| 3 mars 2004 |
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Le vol se déroule sans encombre et je finis par me poser dans l'aéroport de Colombo. Il est 2h du matin. J'ai tôt fait de retrouver mes marques, vu les nombreuses heures que j'y ai passées à l'allé. La BMW de la loterie est toujours là, avec quelqu'un pour en vendre les billets, vaincu par le sommeil. De nombreuses personnes attendent dans les sièges leurs correspondances. Je décide d'être sage et demande à louer l'une des cinq chambres pour la nuit au sein de l'aéroport. Et je peux finalement m'endormir avec délectation sur les coups de 3h du matin. Autant d'heures de sommeil d'engrangées. ![]()
Je découvre le matin que mon avion a de nouveau 3 heures de retard (je crois que j'aurai été déçu s'il avait été à l'heure) et j'en profite alors pour me recoucher et augmenter mon capital sommeil. ![]()
Je finis par embarquer et me prépare à passer plus de 11 heures de vols dans l'avion. Je me consacre alors à la visualisation de films indiens que j'ai la joie de découvrir sur mon petit écran personnel. Le premier est un joli mélange d'amour et d'action. Le héros (haa... des comme ça on n'en fait plus) est commissaire de police, fort, courageux, viril et ne veut pas succomber à l'amour. L'héroïne est belle, de bonne moralité, est professeur de mathématiques, et si elle résiste au début, tombe rapidement amoureuse du commissaire de police. Après quelques chansons, ils finissent par se marier. Mais une sombre histoire de vengeance et de trahison met en péril le couple jusqu'au drame final. Un subtil mélange de Barbara Kartland et de Charles Bronson. Bien que stylisés, les rapports décrits, entre les hommes et les femmes sont assez frappants. Tout pourrait se résumer dans cette scène où l'héroïne ouvre les rideaux de l'appartement du héros en disant quelque chose comme : "Je ne dis pas que c'est comme cela que ça doit être, je dis simplement que la vie en sera plus gaie".
Un autre film s'intéresse cette fois à un groupe de jeunes où sont abordés l'opposition entre le mariage d'amour voulu par deux des jeunes gens et le mariage arrangé exigé par leurs parents. A cela s'ajoute l'importance des études, et le rêve de devenir des rock stars (qui se concrétise dans le film). Les chants et les danses qui émaillent les films sont plutôt bien faits. C'est rythmé, les mélodies vous rentrent facilement dans la tête et ce sont parfois de véritables clips à l'intérieur du film. Je me surprends à y trouver un certain plaisir. Les deux films restent très puritains et le baiser occidental (qui à la base n'est pas dans la culture indienne) n'est que suggéré... Mais ce qui frappe essentiellement c'est la violence (sans mauvais jeu de mots), parfois sanglante, mais surtout présente, physique, faisant partie du quotidien. Les scènes sont nombreuses où la colère amène les personnages à en venir aux mains, et cette violence ne semble être nullement condamnée...
Même s'ils ne sont pas d'un réalisme extraordinaire, il est clair que ces films n'en reste pas moins un reflet de la société indienne et mériterait que l'on s'y attarde un peu plus...
L'avion se pose finalement à Paris en début de soirée et une fois mon sac à dos récupéré, c'est un autre univers qui bien que familier s'éclaire sous un jour d'étrangeté. Personne dans les rues. Des files ininterrompues de phares sur les routes. Les lumières sont blanches et il fait froid...
J'ai emporté un petit bout d'Inde avec moi. ![]()
| 2 mars 2004 |
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Le train arrive à Delhi sans trop gros retard en milieu de matinée. Mon nouvel objectif est fort simple : trouver la consigne de la gare pour y abandonner mon sac-devenu-vraiment-trop-lourd
depuis que Marine et Eric se sont délestés de leurs vêtements chauds dont ils ne devraient plus vraiment avoir besoin dans les mois qui viennent. Une fois la consigne repérée, je remplis un formulaire (ce ne serait pas drôle sinon) et m'apprête à confier mon précieux chargement aux autorités compétentes. Une fois mon tour arrivé, un employé me fait signe de rentrer par une ouverture étrange, croisement inavouable entre une porte et une fenêtre, me demande mon formulaire qu'il tend à un autre individu, puis me fait signe d'aller moi-même porter mon sac sur l'une des étagères de la consigne.
Ne me demandez surtout pas quel était le rôle de chacun des employés. Leur absence d'activité (temporaire certainement) ne me laissait aucun indice... Je me débarrasse de mon sac à dos et, suivant l'exemple d'autres personnes m'ayant précédé, je l'attache avec une chaîne et un cadenas imposant dont la solidité reste à démontrer. L'employé ne semble nullement surpris de la manoeuvre et semble trouver parfaitement normal que je considère son lieu de travail comme le dernier rendez-vous à la mode de tous les larrons du coin... Après tout, n'y a-t-il pas un panneau à l'extérieur de la consigne, nous enjoignant de cadenasser nos sacs ?
Une fois l'opération effectuée, je réenjambe une autre "porte-fenêtre" et part le coeur et le corps plus légers.
