| 31 janvier 2004 |
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La capitale du Rajasthan a été conçue selon un plan d'urbanisme précis, au début du XVIIIe s. Son créateur, le maharadjah Jai Singh II, héritier d'une famille qui régnait à Amber, à une dizaine de kilomètres, depuis le début du XVIIe siècle, était un érudit et un esthète. Il fit dessiner les plans par un jeune architecte bengali, Vidyadhar Chakravarty, sur le modèle du mandala : les neuf quartiers rectangulaires, chacun réservé à un secteur d'activité, symbolisent les parties de l'univers.
En nous promenant ce matin à pied dans la vieille ville, nous sommes surpris de découvrir ces maisons roses, de style indo-moghol, alignées le long de larges avenues, comme un vrai décor de théâtre avec leurs fenêtres ouvragées, ourlées de blanc, dont beaucoup sont en trompe l'oeil, afin de mieux résister à la chaleur.
Il paraît qu'en fait, la cité originale était gris clair mais, en 1883, en l'honneur de la visite du prince Albert, époux de la reine Victoria, elle fut repeinte dans la couleur traditionnelle de bienvenue, conservée depuis. ![]()
La vieille ville est tellement animée et les gens tellement beaux dans leurs costumes colorés que nous nous arrêtons à plusieurs reprises pour profiter du spectacle ambiant. ![]()
Jaipur constitue une étape résolument plus agréable que Delhi pour s'habituer à la poussière, au bruit et au stress généré par la circulation et nos visiteurs s'acclimatent avec une étonnante facilité. ![]()
Nous visitons bien sûr le City Palace, imposant complexe représentant un mélange de styles moghol et rajasthanie, construit entre les XVIIIe et XXe siècles, toujours habité par le maharaja et sa famille et doté d'intéressants musées de costumes et d'armes. ![]()
Nous nous perdons ensuite avec plaisir dans le bazar et rencontrons une multitude d'enfants qui se battent pour être pris en photo et posent devant nos appareils comme des stars. Et dire que nous hésitons tous au début à prendre les gens en photo...
Nous rentrons en fin de journée dans notre hôtel-palace pour une soirée mémorable : Dominique, Philippe et Caroline ont apporté dans leurs bagages de quoi organiser un festin impérial : deux bouteilles de champagne, trois blocs de foie gras, plusieurs saucissons bien dodus et de gros cigares !... Autant de mets introuvables dans les contrées que nous avons traversées ces cinq derniers mois et dont nous nous régalons, installés dans une des chambres éclairée aux chandelles !
C'est Noël ! ![]()
| 30 janvier 2004 |
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Petit changement de scribe.
Nos visiteurs ont gentillement pris la plume de temps en temps pour vous faire part de leurs impressions.
On commence par Dominique qui prend le relais apres son arrivee a Delhi en compagnie de Philippe et Caroline.
Que la douane et l'attente des bagages peuvent sembler longs ! Marine et Eric sont au rendez-vous a l'aéroport avec un impressionnant taxi local et Eric se retrouve couché à l'arrière sur les sacs à dos et le réservoir de gaz.
A trois heures du matin, nous sommes rapidement ahuris par le dédale des rues, les gens, le trafic dans tous les sens mais parvenons quand même dans notre hôtel à New Delhi (dont la modernité ne nous est pas apparue comme évidente). ![]()
A la tête de notre lit, un rideau cache une fenêtre, un coup d'oeil au réveil et l'ambiance y est : enchevêtrement de taudis où l'on prépare d'un côté le thé, de l'autre on s'affaire à sa toilette et à la vaisselle simultanément.
Nous sortons de l'hôtel. Il pleut. Les rues sont terriblement sales et le trafic des vélos, cyclo-pousse, rickshaws, scooters est impressionnant.
Difficile de voir à droite et à gauche, l'important est de surveiller où on met les pieds car toutes les ordures sont dans la rue et les animaux trient ce qu'ils peuvent récupérer.
En l'air on découvre des pelotes de fils électriques dans lesquels des oiseaux font leur nid et dont l'efficacité tient de la magie.
Dans l'après-midi, nous décidons de récupérer la journée perdue à Frankfurt our cause de correspondance manquee et risquons un départ par le train sans réservation pour Jaipur. Rien ne nous arrête ! Mais les wagons sont bondés et cinq sacs à dos remontent les couloirs à la recherche d'une place. Des gens finissent par se pousser un peu et nous nous retrouvons dispersés, les uns en l'air sur les couchettes, les autres en bas, mais Eric toujours bien placé pour garder l'oeil sur nos bagages...
Nous arrivons finalement à bon port et, un peu éprouvés par la nuit précédente et cette journée riche en émotions, nous posons nos bagages dans un établissement un peu moins routard ! ![]()
| 29 janvier 2004 |
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Delhi, la troisième ville du pays avec près de 14 millions d'habitants, n'a pas toujours été la capitale de l'Inde, en tout cas pas avant les invasions musulmanes (capitale de l'empire Ashoka). Puis, en 1931, les Britanniques annoncèrent la création de New Delhi, capitale de l'empire des Indes, au sud de "old Delhi". Enfin, en 1947, après la Partition, elle devient la capitale de l'Inde tronquée et vit affluer les réfugiés hindous et sikhs fuyant le Pakistan.
