d'un plaisir semi onirique. Revers décevant du succès scolaire: en cet enfant qui glisse à la médiocrité, il y avait le génie et l'espérance du peuple tamoul.
(Extrait de J.Dupuis, Madras et le nord du Coromandel)
| 14 décembre 2003 |
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Après bientôt trois mois sur les routes, Arambol est idéale pour se poser. Loin des techno-parties et du tourisme de masse, Arambol, petit village du nord de la province de Goa, est un savant mélange entre une atmosphère néo-hippie, un visage authentique avec ses pêcheurs n'ayant rien changé à leur mode de vie ancestral et une ambiance "Club-Med-détente" avec ces touristes tranquilles, célibataires, venus se détendre et plus si, le plus naturellement du monde, l'opportunité se présentait.
Pas de grands buildings, juste une centaine de petites maisons traditionnelles deux cents mètres dans les terres au milieu des cocotiers. La plage est superbe, presque sauvage, quoique parsemée de bungalows et de paillotes. Sans les vaches qui prennent un bain de soleil, on oublierait que nous sommes en Inde ! ![]()
Les rencontres sont inégales et il est parfois décevant, juste quand on fait la connaissance de quelqu'un d'intéressant, de voir ce dernier s'isoler derrière un mur de haschisch. ![]()
La nation la plus représentée est sans aucun doute Israël. L'Inde différentialiste est presque totalement hermétique au monde et à ses problèmes. Les Israéliens, inconfortables voir mal venus dans bien des pays ont choisi cette nation qui les ignore pour prendre un peu de bon temps loin de leur quotidien si troublé.
Le soleil brille, l'eau est chaude, les gens sont cools on se laisse bercer par le chant des oiseaux tropicaux...
| 13 décembre 2003 |
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En fin d'après-midi, après avoir crapahuté dans Mumbai toute la journée, nous prenons place à bord du bus à couchettes pour Goa.
Très vite arrive Anthony qui se rend comme nous dans le village d'Arambol. Il bourlingue depuis trois ans et nous passons la soirée à discuter et partager des impressions.
C'est la troisième fois qu'il vient en Inde et à chaque fois pour d'assez longs séjours; son expérience éclaire d'un jour nouveau la culture indienne que nous découvrons tout juste.
Il met l'accent sur l'absence totale de respect des autres et la loi de la jungle qui est la règle, surtout quand on n'appartient pas à une caste dont le statut nous protègerait.
Il ne faut jamais culpabiliser est une de ses règles fondamentales: tu donnes le prix juste et tu t'en vas, sans faire attention aux jérémiades et autres mines offusquées. Plutôt que de donner 5 roupies c'est plus intelligent et efficace de donner du temps. Parler avec les gens, leur demander leurs noms, d'ou ils viennent, s'intéresser a eux tout simplement, les conseiller gentiment. Ca tombe bien, nous avons du temps !
La nuit est plutôt mouvementée pour Marine à cause du passager occupant le siège sous sa couchette qui profite de l'obscurité pour essayer d'effleurer ses fesses ou ses hanches. La première fois, surprise, elle repousse vivement cette main sans-gêne puis le manège se répète plusieurs fois pendant la nuit. Enfin, à l'aube, elle peut localiser le propriétaire de la main baladeuse, saute de sa couchette sous le nez de l'importun qui fait semblant de dormir, lui assène une bonne gifle pour le réveiller et l'insulte vivement en anglais: comme beaucoup de filles n'osent pas se défendre par peur des réactions du bus, les types s'imaginent souvent qu'ils peuvent faire n'importe quoi avec les touristes.
L'homme en question ne cherche que mollement à se défendre, comme le ferait un enfant, pendant que tous les Indiens du bus tournent vers lui des regards réprobateurs. Une femme sur une banquette voisine gratifie Marine d'un sourire encourageant.
Il faut préciser que nous avions déjà vu une Indienne avoir des démêlés avec un homme dans un train et nous avons compris qui faisait la loi à la maison ! Les femmes ont tout l'air de savoir se faire respecter et d'avoir une forte autorité, à plus forte raison à partir du moment où elles ont des enfants. Dans certains cas, il vaut mieux avoir retenu la leçon !... ![]()
| 12 décembre 2003 |
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Nous nous préoccupons de la suite de notre séjour: nous envisageons de descendre plus au sud et voudrions passer à Goa pour rejoindre Constant, ce Français que nous avions rencontré à Tabriz et qui nous avait tant vanté son petit coin de paradis, au nord de l'état de Goa.