Je décide alors de me rendre à Connaught Place à pied espérant naïvement pouvoir y trouver des cartes postales. Je ne trouve malheureusement que quelques cartes poussiéreuses et blanchies par le soleil. Etant malheureusement conditionné à envoyer des cartes postales en état à peu près correct, je décide alors de me lancer dans l'exploration de l'Underground de Connaught Place, dont Jean-Marc nous avait parlé à Varanasi. L'entrée du bazar souterrain n'est pas trop difficile à trouver et je me retrouve rapidement dans la face cachée de Connaught Place, ultime épreuve que tout voyageur digne de ce nom se doit d'accomplir, afin de se vacciner définitivement contre toute sollicitation d'origine commerciale. ![]()
Le bazar est, à l'image de Connaught Place, organisé en cercles concentriques, comportant chacun une multitude de magasins. On peut très schématiquement les classer en deux catégories : les magasins de vêtements et les magasins de DVDs et de logiciels pour ordinateur. Ils se ressemblent tellement que vous pourriez très bien faire un tour et revenir à votre point de départ sans vous en rendre en compte. Ne croyez pas pouvoir vous fondre dans la foule. Vous êtes quasiment le seul touriste et repérable à des kilomètres. Pas de musique dans ce cercle commercial, mais celle-ci est remplacée par un autre style de fond sonore, dont la monotonie est sans égale. A chaque passage devant un magasin (j'ai bien dit chaque), un type se précipite sur vous en brandissant une ceinture qu'il est prêt à vous céder à vil prix (cette pratique doit probablement remonter à quelque coutume dravidienne très ancienne), ou bien s'avance vers vous en vous balançant des "Excuse me, sir", "DVDs, softwares" ou encore quelques rares "Sex movies"...
Cet endroit est le parangon de l'accostage et certainement un endroit renommé de formation pour tous les vendeurs rencontrés en Inde ! Il s'agit alors d'appliquer alors la tactique du serpent qui comme chacun sait est sourd comme un pot ! C'est très efficace, même si ça peu parfois déclencher des rires sur votre passage. Inutile de rajouter que cet endroit est le paradis du piratage (au sens propre du mot) et que vu le prix et l'allure des pochettes mal imprimées, les logiciels et probablement les DVDs sont tout sauf des versions originales. Tout ce joli petit monde a pignon sur rue (souterraine mais quand même) et la fréquentation de ce joli complexe est largement assurée par les locaux venus faire leurs emplettes. En tout cas, ce n'est pas ici que je vais pouvoir trouver mes malheureuses cartes postales (je n'y ai pas vu de versions piratées).
Je décide alors de remonter et de quitter Connaught Place pour regagner Main Bazar. Après tout, pas mal de touristes s'y baladent et les routards doivent bien envoyer eux aussi de temps à autre des cartes postales. Je finis par tomber sur un petit magasin en proposant, bien que celles-ci ne soient nullement exposées à l'oeil du passant. J'en trouve un lot à peu près correct, embarque le tout, et vais retrouver un petit restaurant que Marine, Eric et moi avions l'habitude de fréquenter pour nos petits déjeuners, et où je sais pouvoir trouver une certaine tranquillité. ![]()
Deux heures de travail d'écriture plus tard, je suis prêt à repartir et à accomplir ma nouvelle mission : trouver la poste de Connaught Place (c'est fou comme les actes les plus banaux trouvent tout de suite une nouvelle dimension dans ce pays). Je monte dans un ricksahw, lui explique où je veux aller et celui-ci me conduit à Connaught Place. Arrivé là, il fait celui qui n'a pas compris que je voulais aller à la poste et me dit que de toute façon il ne sait pas où elle est.
Je lui réponds que mon contrat est clair : s'il veut avoir le prix de sa course (qui ne bougera pas d'un iota), il faut qu'il m'emmène à la poste. Il me propose finalement de me conduire à 500 m de là à une autre poste et finit par me déposer devant ce qui semble effectivement un bureau officiel de la poste indienne et redémarre aussitôt. Je m'aventure alors dans l'étrange enceinte du bâtiment pour tomber sur deux personnes qui m'expliquent que la poste est fermée pour cause de fête nationale.
Je demande alors s'il n'y a pas moyen d'obtenir des timbres et l'une des personnes me sort un retentissant "20 roupies" sans autre explication. Je pense alors qu'il est alors temps de mettre fin à cette conversation passionnante et plante là mes deux interlocuteurs dont l'un me répète une nouvelle fois sa formule incantatoire de dissipation de touriste. Une fois dehors, je juge plus prudent de retourner à pied vers Connaught Place pour y trouver moi-même la poste. Je finis par y arriver, et dois bien me rendre à cette simple contestation : elle est fermée ! Un vendeur à côté me le confirme, c'est bien fête nationale aujourd'hui (pour les musulmans cette fois). Reste plus qu'à espérer pouvoir envoyer mes cartes depuis l'aéroport. ![]()
Je profite alors du temps qu'il me reste pour faire quelques courses puis rentre tranquillement vers la gare pour récupérer mon sac. L'expérience de la traversée des routes est d'ailleurs particulièrement amusante pour le non initié. N'essayez surtout pas de jouer l'intimidation pour faire s'arrêter les véhicules. Vous risqueriez de perdre définitivement toute chance de rejouer à nouveau. La traversée de la route tient plus de la corrida qu'autre chose et l'on apprend rapidement à ne pas regarder devant soi mais à ne jamais quitter des yeux les véhicules grands et petits qui foncent sur vous. On s'offre quelques jolies frayeurs et la sensation du bus qui vous frôle est une expérience nouvelle que tout piéton se fait la joie de connaître un jour.