Il faut aussi dire qu'au cours des siècles, Delhi vit passer de nombreux envahisseurs : pillée par Tamerlan au XIVe siècle, occupée par l'Afghan Babur au XVIe siècle, elle fut mise à sac par l'empereur persan Nadir Shah qui emporta en Iran le diamant Kohinoor (qui fait aujourd'hui partie des joyaux de la Couronne britannique) et le fameux trône du paon. Les Anglais s'emparèrent de la ville en 1803 et, avant la Partition, Delhi comptait une importante population musulmane et l'ourdou était la langue dominante. Aujourd'hui, les Penjabi hindous l'emportent en nombre et le hindi prédomine.
Si cette ville est un des principaux points d'accès au sous-continent, presque une étape obligée en Inde, on constate que les voyageurs s'y attardent rarement, peut-être en partie à cause de la pollution très très élevée, des embouteillages ou du harcèlement des rabatteurs. ![]()
En ce qui nous concerne, nous y prolongeons inopinément notre séjour étant donné que l'avion de nos visiteurs (Dominique, Philippe et Caroline), prévu pour la nuit dernière, a été reporté à cette nuit. Le voyage doit leur sembler bien long ; un train express indien aurait presque pu être aussi lent !... ![]()
Nous en profitons pour vadrouiller un peu à pied dans cette ville tentaculaire et en saisir quelques contrastes. La partie riche de la ville s'étend incontestablement au sud, à partir de New Delhi, tandis que les quartiers pauvres et même les bidonvilles n'arrêtent pas de s'étendre dans les autres directions. Les contrastes sont donc saisissants au sein de l'agglomération, tout comme ils savent l'être dans un seul quartier. Nous avons par exemple choisi un hôtel dans Paharganj pour sa proximité avec la gare de New Delhi et pour le large choix d'établissements "routards". Ce quartier est articulé autour de "Main Bazar" ou la rue des touristes (hôtels, restaurants à la mode occidentale, Internet cafés, boutiques de souvenirs et de vêtements, rickshaws, bonimenteurs et rabatteurs en pagaille ...). Or, il est très surprenant d'aller se perdre dans les ruelles adjacentes et de découvrir toute une vie parallèle, bien éloignée des standards touristiques. Le contraste est tout à fait saisissant entre les prestations et prix pratiqués dans Main Bazar et la vie immuable à deux pas. Dans un dédale de ruelles aux maisons multicolores, des vaches somnolent, des bâches en plastique protègent des étals de légumes aux couleurs brillantes, des gens dorment sur des lits en corde fixés sur un montant en bois, des femmes s'épouillent à la lumière du jour alors que d'autres effectuent quelques tâches ménagères dans leur maison à la porte ouverte. Nous nous perdons, tournons en rond et ne sommes pas pressés de retrouver Main Bazar... ![]()
| 28 janvier 2004 |
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Au cours de ce voyage, nous avons notamment le temps d'avaler chacun un bouquin (Chasseurs de dragons d'Olivier Weber pour Eric, Si l'Europe s'éveille de Peter Sloterdijk pour Marine) et de lire la presse locale en long, en large et en travers.
Un article a particulièrement retenu notre attention et, comme le temps ne nous fait pour une fois pas défaut, nous vous l'avons même traduit: Vijay Times, lundi 26 janvier 2004, Terroristes et Saints, Syed Amir Ali hashm
Alors que retombe l'effervescence autour de la visite du premier ministre indien au Pakistan pour la réunion du SAARC, il apparaît que certains aspects de ce séjour n'ont pas été correctement couverts par les médias.
C'est en tous cas ce que pense un ami qui a accompagné la délégation indienne à la capitale pakistanaise et était curieux de découvrir la ville.
Il a réussi à se libérer un peu de ses multiples obligations et c'est l'esprit plein de préjugés qu'il s'est aventuré dans le marché.
A son plus grand étonnement, il n'a trouvé presque aucune différence caractéristique dans la structure du marché, ni dans l'attitude des vendeurs. Haranguer constituait le meilleur moyen de faire des ventes, tout comme au marché indien de Janpath. Les vendeurs utilisaient le même langage argotique et, qui plus est, quelques boutiques étaient remplies d'articles Dabur !
Il a alors rassemblé tout son courage pour rentrer dans une boutique, redoutant une réponse agressive vis-à-vis d'un Indien. La peur au ventre il a demandé les prix de quelques articles et en a même acheté un ou deux. Quand est venu le moment de payer, le marchand a refusé tout argent de sa part. "Sahab, aap to hamare mehmaan hain. Aap se paise nahin lenge." (Vous êtes notre invité, je n'accepterai pas votre argent.)
Hésitant entre la vision d'un pays de terroristes ou de saints, il décidait de passer tout le marché au peigne fin. Il désirait aussi se laisser tenter par quelques "douceurs" dans le marché, tout en prenant soin de ne toucher aucune de ces marchandises non végétariennes présentes en abondance.
Finalement, il réussit à trouver quelque chose à manger. C'est d'ailleurs la seule différence notable : trouver de la nourriture végétarienne au Pakistan n'est résolument pas une sine cure.
Après avoir repris des forces, il décide de prendre un taxi pour rentrer à l'hôtel. Le chauffeur mimait une scène de Bollywood. Comme la grande majorité des chauffeurs de taxi ont un don tout particulier pour flairer les étrangers, celui-ci a vite deviné que son client était nouveau dans le coin. Mais le choses ont pris un tour inhabituel quand, après lui avoir demandé son origine et appris qu'il transportait un Indien, le conducteur a commencé à le traiter comme quelqu'un débarquant de Mars. Une passionnante discussion a alors débuté concernant les films et stars de Bollywood, les vêtements sans cesse rapetissants comme une peau de chagrin sur le corps des héroïnes. La quantité d'informations qu'il détenait sur Bollywood stupéfia mon ami.