Nous allons à la gare et apprenons qu'il n'y a plus de train pour Goa, que c'est la destination où se rendent tous les touristes pour Noël. Oups !
Nous trouvons enfin un bus à couchettes pour demain. C'est une première pour nous: un bus avec des sièges inclinables mais aussi des lits juste au-dessus ! Nous réservons un lit... Voilà qui est réglé, nous pouvons nous balader !
| 11 décembre 2003 |
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Réveil à 6 heures pour aller à Bollywood.
Il nous faudrait plus souvent de telles motivations pour pouvoir voir la ville dormir: c'est un spectacle sans pareil. Bien sûr il y a toujours toutes ces familles étendues sur les trottoirs, mais aussi les chauffeurs qui passent la nuit dans leur taxi et puis cette multitude de vendeurs dans les stands en bois au bord de la route qui dorment chacun sur sa table présentoir ou parfois dessous ! ![]()
Un bus vient effectivement nous chercher ainsi que toute une bande d'autres touristes et nous mettons deux heures pour rejoindre Bollywood en plein trafic.
Le bus nous dépose au milieu d'une colline où une place et une rue de village ont été reconstituées en contre-plaqué.
Tout d'abord, la costumière nous remet nos déguisement : nous sommes apparemment sensés représenter le touriste de base déguisé en hippy ou bien très voyant. Eric n'a pas de chance: en plus d'un short fluo qui est jugé insuffisant à la première prise, il se voit affublé d'un terrible T-shirt orange. Seul un groupe d'Anglais déjà très hippies avec les dreads, piercings et robes sac à patate obtiendra le privilège de ne pas se changer ! Notre accoutrement avait en tous cas l'air de beaucoup amuser les figurants indiens qui portaient tous des vêtements de marques. Aïe-Aïe ! Il n'y a pas de fumée sans feu : ce sont bien nous, les touristes, qui avons donné cette image plutôt affligeante des Occidentaux. ![]()
En tous cas, une fois équipés, on nous fait déambuler dans la rue du village alors que les acteurs passent en moto. Puis on nous fait nous asseoir pendant le tournage d'une scène de cascade très difficile avec une moto qui renverse le méchant. Ce dernier s'envole alors dans les airs grâce à un système "complexe" de treuil...
En début d'après-midi, la star des stars arrive: il paraît que Salman Khan est une vedette adulée en Inde. En tous cas il doit soigner son image et c'était très amusant (bien qu'un peu répétitif) de voir toute une équipe le remaquiller, éponger sa sueur, le recoiffer et pulvériser de l'eau sur ses cheveux entre chaque prise.
Toute la journée passe ainsi à jouer les passants qui déambulent ou s'attroupent pour assister à une scène de baston.
Nous n'y connaissons rien au cinéma indien et on ne peut pas dire que cette séance nous ait conquis !
Les scènes qui ont été tournées aujourd'hui se veulent d'une féroce brutalité et les personnages comiques sont grossiers et ridicules.
Il paraît que Bollywood est le premier employeur du pays avec 2,5 millions d'emplois (directs ou indirects), devançant ainsi la compagnie des chemins de fer qui compte 1,5 millions d'emplois. L'image de l'Inde qui transparaît ici est pourtant une recette éprouvée: le gentil blanc face au méchant basané qui se bagarrent pour le cœur d'une belle dans un monde de jeunes riches et bien portants... La réalité est très, très loin mais pendant les 4 heures du spectacle semi-musical, tout le monde peut rêver d'épouser l'élu de son cœur ou de porter les vêtements de son choix et non ceux de sa caste...
| 10 décembre 2003 |
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Arrivés à Bombay de bon matin, nous déposons nos bagages au "Carlton Hôtel", dans le quartier de Colaba.