Les Indiens ne sont pas plus fiers que vous à ce petit jeu, et il est assez frappant de les voir courir comme vous pour échapper à la horde des fauves qui déboulent sur la route. En fait, la meilleure tactique semble de traverser en groupe, seule force de dissuasion à peu près efficace pour obtenir l'arrêt de nos chers conducteurs. ![]()
Une fois arrivé, à la gare je récupère mon sac à la consigne puis me dégotte un taxi pour l'aéroport que je négocie à 170 roupies. Les débuts sont assez laborieux, et je reste coincé de très longues minutes dans des embouteillages interminables. Malgré la marge importante prise, la possibilité de rater mon avion se fait jour en moi, mais une fois le centre de la ville dépassé, le trafic repart normalement et je finis par arriver sans encombre à l'aéroport. Par curiosité, je demande au chauffeur de soulever le voile recouvrant son compteur et je découvre le chiffre de 177.50 roupies. Pour une fois je paierai moins que le prix normal ! ![]()
A l'aéroport, je découvre avec bonheur une poste ouverte
, tout en étant pas trop surpris de n'y voir personne. Au bout d'un quart d'heure un homme finit par arriver et je peux enfin faire tamponner sauvagement mon stock de cartes postales ! ![]()
J'embarque ensuite dans l'avion qui décolle à l'heure et m'apprête à rejoindre Colombo au Sri Lanka trois heures plus tard. Je laisse derrière moi cette Inde ô combien intrigante, avec la sensation de n'en avoir soulevé qu'un coin du voile.
La bureaucratie en Inde a toujours été une source de joie inépuisable pour celui qui s'y confronte. Et le remplissage de formulaires pour le moindre prétexte est l'occasion d'une méditation profonde sur les raisons mêmes de l'existence...
Pour ceux qui auraient encore des doutes sur cette réalité de l'Inde, je conseille vivement de clicker sur le lien qui suit. Il s'agit d'une photo ayant gagné le premier prix dans la série des "Portraits", catégorie "Histoires" des "World Press Photo Awards 2004" et intitulée: "Indian Bureaucrats"
| 1 mars 2004 |
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Lever 4h30...
Cela devient une habitude ! Nous prenons le premier express pour rejoindre Kolkatta (Calcutta) d'où Christophe doit prendre un train dans l'après-midi pour Delhi. Pour notre part, nous avons décidé de partir dès demain pour Bangkok. Nous aurions voulu rejoindre le Myanmar (Birmanie) par la route, malheureusement la frontière est fermée. L'unique possibilité consiste à arriver à Rangoon en avion. Etant donné qu'il nous faut impérativement faire faire nos visas pour l'Asie du sud-est, la meilleure solution est de passer par Bangkok et d'y prendre un avion pour Rangoon. Nous sommes un peu pris par le temps, sachant que nous avons donné rendez-vous au père et au frère de Marine à Phnom Pen au Cambodge le 5 avril.
Nous nous sentons profondément frustrés de devoir prendre l'avion et soudain, un passage du livre "La tentation des Indes" d'Olivier Germain-Thomas se rappelle à nous : "Artifice, tout n'est qu'artifice dans cet itinéraire cassé par l'avion. Artifice, Hongkong revisité en une journée, les boutiques d'antiquités d'objets fabriqués en série dans les usines populaires, artifice, les sourires des hôtesses, les repas sans goût, les espaces sans durée, l'univers anéanti par la négation de la distance, artifice, à Bangkok, les gentils touristes bronzés à têtes de pignoufs, artifice, ce va-et-vient dans le ciel pour alimenter un frisson de modernité, artifice, ce retour en Inde où le viol du ciel m'a rendu plus gauche qu'un albatros déplumé. Les aéroports fabriquent les chapons uniformes de nos lendemains qui couinent. J'aurais dû m'accrocher aux rayons du soleil, marcher sur les nuages, devenir saltimbanque des ciels d'Asie, tout plutôt que ce touriste pressé, bétail entre le gate number seven et l'exit qui n'ouvre que sur le vide de l'acier."
Arrivés à Kolkatta, nous accompagnons Christophe à son train. Tout le monde a les larmes aux yeux.
Non seulement ce périple a été l'occasion de partager un peu de ce merveilleux voyage avec notre web-master de choc, mais surtout il a permis de rapprocher deux frères que les vies trop pressées, trop stressées, trop occupées... à Paris, avait doucement éloignés.
Kolkatta la géante nous aspire dans son univers chaotique, grouillant, pollué et surtout plein de vie !
Une fourmilière de petits métiers s'agite dans tous les sens. Mais comment l'Inde arrive-t-elle à gérer un tel désordre ? ![]()
Nous finissons une fois encore dans le ghetto à touristes. Nous aurons décidément surtout vu l'Inde touristique: il faut dire qu'il y a dans ce pays tellement de sites fascinants a voir !
Pour une première approche à petit budget, c'était un choix défendable, même si c'est vrai que nous n'aurons eu qu'une vision partielle de l'Inde. Nous sommes conscient qu'il nous reste beaucoup d'autres facettes à explorer, et plus en profondeur, mais quand même quel beau voyage ! ![]()
Corruption, clientélisme, persécution des minorités religieuses...
Loin d'être achevée, la démocratie indienne demeure néanmoins exemplaire.
Si l'Inde s'est attribué le titre de "plus grande démocratie du monde", c'est d'abord en vertu de l'exceptionnelle trajectoire électorale qu'a parcourue ce pays de 1 milliard d'habitants : d'une part l'abaissement de vingt et un ans à dix-huit ans de la majorité lui a fait passer le cap des 500 millions d'électeurs en 1989 ; d'autre part le pays a organisé treize scrutins nationaux au suffrage universel, étalés sur un peu plus d'un demi-siècle, une performance inégalée dans les pays du sud. D'autant que l'Inde appartient au cercle restreint des démocraties à alternance.