Finalement, l'hôtel est apparu au bout de la rue. Mon ami a poussé un grand soupir de soulagement. La destination était en vue et il n'avait toujours pas été attaqué.
Il est descendu à l'hôtel et a demandé le tarif au chauffeur. "De dijiye sahab, jo aap ki marzi ho." (Donnez ce que vous estimez être le prix.) Ne sachant comment réagir, l'ami dit n'avoir aucune idée des tarifs étant donné qu'il s'agissait de sa première visite.
Le chauffeur lui répondit : "Arre sir, aap nehmaan hai aur nehmaan nawazi hamara farz hai" (Sir, vous êtes notre invité et nous sommes bons hôtes). Il est resté tout bouleversé par la situation. Un pays qui remue ciel et terre pour blesser l'Inde et qui a un si bon peuple ! Joueraient-ils tous la comédie ? S'ils sont comme les indiens alors comment le terrorisme a-t-il pu plonger ses racines aussi profondément dans ce pays ?
Il y a des réponses qu'il vaut mieux laisser en suspens...
| 27 janvier 2004 |
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Le train constitue véritablement le meilleur moyen de voyager en Inde tant le spectacle et les sources d'étonnement sont permanents ! ![]()
On commence par prendre place dans des wagons en acier riveté qui datent un tantinet, avec des fenêtres fermées par des barreaux en fer qui laissent peu de chance de s'échapper en cas d'accident (ces derniers étant heureusement assez rares). Des gens sont capables de rester dans des positions improbables et sans bouger pendant des heures et des heures. D'autres sont en famille ou voyagent avec tout le confort nécessaire (nourriture dans des boîtes en fer, couvertures, serviettes éponge, noix de bétel, feuilles et pâte à chiquer...). On rencontre aussi souvent des groupes de pèlerins, reconnaissables à leurs habits noirs et or et que l'occasion rend assez expressifs... Enfin, le train est le lieu idéal pour discuter avec des Indiens et les contacts y sont assez faciles.
Le spectacle d'un quai de gare représente aussi incontestablement un souvenir marquant et si caractéristique d'un séjour en Inde. Il est en effet difficile de rassembler en un espace si restreint autant d'éléments tellement dépaysants : en commençant par les vendeurs qui se bousculent aux fenêtres avant même l'arrêt du convoi en hurlant "Chai !", "Coffee!", "Samossa!" ou proposant biscuits, jouets en plastique ou autres objets insolites. Il y a aussi tous ces gens qui dorment partout par terre, ces femmes sur les voies qui trient et ramassent les déchets tout en restant dignes et élégantes dans leur sari taché, sans oublier les enfants qui rampent dans les compartiments, feignant souvent de ne pouvoir marcher ou parler et qui réclament quelques pièces...
Autant dire que nous ne nous ennuyons pas et cela tombe bien car nous n'avons pas fini !...
| 26 janvier 2004 |
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Oups ! Il va falloir commencer à remonter vers Delhi car il nous reste un bon bout de chemin à parcourir d'ici le 28, date à laquelle Dominique (mère de Marine), Philippe (le conjoint de cette dernière) et Caroline (fille de Philippe) arriveront à l'aéroport.
Heureusement qu'il y a cette échéance car nous avons parfois l'impression de ne plus tout à fait maîtriser le temps qui passe et nous pourrions encore laisser filer les mois...
Comme redouté, il n'est pas simple de s'extirper de Badami, d'autant plus que, faute d'avoir été prévoyants, le train rapide pour Delhi est complet depuis longtemps.
Nous nous faisons une raison car nous allons battre notre record de durée en train, précédemment détenu haut la main par le mémorable trajet pakistanais entre Quetta et Peshawar, et qui va sans doute laisser la première place du podium à un tortillard qui mettra environ 40h dont deux nuits pour rejoindre Delhi depuis Hubli, soient exactement 2 144 kilomètres !
Aujourd'hui, pour commencer, il nous faut déjà rejoindre Hubli...
| 25 janvier 2004 |
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Cette journée nous laisse un peu de temps pour flâner dans les ruelles de la chaleureuse bourgade de Badami. Quel contraste avec la rue principale, bruyante et cernée de grands bâtiments sans âme : le village à proprement parler est un labyrinthe de petites maisons en terre, blanchies à la chaux et parfois même de huttes recouvertes de palmes. Des femmes vêtues de saree aux couleurs vives lavent leur linge en le frappant contre une pierre devant leur maison. Sur des places ombragées, les animaux domestiques (poules, cochons, vaches et chiens) vaquent paisiblement et les enfants jouent avec des bâtons ou des pierres. Peut-être vaudrait-il mieux éviter de préciser que, dans des caniveaux à ciel ouvert de ces mêmes rues, certains des cochons pataugent dans les immondices et qu'il arrive d'en voir un flotter à la surface, mort et un peu décomposé. Ah c'est sûr, cela ternit la carte postale alors on évitera de souligner ce genre de détails... ![]()
| 24 janvier 2004 |
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Badami est surtout célèbre pour ses splendides temples troglodytiques qui, comme nous le rappelle un panneau à l'entrée, témoignent de la multiplicité des obédiences qui se sont épanouies sur le sol indien.