Nous sommes à deux pas du célèbre Taj Mahal hôtel qui fait partie de l'empire Tata, l'homme d'affaires le plus célèbre du pays qui a fait fortune au début du 20e siècle. Pour la petite histoire, il paraît qu'un jour, monsieur Tata ayant besoin de descendre à l'hôtel à Bombay a demandé une chambre dans un établissement anglais. Mais les colons anglais n'avaient pas l'habitude de se mélanger et monsieur Tata n'était pas le bienvenu. Qu'à cela ne tienne ! Il décida alors de construire son hôtel et ainsi naquit le Taj Mahal... ![]()
Aujourd'hui encore, c'est toute l'élite indienne qui y descend ou vient y manger.
A deux pas (dans la rue de notre hôtel pour être précis), nous remarquons une équipe de télévision et avons la surprise de reconnaître Frédéric Mitterrand en reportage pour TV5.
Mais nous aussi allons connaître notre heure de gloire: on vient de nous proposer de participer au tournage d'un film de Bollywood pour lequel on a besoin d'occidentaux. L'expérience doit être amusante et la rémunération est tentante: 500 roupies par personne et par jour (soit 20 Euros à nous deux !) ![]()
On ne se fait pas prier pour accepter: un bus passera nous prendre demain matin avec d'autres figurants. ![]()
En attendant, nous nous promenons dans Bombay qui nous séduit. De nombreux bâtiments d'époque victorienne, parfois très imposants donnent à cette ville un air sérieux et rigoureux qui contraste avec les scènes de vie et l'animation chaotiques... Beaucoup des maisons de l'époque coloniale ne sont pas entretenues et apparaissent aujourd'hui recouvertes d'une mousse à la fois grise et verte et souvent la nature a repris son droit, offrant le spectacle étrange d'une maison habitée avec des arbres poussant dans les murs ! ![]()
| 9 décembre 2003 |
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La gare de Delhi est bien connue des touristes car ils y ont un bureau spécial à l'étage, où ils peuvent acheter des billets auprès d'un personnel formé et sans les locaux qui "oublient" systématiquement de faire la queue. ![]()
Ce service est donc très fréquenté et c'est sans doute pour cette raison que l'escalier qui y mène est en permanence gardé par une poignée d'hommes qui sont là pour expliquer que le bureau en question vient de déménager, est fermé ou a brûlé la veille mais que justement ils connaissent une agence très compétente à deux pas... ![]()
En attendant son tour au guichet il est amusant d'observer les expressions sur le visage des nouveaux arrivants : l'étonnement d'abord en constatant que le bureau est bel et bien ouvert puis la satisfaction de ne pas s'être laissé embobiner ! ![]()
Dans la salle d'attente nous rencontrons une jeune espagnole qui nous explique son sacerdoce : son petit ami est d'origine indienne et la population réagit très mal face à ce type de couple mixte.
Tout devient un calvaire dans ce pays: prendre un billet de train dans le bureau des étrangers, changer de l'argent, sans parler de louer une chambre d'hôtel qui se révèle être impossible, tout comme marcher dans la rue main dans la main sans subir les insultes des locaux... ![]()
Comme c'est curieux, on dirait que les Indiens sont désemparés dans ce type de situation et on devine que c'est parce qu'ils ne peuvent pas ranger leurs interlocuteurs dans une boîte: il y a une étiquette pour les touristes, plusieurs boîtes ou castes pour les Indiens mais pas pour les deux à la fois. Dilemme !
Nous allons avoir l'occasion d'évoquer ces problèmes pendant notre voyage vers Bombay. En effet, nous avons obtenu des tickets pour un train couchette et nous partageons le compartiment avec Alisson, une anglaise vivant en Inde depuis trois ans et Kins, un homme d'affaires nigérien spécialisé dans l'import de produits indiens depuis huit ans. Ce voyage est pour nous une mine d'informations. Kins nous explique en avoir vu de toutes les couleurs avec les Indiens, que ses relations sont compliquées car il a l'impression que les gens ne sont gentils que quand ils espèrent quelque chose de lui. Il aime son travail mais pas particulièrement l'Inde. Son pays reste le Niger, même s'il n'y réside pas souvent et puis de toutes façons, selon lui, "personne n'obtient jamais la nationalité indienne." ![]()
Alisson est plus mitigée car elle dit apprécier la spiritualité des Indiens et leur esthétique. En revanche elle reconnaît des problèmes majeurs comme la pollution, la corruption et l'inefficacité.