L'enracinement de la démocratie en Inde remonte au temps de la domination britannique. Dès la fin du XIXe siècle, des penseurs éclairés de l'empire ont souhaité faire de la "perle de la Couronne" un laboratoire d'expérimentation politique. Cet héritage donne à la démocratie indienne une profondeur historique dont peu de pays issus de la décolonisation peuvent se prévaloir.
Pourtant, malgré la richesse de ce legs et de l'expérience accumulée depuis 1947 (date à laquelle l'Inde adopte le parlementarisme à l'anglaise, suffrage universel compris), la démocratie indienne reste fragile et l'Etat de droit menacé.
La montée des périls n'est pas récente. La corruption politique date des premières années de la république. Durant des décennies, les notables du congrès ont acheté des voix lors des élections. De plus, la vie sociale a longtemps été régie par un système clientélisme, dont les caciques du congrès, une fois encore, étaient les principaux bénéficiaires. Cette corruption, date des années Nehru, s'est progressivement doublée d'une criminalisation de la vie politique. Des liens entre la classe politique et la pègre se sont noués dans les années 70 lorsque Indira Gandhi a laissé son fils Sanjay recourir au service de hors-la-loi : des gangs armés terrorisaient les électeurs tandis que les mafieux obtenaient en échange des appuis politiques.
Etape ultime, dans les années 1990, on assiste à une véritable confusion des genres : d'un côté des criminels briguent, souvent avec succès, des mandats électoraux ; de l'autre, des candidats des grands partis présentent un casier judiciaire bien rempli et ont parfois même du sang sur les mains. La justice, relativement indépendante, s'efforce de contenir ces dérives. Dans les années 1990, les juges de la Cour suprême se sont livrés à un "activisme judiciaire" contre les "politiciens corrompus", pour reprendre les termes de la presse, un allié de taille dans ce combat. Si cette offensive n'a pas eu tous les résultats souhaités, elle a manifesté la capacité de réaction de l'Etat de droit.
L'autre menace pesant sur la démocratie indienne est la persécution des minorités religieuses. La montée en puissance des nationalistes hindous sur la scène publique s'est traduite dans les années 1990 par une série d'émeutes dont les musulmans et les chrétiens ont été les principales victimes. Dans le même temps, la place des minorités religieuses dans le champ politique s'est réduite : les députés musulmans ne sont plus aujourd'hui qu'une poignée.
En revanche, les castes les plus basses ont, elles, fait irruption dans le jeu politique au cours des années 1990. D'une part, les politiques de discrimination politique mises en œuvre en faveur des intouchables ont suscité l'émergence d'élites nouvelles. D'autre part, les autorités de New Delhi ont entrepris d'étendre certaines de ces mesures aux basses castes (celles se situant juste au dessus des intouchables désignées comme "other backward classes").
Au début des années 1990, la proportion des députés issus des basses castes a été multipliée par deux - pour atteindre 20% en Inde du nord, alors que celle des hautes castes passait sous la barre des 40%.
Ces évolutions reflètent une véritable démocratisation de la démocratie indienne. La base sociale du régime s'élargit. Un authentique transfert du pouvoir est à l'oeuvre. En ce début du XXIe s, l'Inde est donc travaillée par des dynamiques contradictoires, certaines menaçant l'Etat de droit, d'autres œuvrant à la démocratisation d'une régime hérité des Britanniques et longtemps resté l'apanage des élites.
Christophe Jaffrelot, Directeur du Centre d'Etudes et de Recherches Internationales.
| 29 février 2004 |
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Afin de profiter au mieux de cette dernière journée à Puri, nous avons décidé de louer deux motos pour se rendre au temple du Soleil de Konarak situé à une trentaine de kilomètres environ.
Marine et Eric seront à deux sur leur moto, tandis que Christophe chevauchera seul son monstre mécanique qui, reconnaissons-le, s'apparente plus à une mobylette ayant bien vécu, qu'à une Ducati en pleine force de l'âge. Mieux vaut de toute façon rester modeste, la maîtrise de cet engin lui étant à peu près aussi familière que les méthodes de pêche chez les Inuits au 17ème siècle. Pour nous rassurer sur le bon fonctionnement de sa moto, le loueur montre à Eric que son klaxon marche correctement. Nous voilà rassuré !
Ce n'est d'ailleurs pas le cas de celui de Christophe, dont le faible couinement ne peut que déclencher un pincement au coeur devant tant de détresse affichée.
Une fois le processus de démarrage maîtrisé, nous partons sur les routes en direction de Konarak. La conduite n'est pas trop difficile, la route n'étant finalement pas trop fréquentée (toute proportion gardée), et l'on prend rapidement un réel plaisir à conduire ces petites motos, à profiter du paysage, à ressentir la fraîcheur du vent et à éviter prudemment les bus roulant en face qui ont tout compris de la morale de la fable "Le loup et l'agneau".
L'indicateur de vitesse ne marchant pas, comme de toute façon dans la plupart des véhicules en Inde, Christophe peut fièrement rouler poignée en coin, en s'imaginant évoluer à des vitesses inaccessibles. Mais il lui faudra toute sa force de conviction pour convaincre Eric que oui il est à fond, et que non ce n'est pas de sa faute si une moto pourtant similaire à la sienne venait de le doubler en le laissant quasi sur place.