Si nous ne parvenons pas à reconnaître toutes les divinités ni à décrypter les symboles (il nous reste encore deux mois
), nous nous laissons volontiers charmer par la sensualité des sculptures et la richesse des temples, majestueusement perchés sur un python rocheux surplombant un bassin sacré. ![]()
C'est dans la région, entre les VIe et XIIIe siècles, que l'art sacré hindou a pris ses lettres de noblesse, se démarquant de l'art bouddhique et profitant de l'ouverture sur le monde des grands empires maritimes. La tradition du temple excavé (depuis longtemps lieu de retraite pour moines bouddhistes et jaïns) s'est poursuivie jusqu'au Xe siècle, tout en suivant l'évolution architecturale des sanctuaires extérieurs.
Les premiers temples hindous n'étaient composés que d'un petit sanctuaire, ouvert sur une salle hypostyle (mandapa). Au VIe s, à Badami notamment, les constructeurs commencèrent à ajouter au-dessus de la cella un empilement de sanctuaires miniatures en retrait les uns sur les autres, surmonté d'un pinacle. Il s'agit déjà de la tour-portail pyramidale qui deviendra la marque distinctive de tous les temples hindous et qui représente symboliquement la montagne mère, le mont Meru.
Les temples ne sont plus en activité aujourd'hui mais ont conféré au site une aura sacrée dont viennent s'imprégner de nombreux Indiens (99,9% des visiteurs). Des autocars d'hindous en costume de pèlerins (drapés de noir et orange) ou d'écoliers (en uniformes bleus) se succèdent dans les quatre temples troglodytiques taillés à flanc de colline et qui sont dédiés tantôt à Shiva, tantôt à Vishnu ou encore au culte jaïniste.
Les costumes colorés et les beaux visages défilent devant nous comme autant de photos possibles. Pour autant, de chasseurs d'images nous devenons le gibier car, dans cette foule d'Indiens, ce sont nos looks qui attirent l'attention. Seulement, si nous avons une multitude de sujets, les Indiens n'ont que nous sous la main aujourd'hui et la photo semble souvent à deux doigts de tourner à l'émeute... ![]()
| 23 janvier 2004 |
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Il semble parfois éprouvant d'essayer de sortir des sentiers battus pour tenter une immersion plus profonde dans la culture indienne. On ne peut pourtant pas dire que notre destination est inconnue des touristes puisqu'elle représente volontiers une excursion d'une journée depuis Hampi mais les voyageurs occidentaux s'y attardent rarement.
Voilà pourquoi nous sommes venus nous perdre dans la petite ville de Badami, dont nous pouvons constater de prime abord qu'elle est perdue au milieu de nulle part et par conséquent difficilement accessible en transport en commun (2h de train puis 2 bus différents pour 80 Km depuis Hampi).
Et pourtant, cette bourgade, nichée au bord d'une impressionnante crête de grès rouge, a autrefois été la capitale de l'empire Chalukya qui occupait la majeure partie du Deccan entre les IVe et VIIIe siècles, et c'est à Badami que l'on rencontre les plus anciens temples et grottes dravidiens dont l'architecture et la sculpture serviront de modèle à toute l'Inde du sud. ![]()
Partis à l'aube de Hampi, nous arrivons suffisamment tôt pour commencer à explorer les environs qui regorgent de grottes, de temples et de motifs sculptés à même la falaise. ![]()
Du sommet de la falaise, nous bénéficions d'une bonne vue sur les toits de Badami.
| 22 janvier 2004 |
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Ce matin nous avons trouvé un petit coin tranquille, les pieds dans l'eau de la rivière Tungabhadra, pour écrire.
Ah, si nous pouvions toujours bosser dans ces conditions ! ![]()
Nous allons déjeuner dans un petit restaurant au milieu des bananiers, surplombant la rivière. Là, nous rencontrons une prof d'histoire géo à la retraite qui a passé toute sa carrière en lycée professionnel. Poursuivant une réflexion amorcée il y a quelques jours sur l'impact du tourisme sur un village comme Hampi, nous en venons à comparer le déracinement des jeunes issus de l'immigration en France avec celui des Indiens confrontés au tourisme de masse. Notre professeur commence par partager avec nous son expérience de ces jeunes, qui rejettent les valeurs "conservatrices" de leurs parents, sans pour autant avoir les moyens culturels de s'intégrer à part entière dans la culture dominante. Leur référence unique devient alors l'argent, seul moyen d'exister ou de progresser dans l'échelle sociale.
Les difficultés économiques et la concurrence libérale très sélective de nos pays plongent beaucoup de ces jeunes "déracinés" dans ce qui leur semble être la facilité, c'est-à-dire la violence et le non-respect. ![]()
Nous avons cru remarquer des phénomènes similaires dans des centres touristiques comme Hampi.
Si ce sont surtout les membres des hautes castes qui bénéficies du gros de la manne touristique, de par leur accès a l'éducation, et notamment l'anglais, et de par l'accès possible qu'ils ont au crédit, les basses castes (aussi les plus défavorisées socialement et économiquement), trouvent toutefois elles aussi quelques opportunités pour tirer leur épingle du jeu. Chaque succès modifie un peu l'ordre établi, permettant, petit a petit, à une nouvelle hiérarchie méritocratique et économique de s'établir. Mais attention, là aussi la concurrence est rude et s'adapter aux besoins très différents des touristes occidentaux et asiatiques n'est pas une mince affaire... Si l'argent et le succès créent de nouvelles valeurs, perturbant l'ordre établi, les jeunes ne s'intègrent pas pour autant au modèle occidental qui s'offre a eux. Il est d'ailleurs étonnant de voir a quel point les indiens continuent à vivre dans les mêmes conditions qui ont toujours été les leurs (dormir à même le sol, se laver avec un seau d'eau, manger et se laver les dents avec ses doigts...), alors même qu'ils ont su s'adapter aux normes occidentales pour donner aux touristes les conditions de confort qu'ils attendent. ![]()
Tout comme chez ces jeunes des banlieues, on observe donc un rejet de certaines des règles établies, au contact d'une autre culture, sans pour autant adopter celle-ci. Si certains gèrent habilement ce changement
, d'autres s'y perdent, leur frustration monte
, face à leur désir d'émancipation et de succès qu'ils n'arrivent pas a obtenir. C'est alors que se développe une certaine agressivité, et le manque de respect. A ne pas confondre avec un système de classe qui placerait le touriste au plus bas de la hiérarchie...