Ses exemples nous font rire car nous nous sommes trouvés dans des situations similaires. En effet, si Alisson va dans un grand magasin de Bombay pour acheter un paquet de lessive, il lui faudra compter avec l'employé à qui elle va demander le produit, celui qui recevra l'ordre d'aller quérir la boîte, un autre pour la porter à la caisse, celui qui va enregistrer la transaction et celui qui va emballer la lessive pour la remettre au client. Cette perte de temps et cette inefficacité nous semblent complètement absurdes, d'autant plus que nous avons généralement le réflexe inverse : "On est jamais mieux servi que par soi-même !" et pourtant, en Inde, cela permet de fournir plein de petits salaires à toute une population... Nous avons aussi remarqué que, plus qu'un salaire de misère, c'est une raison d'être dans la société que les employés obtiennent par le biais de leur responsabilité et si parfois, pensant aider, on prend la place d'un des employés en fermant nous-mêmes la porte ou rangeant un article à sa place, on perturbe l'ordre et on insulte celui dont on a pris la place. Ah ! C'est pas simple...
Alisson nous raconte une autre anecdote intéressante qu'elle a pu observer en sa qualité de prof d'anglais dans une école privée de Bombay. C'était pendant les examens, il y avait eu des fuites dans les sujets et les médias avaient interrogé les étudiants à ce propos. Il est amusant de constater que le débat ne concernait pas le phénomène des fuites en tant que problème moral mais traitait exclusivement du montant qu'il avait fallu verser pour avoir le sujet et si ce montant était légitime ou non.
La corruption ? Cela n'est pas un problème selon Kins qui fait appel à une multitude d'intermédiaires pour affréter ses cargos. Quand tu as de l'argent... ![]()
| 8 décembre 2003 |
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Rishikesh on aime, le yoga on adore, notre gourou on le vénère !
Heureusement, notre lit est dur et un vent glacial se faufile à travers nos fenêtres mal isolées. De plus, rares sont les matins où nous avons de l'eau chaude. Il nous fallait bien cela pour enfin nous décider à partir...
Direction Mumbai (Bombay) ! Enfin presque...
Obtenir quoi que ce soit dans une gare indienne relève du parcours du combattant... On commence à comprendre pourquoi des touristes s'en remettent à certaines agences intermédiaires, quitte même à le payer très cher. Mais bon, nous avons du temps alors, pour faciliter l'opération, nous ne tardons pas à nous munir d'un outils indispensable : "trains at a glance", le catalogue officiel de tous les trains du pays avec horaires et classes disponibles...
Mais impossible d'avoir une couchette, ce qui est plutôt contrariant quant on envisage un trajet de 40 heures dont deux nuits... ![]()
Le problème, c'est que dans les wagons couchette, il y a huit lits par section, donc un nombre limité de tickets à vendre. Or, si l'on ne vend pas de réservation, on peut délivrer autant de tickets que l'on veut : le train est soit officiellement complet ou bien l'ordinateur est en panne...Résultat, les gens s'entassent sur les couchettes comme ils peuvent ! Alors nous faisons comme tout le monde et nous entassons... Les rencontres sont d'autant plus nombreuses et étonnantes !
Nous discutons notamment avec un groupe d'étudiants. Comme souvent nous leur posons des questions sur leur mode de vie, leurs rêves. Nous avons particulièrement apprécié la description de la femme idéale par un de ces jeunes citant dans l'ordre : jolie, bonne cuisinière, de bonne famille et avec une bonne mentalité c'est-à-dire s'entendant bien avec mes parents...
Après huit heures à ce rythme-là, nous décidons de faire une pause à Delhi et d'attendre un autre train demain soir, beaucoup plus rapide et confortable et qui arrivera pratiquement en même temps que ce train que nous quittons !
Il fait nuit quand nous arrivons à Delhi et un rickshaw nous conduit jusqu'à un hôtel dans Main Bazar. La course nous apparaît comme surréaliste : nous sommes dans la capitale indienne, les rues sont sombres, jonchées de détritus et encombrées de charrettes tractées par des buffles colossaux, sur les trottoirs, des familles entières sont installées pour la nuit entre un tas d'ordure et un bout de carton qu'une vache vient manger nonchalamment.
Nous croyions que notre regard s'était un peu habitué mais nous ne sommes vraiment pas au bout de nos surprises ! ![]()