Au cours de notre promenade, nous enjambons quelques fleuves et longeons de magnifiques rizières dont le vert semble appartenir à une autre palette de couleurs. Au bout d'une petite heure, la mer s'annonce sur notre droite et nous finissons par arriver dans le petit village de Konarak.
Toute l'organisation du bourg semble construite autour du temple : échoppes, restaurants, hôtels. Comme de bien entendu, chacun essaye de nous attirer en ces lieux, avec force conviction. Après un thali revigorant, nous nous rendons au temple, dont le prix d'entrée anormalement élevé nous rappelle une fois de plus que nous sommes des touristes occidentaux...
Le temple est immense et très impressionnant. Il est couvert de sculptures qui nous rappellent beaucoup Kajuraho. Mais alors que les temples de Kajuraho ne comportaient qu'une minorité de sculptures érotiques, ici les artistes s'en sont donné à coeur joie et on laissé libre cours à leur imagination (ou à leur expérience
). Aucune pudeur ici, et tout un joyeux petit monde de pierre s'ébat sans pudeur, sous le regard du passant curieux (culturellement, cela va sans dire), figé dans des attitudes parfois recherchées... Les sculptures sont très belles et possède la même sensualité qu'à Kajuraho.
De nombreux touristes indiens sont là qui visitent le temple. De jeunes enfants les accompagnent qui semblent plus intéressés par le spectacle que nous leur donnons que par les séances de gymnastiques acrobatiques offertes par les figurines du temple. De nombreux groupes d'Indiens nous demandent de poser avec eux pour une photo. Un simple retour des choses... Quelles têtes auraient-ils fait si nous leur avions réclamé quelques roupies ? ![]()
La visite terminée nous repartons enfourcher nos motos à la recherche d'une station service. On nous en indique rapidement une : un tréteau où sont posés quelques bidons d'essence. C'est le moment que choisit Eric pour tomber en panne d'essence. C'est ce qu'on appelle de l'optimisation !
Le carburant n'est pas donné et n'est manifestement pas à la portée de tous...
Une fois les réservoirs remplis, nous repartons vers Puri que nous atteignons sans encombre vers 16h passée. Une bien belle balade !
Nous récupérons les sacs à dos et empruntons un rickshaw pour nous rendre à la gare de bus. Une nouvelle fois, on nous fait le coup de nous emmener à la gare des trains (située à mi-parcours) et de jouer les étonnés. Il faut se montrer ferme pour que notre chauffeur finisse par nous emmener vers la station des bus. On finit d'ailleurs par tomber sur le nôtre à un croisement. On abandonne notre rickshaw et l'on saute dans notre nouveau moyen de transport, laissant derrière nous notre chauffeur qui essaye vainement d'alourdir sa facture et d'empêcher que l'on charge nos bagages.
Le bus est déjà bien rempli et tout le monde ne trouve pas place assise. Marine finira par se faire éjecter de son siège par une femme imposante décidée à déborder sans complexe sur sa place et devra passer une partie du voyage debout.
Une fois arrivé, nous regagnons notre hôtel aux chambres toutes neuves et dont le chauffe-eau défectueux n'a toujours pas été réparé (le sera-t-il seulement un jour...). En observant les matériaux utilisés, de faibles qualité, et le nettoyage approximatif bien que régulier des chambres, on se demande combien de temps encore, les chambres garderont cet aspect neuf. Après tout, nous avions été extrêmement surpris d'apprendre que notre hôtel de Varanasi n'avait que 2 ans. L'état des chambres laissait présager beaucoup plus... Un dernier dîner passé ensemble
et l'on se couche pas trop tard pour faire face à un lever plus que matinal. ![]()
Comme nous l'avions déjà mentionné, il n'est pas facile pour les différents acteurs du tourisme Indien de gérer en parallèle les attentes des touristes locaux et celles des touristes asiatiques et occidentaux, tellement celles-ci sont différentes.
Pour les touristes indiens, le bruit et la promiscuité sont tout a fait acceptables voire normaux. Beaucoup de locaux voyagent en famille ou en groupe. Il n'est pas rare que toute une famille de 5 ou 6 s'entasse dans une seule petite chambre, dormant a même le sol, ou sur des matelas par terre. Régulièrement nous voyons aussi des hommes dormant a trois ou quatre dans des lits doubles. Pour la plupart, les voyageurs indiens font du tourisme religieux. Il y a toujours en Inde une fête a célébrer dans l'un des innombrables temples qui parsèment l'Inde, sans parler des très nombreux sites de pèlerinage. Les couloirs des hôtels sont un lieu de sociabilité animés de 7h30 du matin a minuit. La plupart des portes des chambres restent ouvertes et tout le monde se parle de chambre à chambre. Une multitude de garçons d'étage propose en continue thé ou café, pressing ou autres services... L'habitude veut qu'ils rentrent a leur guise dans votre chambre, s'inquiétant bruyamment usiez-vous fermé la porte. Isoler les chambres et les couloirs du bruit n'est absolument pas une priorité.
Inutile de dire que cette convivialité et ces services deviennent très vite insupportables au touriste occidentalisé, qui aime a pouvoir s'isoler lorsqu'il le souhaite, et a dormir dans le calme.
Dans les restaurants, les indiens viennent souvent en famille, lorsqu'ils ne sortent pas entre hommes pour boire et manger. Les bons restaurants prendrons soin de séparer les deux populations, ce qui fait que nous nous retrouvons, en tant que couple, le plus souvent du coté des familles.