| 21 janvier 2004 |
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Ayant prévu de rester quelques jours à Hampi, et après avoir passe une première nuit dans une petite chambre glauque, et infestée de moustiques, nous avons négocié une guest house bien sympathique
qui nous offre le confort d'une douche et d'une grande moustiquaire (ce dernier accessoire, bien que rare, n'est vraiment pas du luxe !). ![]()
Cette nuit cependant, nous n'avons pas dû nous faire des amis à la Shambhu guest house ou dans les environs. En effet, dans notre sommeil et pour une raison non encore élucidée, la moustiquaire nous est tombée sur la tête sans pour autant nous réveiller. Eric a alors commencé un cauchemar au cours duquel des individus mal intentionnés s'introduisaient dans notre chambre et a commencé à se battre contre eux avec force grognements d'intimidation. A son tour, Marine, dans son sommeil et selon ses compétences en terme de combat, a commencé à hurler de toutes ses forces, réveillant Eric mais aussi tout le quartier. Il faut alors bien imaginer Hampi bazar comme une succession de petits bâtiments serrés les uns contre les autres, tous légers et sans fenêtres pour comprendre le véritable retentissement de cette nuit ! ![]()
Quand nous avons eu repris nos esprits, nous avons ouvert notre porte pour nous excuser et avons trouvé le patron et les employés ainsi que nos voisins de chambre dans le couloir, hallucinés. ![]()
Les lumières étaient aussi allumées dans les bâtiments voisins et tous les chiens errants de Hampi ont encore hurlé à la mort pendant des heures... Sans parler de la police que notre logeur a du renvoyer !
Ce matin au petit déjeuner nous nous présentons tous penauds, Eric avec un hématome sur le tibia et Marine la voix cassée, devant les regards interloqués et devons même subir un interrogatoire du patron qui ne se satisfait pas de nos explications et veut savoir quelle mauvaise drogue a pu nous faire un tel effet... ![]()
| 20 janvier 2004 |
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Extrait du règlement de police de Hampi
(affiché dans les restaurants, les chambres d'hôtel, les édifices publics et commentés par nous)
Gouvernement du Karnataka
Commissariat de police
Instructions et recommandations que doivent suivre les étrangers qui visitent Hampi et ses alentours :
1. On recommande aux étrangers de ne pas se promener seuls mais en groupes, accompagnés de guides.
(Dommage que tout le monde ne respecte pas cette règle: cela rapporterait une fortune à l'économie locale.
)
2. Les étrangers doivent exclusivement faire appel aux guides officiels locaux enregistrés à l'office de tourisme.
(Dommage pour Marine !)
5. Les étrangers sont tenus de finir leur visite et de rentrer avant le coucher du soleil.
(Oui maman, je n'irai plus voir le coucher du soleil depuis le mont Matanga !)
6. Les étrangers ne doivent jamais accepter de boissons ou d'aliments offerts par des inconnus.
(Cela tombe bien nous sommes loin des pays musulmans...)
7. Les drogues comme la ganja, le hafeem, le charas... Ne doivent ni être consommées, ni transportées, ni acceptées.
(Il doit alors y avoir une dérogation pour l'opium et les bang lassi !) ![]()
12. Se déplacer dans des coins isolés n'est pas conseillé: des bandits de petits chemins pourraient en profiter.
(Ouh la-la !
)
14. Les étrangers sont tenus de se loger dans les hôtels ou assimilés.
(Ca tombe bien nous sommes loin des pays musulmans...bis)
15. Les étrangers ne doivent ni se reposer ni dormir à proximité des maisons d'autres personnes à ou dans les environs de Hampi.
(Va comprendre, Charles...)
17. Il est conseillé aux étrangers de ne pas se lier d'amitié ou de développer tout autre type de relation avec des locaux ou des inconnus.
(Maintenant on comprend mieux !
)
19. (...) Les étrangers ne doivent pas se lier d'amitié avec le petit personnel de l'hôtel.
(De toutes façons nous ne parlons ni hindi ni kannada !
)
| 19 janvier 2004 |
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Le site de Hampi est vraiment très étendu et un de ses attraits réside incontestablement dans la féerie des paysages alentours: des amoncellements de gros cailloux ronds comme tombés du ciel et figés en équilibre les uns sur les autres
. Nous avons donc bien l'intention d'aller explorer ces paysages lunaires parsemés de temples à moto, d'autant plus que cela nous permet d'accompagner Vincent qui voyage avec la sienne. Nous avons été ravis de le retrouver car la vie à Arambol ne nous avait pas laissé le temps de faire connaissance alors que nous avions bien aimé son aventure et la façon dont il la gérait (voir le site de Vincent Danna). Eric peut aussi avoir le plaisir de se balader et d'essayer une nouvelle moto autrement plus performante que les motos indiennes ! ![]()
Nous en profitons pour nous arrêter dans de petits villages à la périphérie de Hampi pour essayer de nouer des liens. Selon les villages, les réactions sont sans équivoque: soit on nous indique la route pour Hampi et toute autre forme d'échange s'avère impossible
; soit tous les habitants se ruent vers nous en criant pour nous souhaiter la bienvenue et se battent pour être pris en photo...