En famille, c'est l'homme qui passe la commande. Le serveur est donc habitué a ne donné qu'un seul menu a celui-ci, et a ne s'adresser qu'a lui. Les occidentales adorent ! Les indiens se partagent les plats, mangent avec leurs doigts et boivent sans jamais toucher des lèvres leur verre (notamment dans le sud). Pas facile pour un serveur peu habitué aux étrangers de ne pas se tromper...
Dans les lieux publics, les voyageurs indiens ont l'habitudes de tout jeter par terre: des mendiants, à qui l'on octroie quelques pièces font rapidement leur apparition pour nettoyer. Autre détail culturel, les voyageurs indiens rotent en permanence, au grand dégoût des étrangers, qui eux doivent certainement choquer les Indiens en buvant au goulot...
Faire cohabiter tout ce beau monde n'est pas une mince affaire, et il n'est pas rare que des établissement se ventent de n'accepter que des étrangers. Inutile de préciser que, dans les bouis-bouis locaux où nous mangeons, si notre serveur a su intelligemment s'adapter aux attentes qui sont les nôtres, nous ne manquons pas de lui tirer notre chapeau (un bon petit pourboire faisant l'affaire).
| 28 février 2004 |
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Avant de se lancer dans la visite de Puri, nous mettons la priorité sur l'achat de nos prochains billets de trains. Christophe a déjà en effet un billet à départ de Calcutta pour son retour sur Delhi et Marine et Eric ont décidé de l'accompagner au moins jusqu'à Calcutta.
. Aussitôt le petit déjeuner avalé, dont le jus d'orange est curieusement coupé d'eau
, nous nous rendons à la gare où malheureusement aucun bureau pour touristes n'existe. Il nous faut donc faire la queue au classique guichet de réservation, dont l'ambiance sans pareille, fait la joie de plusieurs générations de touristes. Il n'y a pas grand monde à faire la queue, à peine quelques personnes devant nous. Il est environ 11h, nous devrions rapidement en avoir terminé.
Forts de leur expérience, Marine et Eric décide de sécuriser la zone: tandis que Christophe fait la queue, ils se mettent chacun d'un côté de la file, près du guichet, pour empêcher les prévisibles tentatives de raccourcis de nos amis Indiens. L'ambiance est néanmoins plutôt calme, et il n'est nul besoin de jouer des coudes (au sens propre et appuyé) pour se faire respecter… Pourtant, alors que les aiguilles de l'horloge tournent lentement dans la chaleur du bâtiment, nous remarquons un certain immobilisme quant à la progression de la queue, la personne devant le guichet restant désespérément la même.
Une rapide petite enquête nous remonte une information intéressante : l'homme travaille pour une agence, et il est en train de réserver le petit nombre de 58 billet de trains.
Le guichetier est en train de les traiter consciencieusement un par un, et non il n'y a personne pour l'épauler. ![]()
Nous patientons alors tranquillement (l'expérience montre qu'il n'y pas grand-chose d'autre à faire) et en profitons pour discuter avec un italien parlant très bien français, et qui profite de son voyage à Puri pour se faire soigner avec sa femme selon la médecine ayurvédique.
Au bout, de 1h30 d'attente, l'espoir se fait jour en nous que le préposé doit avoir bientôt fini de traiter la commande horrifique… Quand brutalement, dans un mouvement, qui, on ne sait pourquoi, rappelle celui d'une guillotine, une planche en bois glisse rapidement pour obstruer l'ouverture du guichet : pause déjeuner ! Nous allons devoir attendre une demi-heure, que notre très cher préposé ait rechargé ses batteries...
Cela faisait irrésistiblement penser à "Astérix chez les Bretons" où les ces derniers interrompaient le combat en pleine bataille avec les romains, pour prendre le thé ou pour partir en week-end. Chose étonnante, même l'Indien situé juste devant nous secoue la tête marquant sa désapprobation. Comme il constate qu'on est des tenaces et que seul un déluge pourra nous faire abandonner cette queue, il en profite pour nous demander de lui garder sa place et en profite pour aller faire un tour. Quelque chose me dit qu'il ne nous aurait probablement pas demandé ce service si nous avions été indiens ![]()
Au bout d'une demi-heure, les employés reviennent, et une autre personne prend la suite devant l'ordinateur. Au bout d'une nouvelle demi-heure, c'est notre tour, et nous pouvons enfin faire la demande de nos billets de train au bout de 2h30 d'attente.
Le préposé nous annonce alors que le train étant bondé, il nous faut passer par les quotas réservés aux touristes et nous réclame alors nos passeports. Nous sommes incapables de lui fournir, les passeports de Marine et Eric ayant été malencontreusement gardés par une agence de voyage à Bhubaneswar.
Histoire de ne pas contrarier notre vision des administrations, le préposé se montre d'une inflexibilité exemplaire, et nous refuse la délivrance de nos billets de trains… ![]()
Tout n'est peut-être finalement pas perdu. Eric file à l'hôtel récupérer les photocopies des passeports pendant que Marine et Christophe restent à la tête de la queue. Au bout d'une demi-heure, Eric revient avec son précieux chargement, et nous tentons une nouvelle fois d'obtenir nos billets de trains. Cette fois-ci, il nous est répondu qu'il ne reste que 2 places sur les 3 demandées, les dernières places venant juste d'être attribuées... Après plus de 3 heures, il faut se rendre à l'évidence, ce train et nous manquons cruellement d'affinités pour espérer faire un bout de chemin ensemble.