Mais voilà donc encore un exemple de ce qu'est l'Inde: tout et son contraire, sans que nous puissions jamais savoir à quoi nous attendre ! ![]()
Nous avons d'ailleurs le plaisir de partager nos émotions et impressions sur l'Inde avec Vincent et de constater que nous avons sensiblement les mêmes expériences et souffrons autant de la superficialité des relations avec les locaux. Nous nous comprenons d'autant mieux que nous avons tous traversé des pays musulmans pour arriver jusqu'ici ! ![]()
| 18 janvier 2004 |
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Au nord du Karnataka, le très ancien lieu saint de Hampi abritait la capitale de l'empire de Vijayanagar, qui domina toute l'Inde méridionale du XIVe au XVIe s.
Le commerce des épices et du coton et la gestion par des souverains intelligents apporta une grande prospérité à la région. La ville de Hampi, qui comptait à son apogée 500 000 habitants, était dotée de merveilleux palais, temples et jardins. Elle fut détruite en 1565 par les musulmans.
Le site, bordé par une rivière et jonché d'énormes rochers aux formes étranges, s'étend sur 30 km2. L'ensemble du site est parsemé de magnifiques ruines, de temples hindous. Il ne reste plus que les fondations des édifices publics et des palais construits en bois.
Nous croisons à Hampi plusieurs connaissances rencontrées à Arambol ou Varkala, dont Vincent
que nous avait présenté Constant (vous vous souvenez, le Français sculpteur installé à Arambol et que nous avions rencontré en Iran !).
| 17 janvier 2004 |
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Au nord du Kerala et au nord-ouest du Tamil Nadu, nous sommes maintenant arrivés dans la province du Karnataka qui a remplacé, en 1973, l'ancien Etat du Mysore.
Il y a trois régions distinctes dans le Karnataka : une bande côtière, étroite et fertile le long de la mer d'Oman ; la chaîne des Ghâts occidentaux dont les sommets boisés empêchent les nuages de la mousson d'accéder plus à l'est; enfin, le plateau du Deccan où le paysage devient aride et rocheux. La région est connue pour ses bois de teck et de palissandre, ses bambous, poivriers et sa cardamone.
La population est hindoue à 90% et au sud vivent les Kodava qu'on dit descendants d'Alexandre le Grand. Organisés en clans, ils pratiquent le matriarcat, l'exogamie et le culte de leurs ancêtres.
Le Karnataka est un état très riche et le taux d'alphabétisation est un des plus élevés de l'Inde. Outre l'agriculture et la sériculture, il est axé sur la haute technologie et les industries de pointe.
| 16 janvier 2004 |
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Mysore, ancienne capitale de l'état princier qui portait ce nom, est connue pour son jasmin dont le parfum a été célébré par de nombreux poètes ! Elle est réputée aussi pour ses soies, ses objets en bois de santal et ses encens. Un vrai paradis pour qui s'intéresse à la parfumerie ! ![]()
Nous flânons dans cette agréable ville aux dimensions humaines. Même si son programme de nettoyage des principales rues lancé en grande pompe il y a quelques années n'est pas vraiment un succès (on ne change pas plusieurs siècles d'habitudes comme cela: les habitants, insouciants, continuent de jeter leurs ordures par la fenêtre
), nous faisons d'agréables promenades dans cette ville ombragée. ![]()
Nous visitons le fastueux palais du maharaja, notre premier palais en Inde. La majesté des lieux est impressionnante.
Nous poursuivons notre journée en visitant un musée comprenant une collection privée d'objets variés. Entre deux merveilles
c'est le musée des horreurs.
Il en faut pour tous les goûts et ce musée n'en restera pas moins une excellente initiation à l'art et à l'artisanat indiens.
| 15 janvier 2004 |
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Aujourd'hui commence un tout autre genre de promenade dans les monts Nilgiri puisque nous projetons de rejoindre Mysore (150 Km) en bus. Les six heures de voyage (hé oui, cela fait moins de 30 Km/h mais il vaut mieux tant la route est mauvaise !
) nous réservent bien des surprises. Tout d'abord les paysages sont d'une grande richesse et leur variété maintient perpétuellement nos sens en éveil
mais il faut aussi imaginer l'incroyable spectacle a l'intérieur du bus. Le véhicule lui-même est une antiquité (comme la majorité des bus de la region...) et il faut l'avoir vécu pour pouvoir concevoir le hurlement strident que produit la tôle de la carrosserie en torsion dans un virage en épingle, suivi à chaque fois d'un effroyable "bang" lorsque ladite tôle se redresse et ainsi de suite à chaque virage...
Ce vacarme étourdissant corroboré par le vrombissement du moteur sollicite donc nos oreilles tout comme l'absence de suspension et les banquettes en fer peuvent éprouver nos postérieurs et colonnes vertébrales.
Si ces conditions de voyage étaient plutôt prévisibles, nous n'en finissons vraiment pas de nous étonner en Inde en constatant que beaucoup des passagers se sont endormis: de la mamie avec son baluchon à vendre au marché et qui a posé sa tête sur la vitre opaque, au père de famille se rendant au village voisin en passant par les enfants en équilibre précaire sur un genou... ![]()
Ce spectacle nous laisse toujours pantois.