Après une rapide pause déjeuner (il n'y a pas de raison que les autres en fassent et pas nous), nous décidons alors de partir un jour plus tard, un peu plus tôt le matin, mais cette fois à départ de Bhubaneswar que nous rejoindrons en bus et de tenter à nouveau notre chance. Cette fois-ci, c'est la bonne, et Eric revient triomphalement avec trois billets de train ! ![]()
On ne se le répétera jamais assez : il ne faut jamais être pressé en Inde ! Ne pas respecter cette maxime toute simple, c'est faire peser sur ses épaules une pression usante et inutile. Difficile de le réaliser sans le vivre, mais organiser la moindre chose demande du temps et des efforts, que ce soit trouver un hôtel, réserver un billet de bus ou utiliser les services d'un cybercafé relativiste (l'utilisateur a la curieuse impression que le temps n'est pas le même pour lui et pour la connexion Internet qu'il utilise). Et l'on a beau ne pas vouloir précipiter le rythme du voyage, les nécessités de réserver rapidement un billet de train ou de publier des textes sur Internet, se font fort de nous le rappeler. Pas si facile de concilier les impératifs d'un séjour sur une courte période avec le rythme beaucoup plus lent que voudrait imposer l'Inde. Rendons hommage à Marine et Eric, qui jusqu'au bout, auront tenu à concilier l'inconciliable, et à rendre à leurs visiteurs, le séjour le plus agréable possible ! ![]()
Une fois nos billets en poche, nous attendons la moto qui doit venir de Bhubaneswar nous rapporter les passeports de Marine et Eric. Une heure de retard et celle-ci tarde toujours à venir. Après un coup de fil à l'agence, le patron nous informe que le chauffeur a l'intention de se rendre au temple non loin de là et qu'il ne devrait plus tarder.
Trois quarts d'heures plus tard, il finit par se pointer avec un comparse et ne donne aucune excuse pour son retard. Nous lui demandons s'il s'est rendu au temple, chose que nous pouvons comprendre, même si nous aurions souhaité être prévenu du retard. Il nous répond que non, qu'il souhaite s'y rendre plus tard, mais qu'il y avait du trafic sur la route, dû à une prétendue procession... Difficile de croire à cette explication. Leur retard est beaucoup trop important ! Bon, le principal est que nous ayons les passeports. ![]()
L'après-midi s'achève. Nous allons nous balader sur la plage de Puri, le long d'un village de pêcheurs. Les lourdes barques sont alignées les une à côté des autres, tout le long de la plage, et leur nombre est impressionnant. Tout est ici annonciateur de pauvreté. Les petites maisons en bois sur le haut des dunes, les ordures abandonnées devant elles, et la plage servant de toilettes publiques. La mer elle-même refuse l'image idyllique des plages de cartes postales, ses courants et ses vagues rendant la baignade dangereuse. Des petites filles s'amusent à emprisonner des bestioles dans un sac rempli d'eau et le montrent fièrement à Christophe. Plus loin un groupe de gamins nous réclament des roupies. Pour plaisanter, Eric se met au garde à vous, en criant "Sir, Yes Sir". Tous les gamins se mettent immédiatement à l'imiter et sont ravis de ce jeu improvisé. Le plaisir de jouer aura rappelé qu'ils sont avant tout des enfants !
| 27 février 2004 |
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Ce matin, une bizarrerie attire notre attention dans la presse, au sujet de procès très compliqués engagés par des femmes contre leur mari. Curieux des phénomènes sociaux, nous cherchons à en savoir plus et interrogeons des locaux à ce sujet que nous ne tardons pas à sentir épineux. ![]()
Le problème serait la conséquence d'une loi récente interdisant la pratique de la dot. Précisons que cette coutume est encore en vigueur dans la majeure partie du pays malgré plusieurs tentatives d'interdiction car vraiment, les traditions sont tenaces dans ce pays !
Nous comprenons assez aisément les motivations de cette loi pour avoir souvent lu dans les journaux que le système de la dot était très lourd à assumer et que cette obligation de fournir une importante somme d'argent à la famille du marié est parfois impossible à remplir pour la famille de la mariée surtout pour les faibles revenus. Cela pousse même certains parents à tuer les nouveau-nés quand il s'agit de filles pour ne pas menacer irrémédiablement les finances du couple ! ![]()
Voilà un peu le contexte dans lequel est intervenue cette nouvelle loi dont les effets indésirables n'ont pas tardé à se manifester...
En effet, le problème évoqué par la presse ce matin serait lié à la nouvelle possibilité pour une femme de se marier à moindre frais (absence de dot) et au fait qu'un nombre croissant d'entre elles en profite pour trouver un bon parti puis demander le divorce peu de temps après !
Vu de l'étranger cela semble peut-être anodin, mais plusieurs paramètres typiquement indiens font de cette combine un calvaire interminable pour la famille du marié et un filon juteux pour celle de la mariée.
On nous relate alors ici l'histoire à priori incroyable et surtout douloureuse d'un mari qu'une femme attaque pour coups et blessures, lui reprochant de lui réclamer une dot, d'abord en civil puis en pénal, impliquant d'ailleurs toute la famille du mari pour complicité et réclamant des sommes hallucinantes. Voilà toute la famille du marié assujettie à une arrestation sur-le-champ pour ces motifs et donc par la même occasion mobilisée pour un règlement à l'amiable (beaucoup d'argent pour étouffer l'affaire).
Le lecteur objectif pourrait être en mesure de croire que la police ou au moins la justice commencent à se méfier de ce type d'accusations récurrentes mais il n'en est rien car, dans l'histoire, tout le monde est corrompu jusqu'à la moelle : la police, les juges mais aussi les avocats !