Bien sûr, à plusieurs occasions déjà nous avons pu constater que les locaux vivaient toujours en communauté, toute une famille dormant souvent par terre dans une pièce et dans un brouhaha incessant que nous jugerions intolérable. C'est d'ailleurs pour nous évident: il doit falloir des années d'entraînement avant de parvenir à dormir dans ces conditions... ![]()
| 14 janvier 2004 |
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Aujourd'hui nous louons une moto pour explorer les routes de montagne des Nilgiri. Nous avons pour objectif d'aller voir deux cascades sur la route de Mysore mais les indications dans notre alphabet sont rares. Très vite nous nous égarons pour, à notre grand bonheur, découvrir d'extraordinaires paysages.
Notre nouvelle route serpente dans la montagne, passant de 2 200m à 1 000m. Nous traversons en une heure une variété étonnante de paysages qui se succèdent en fonction de l'altitude: nous avons l'impression de sillonner entre vallons de Toscane, maquis corses, forêts d'Auvergne... ![]()
Notre magnifique descente débouche sur un plateau dont la végétation évoque la savane africaine. Nous y croisons une multitude de cerfs et de biches, beaucoup de singes et quelques éléphants...
Et nous qui hésitions à nous rendre dans l'un des proches parcs nationaux où, nous avait-on dit, nous avions peu de chance d'apercevoir quoi que ce soit ! Cette sublime balade en montagne restera parmi nos plus beaux souvenirs de paysages ! ![]()
| 13 janvier 2004 |
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En visitant le très étonnant tribal Research Centre, nous faisons la connaissance des principales tribus primitives qui ont peuplé les Nilgiris. Ces tribus ont cohabité en paix dans une relative harmonie pendant des siècles en formant un ensemble économique, social et culturel indépendant.
La reconstitution d'une hutte et d'un temple accompagne la présentation des Toda dont le système social, économique et spirituel est entièrement centré sur le buffle:
"Les produits laitiers tirés de la bufflonne faisaient partie du régime alimentaire de la tribu et servaient de monnaie d'échange contre des céréales, des outils, des poteries. Les Toda, strictement végétariens, ne sacrifiaient un buffle que lors de la mort de l'un des leurs. L'animal n'était alors pas destiné à être mangé, mais à accompagner le défunt dans l'autre monde. Aujourd'hui encore, les Toda croient que l'âme du buffle sacrifié suit l'esprit du mort au ciel, où l'animal continue à offrir son précieux lait. D'autres traditions se perpétuent, notamment celle de la division du travail: les hommes s'occupent des buffles, tandis que les femmes brodent des châles.
Les Badaga émigrèrent quant à eux vers les Nilgiri Hills lors des invasions musulmanes dans le nord: ils ne constituent pas, à proprement parler, un peuple tribal mais, disposant du savoir des habitants des plaines, ils devinrent les porte-parole avertis des tribus montagnardes. Leurs produits agricoles, en particulier les céréales, diversifièrent l'alimentation des peuples des nilgiri.
Les Kota étaient considérés comme une tribu inférieure. Artisans travaillant le cuir et potiers, ils étaient aussi musiciens. Ils continuent à pratiquer des cérémonies au cours desquelles ils implorent les dieux pour la pluie et de bonnes récoltes.
Installés dans les épaisses forêts, les Kurumba collectaient le bambou, le miel et des matériaux nécessaires à l'aménagement des habitations, qu'ils échangeaient en partie avec les tribus voisines. Un peu cultivateurs, ils faisaient appel aux Badaga lors des semailles et des moissons pour accomplir les rituels qui leur garantiraient des récoltes abondantes. Les pratiques magiques des Kurumba étaient respectées et recherchées par les autres tribus.
Les Irulu réalisaient des outils et récoltaient le miel ainsi que d'autres produits de la forêt dont ils fabriquaient des balais et de l'encens. Ces adorateurs de Vishnu exécutaient souvent des rituels particuliers pour les peuples voisins. Quelques Irulu perpétuent ces rites anciens dans les sanctuaires et les temples locaux.
L'arrivée des Britanniques dans la région d'Ooty, au début du XIXe siècle, bouleversa cet équilibre. Certaines tribus s'adaptèrent rapidement, en particulier les Bataga. Agriculteurs, ils poursuivent leurs activités traditionnelles tout en se lançant dans de nouvelles cultures (thé et café), imposées par les colons. En revanche, ils ne purent assumer longtemps la production des céréales dont dépendaient les autres tribus. C'est ainsi que s'effondrèrent petit à petit les systèmes économiques et culturels de ces populations. Le gouvernement indien a alloué des terrains aux tribus chassées des montagnes, contraintes de se recycler dans l'agriculture. Cette politique est en complète contradiction avec l'esprit des Toda, qui se considèrent comme les gardiens de la terre et estiment que creuser le sol revient à le profaner. Pour respecter leurs croyances traditionnelles et répondre aux attentes des autorités, nombre d'entre eux ont loué leurs terres à d'autres tribus, ce qui leur a valu une réputation de paresse.
Aujourd'hui, de nombreuses populations tribales sont assimilées au point de ne plus être discernables. Le déracinement et l'aliénation ont engendré des comportements destructeurs dans certaines tribus, alors que d'autres maintiennent une partie de leurs traditions tout en adoptant les coutumes et les croyances de la civilisation dominante."
Lonely Planet
| 12 janvier 2004 |
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Grimpons encore un peu plus, jusqu'à Ooty, ville fondée par les Britanniques au début du XIXe siècle pour y établir la résidence d'été du gouvernement de Madras.
A 2 240 m d'altitude, l'air y est plus vif encore et le ciel dégagé. ![]()
Si nous avions bien aimé l'ambiance surannée de notre guest house de Coonoor, nous avions eu froid. Cette fois nous décidons de nous offrir une belle chambre (âprement négociée!) dans un très agréable hôtel. Une fois n'est pas coutume, la pièce est relativement bien isolée, il y a une baignoire et de l'eau chaude, et une première en Inde, une T.V.. Nous en profitons pour regarder un film indien. C'est une sorte de remake du film Pretty Woman. Le milliardaire indien est amoureux, au grand désespoir de sa famille d'une étrangère, qui se tue en s'écrasant par terre au cours d'un exercice de lévitation... ![]()
Notre héros tombe alors amoureux d'une nouvelle femme, qu'il pense être une étrangère. C'est de nouveau le drame. Finalement, comme il se doit tout finira bien. La belle, si elle se révèle être une prostitué, est également une indienne hindoue. L'honneur est sauf ! ![]()
Au delà de la fiction, les traditions ont la vie dure en Inde. Aujourd'hui encore, et notamment dans le nord de l'Inde et dans les campagnes (où vit la majorité de la population), un homme qui se marie avec une femme d'une caste inférieure peut s'attirer les foudres de sa communauté "déshonorée", comme en attestent les articles horrifiants que nous pouvons lire décrivant les meurtres, mutilations et humiliations perpétrés au nom de "l'honneur".
Ces crimes sont d'autant plus difficile a endiguer que les autorités locales, partie prenante dans le système des castes, ont tendances a partager ces mêmes valeurs. De plus, les politiques élus démocratiquement, dépendent des voix des membres de ces même castes...
Pour information, les étrangers font partis des hors-castes c'est a dire des intouchables...
| 11 janvier 2004 |
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Les journées, les semaines et les mois défilent à une vitesse impressionnante. Il faut dire que nos journées ont tendance à être bien remplies.
Quand nous avons l'occasion de nous poser, c'est-à-dire de trouver un lieu agréable (un bon hôtel pas trop cher, un cadre détendant, des restaurants corrects et si possible quelques attractions faciles d'accès...), nous sommes le plus souvent, comme tout un chacun, accaparés par les tâches "administratives" et "ménagères": linge à laver, textes à écrire, à taper et à envoyer, sélection et envoi des photos... La gestion du site nous occupe l'équivalent d'une journée par semaine. Il est donc facile de se laisser déborder, surtout lorsque nous bougeons beaucoup ou lorsque les connexions Internet sont mauvaises.
Vos encouragements et l'aide précieuse de Christophe sont notre combustible. C'est pour cela que nous voulions vous dédier cette journée et vous remercier ! ![]()
| 10 janvier 2004 |
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Toujours à l'extrémité sud de l'Inde, mais à l'est du Kerala, nous découvrons le Tamil Nadu qui est considéré comme le berceau des Tamouls et de la culture dravidienne (les Dravidiens étant l'une des ethnies aborigènes indiennes repoussées au sud par les Aryens). Le Tamil Nadu est séparé du Kerala par le massif des Ghats occidentaux dont nous entreprenons aujourd'hui l'ascension.
Les Ghats occidentaux s'étendent sur près de 1 400 Km, du nord de Bombay à la pointe méridionale du Tamil Nadu, en traversant le Maharashtra, Goa, le Karnataka et le Kerala. Ce sont des montagnes d'une altitude moyenne de 915 m, elles sont couvertes de forêts et tous les grands fleuves de l'Inde du sud y prennent leur source. Les Ghats occidentaux constituent en outre une véritable oasis biologique et écologique, abritant une grande diversité de plantes (27% des végétaux à fleurs et 60% des plantes médicinales du pays) et de nombreuses espèces animales endémiques. Les naturalistes estiment même que les Ghats occidentaux restent l'une des plus grandes régions forestières et montagneuses préservées d'Asie. ![]()
Les monts Nilgiri, qui font partie des Ghats occidentaux, offrent un havre de fraîcheur à quelques heures de la fournaise de la plaine. Pour les rejoindre, nous utilisons le train miniature d'Ooty, mû par une locomotive à vapeur et qui dessert notamment la station climatique de Coonoor.
Au départ il n'est pas simple de se faire une place sans avoir réservé dans ces petits compartiments bondés de locaux. La seconde classe est déjà en surcapacité chronique alors que la première classe n'est occupée que par quelques (rares) touristes prévoyants. Comme nous commençons à prendre place en première, on nous présente un homme à la mine renfrognée qui a acheté toutes les places de première et à qui il faut payer cher pour pouvoir être assis. On se croirait devant Bercy un soir de concert ! A quoi bon se révolter devant de telles pratiques ? Elles sont ici quotidiennes et qui plus est avec la complicité des chemins de fer...
Heureusement, un groupe scolaire nous prendra sous sa protection en partageant un bout de banquette : voilà qui compense largement toutes les arnaques ! ![]()
Le voyage nous offre des vues époustouflantes tout au long du parcours et nous avons tout notre temps pour apprécier forêts, plantations de thé et d'épices tant nous avançons à la vitesse d'un escargot.
Nous pouvons d'ailleurs même constater à plusieurs endroits que des passagers sautent sans difficulté du train en marche... ![]()
Arrivés à 1850 m d'altitude, nous descendons à Coonoor, petite ville animée agrippée à la montagne. Ouf ! Il fait bon respirer... ![]()