Il n'y a alors plus que deux tactiques valables : l'intimidation pour faire craquer la partie adverse ou la distribution d'argent pour gagner la faveur des intervenants.
On nous laisse entendre que ce genre de pratique devient tellement courant que, dans les milieux un peu aisés, tout le monde en a entendu parler ou y est directement confronté et qu'on appelle même cela la "dot inversée"!... ![]()
Tout le monde aura déjà bien compris à quel point la corruption est une institution dans ce pays mais nous ne résistons pour autant pas à l'idée de partager une dernière anecdote qui reflète assez bien la mentalité indienne. Elle concerne les trafics de drogue dont on sait bien les ravages qu'ils produisent depuis l'Afghanistan jusqu'en Thaïlande.
Mais en Inde, la criminalité organisée est à l'image du pays qui a eu la bonne idée d'officialiser sa production d'opium en la destinant à l'industrie pharmaceutique (morphine et dérivés). Voilà qui paraît sage. Seulement, il arrive qu'une grosse partie de la production s'égare malencontreusement et n'atteigne jamais son destinataire officiel grâce à quelques appuis bien placés, le tout avec la bénédiction de tout le monde et sans risque !
Il est décidément bien moins dangereux de corrompre des officiels que de monter un réseau de trafic illicite...
Précisons enfin que nous avons aujourd'hui rejoint la ville de Puri, qui abrite un village de pêcheurs sur le Golfe du Bengale et dont les brochures vantent l'atmosphère détendue. Dans l'après-midi nous arrivons dans une ville au charme tranquille dont le comité d'accueil se résume en une paire de chauffeurs de rickshaw se battant et hurlant pour avoir le privilège de nous conduire dans le centre ville.
Ce centre ville nous fait une impression très favorable avec de jolies maisons, des gens souriants et des boutiques pour touristes accueillantes. L'hôtel que nous avions repéré se trouve dans une grande maison coloniale très bien entretenue et entourée d'un grand jardin. Les chambres spacieuses ont plus de trois mètres sous plafond et vue sur les arbres.
Seul hic, le personnel qui, en l'absence du patron pour cause de mariage, se moque ouvertement des clients quand il ne dort pas dans les couloirs.
Tout est décidément un peu comme cela dans ce pays qui a bien des atouts mais où le tourisme rend les relations difficiles. ![]()
The Times of India, 16 février 2004
Extrait d'un article sur la recrudescence de vols de voitures à Delhi :
La police reconnaît que les propriétaires de voitures doivent redoubler de vigilence tant que le nombre des vols de voiture ne montre aucun signe de fléchissement. Le fait que l'accusé puisse être libéré sous caution et la peine pas exactement exemplaire ont même favorisé l'augmentation du nombre de cas.
Un officier cite l'exemple d'un homme, impliqué dans plusieurs vols de voitures, et qui continue encore après avoir subi deux arrestations.
"Il n'a jamais cherché à s'échapper quand nous l'avons cerné. Il a même reconnu les faits avant de s'entourer d'une armée d'avocats et être blanchi. Dernièrement, nous avons dû le menacer d'être inculpé dans un trafic de drogues si il continue à voler des voitures. C'est cet argument qui a eu le plus d'effet." A dit l'officier.
Le rôle de la scolarisation féminine est essentiel : les femmes qui sont allées à l'école ont moins d'enfants et ceux-ci sont mieux soignés, faisant chuter la mortalité infantile. La comparaison entre l'état du Kerala et celui de l'Uttar Pradesh en témoigne.
Taux d'alphabétisation des femmes
Kerala : 88%
Uttar Pradesh : 43%
Espérance de vie
Kerala : 70 ans
Uttar Pradesh : 54 ans
Taux de mortalité infantile
Kerala : 13 pour mille
Uttar Pradesh : 114 pour mille
Indice de fécondité
Kerala : 1,8
Uttar Pradesh : 5,2
Au Kerala, où la scolarisation des enfants, et notamment des petites filles, a été une priorité étatique depuis l'indépendance, les indicateurs socio-économiques sont ceux d'un état développé, alors même que la richesse du Kerala est inférieure à celle de l'Uttar Pradesh, état de la plaine indo-gangétique ayant bénéficié de la révolution verte mais où le statut de la femme reste désastreux et les politiques sociales embryonnaires.
Population et développement en Inde, sous la direction de M.-C. Saglio-Yatzimirsky, 2002
Dans l'Inde actuelle, le statut plus ou moins élevé de la femme est en relation directe avec le niveau culturel de la population féminine […] il exerce une influence plus nette sur le développement général. L'analphabétisme féminin, en effet, pèse de son propre poids dans les statistiques : il continue à abaisser, cela va de soi, le niveau général de l'alphabétisation. Mais surtout il a des conséquences profondes pour l'ensemble de la société, parce que l'ignorance des mères de famille est un facteur déterminant dans le sous-développement culturel de tous les enfants qu'elles élèvent et dont elles doivent former, dès le plus jeune âge, les structures conceptuelles de base. Ce rôle déterminant des mères est un fait que l'on peut observer dans toutes les sociétés de notre époque : c'est pourquoi la lutte contre le sous-développement passe nécessairement par le relèvement du statut de la femme.
L'Inde, une introduction à la connaissance du monde indien, Jacque Dupuis
| 26 février 2004 |
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Ce matin nous poursuivons notre apprentissage du Zen en retournant travailler à la mise a jour du site quelques heures (15 jours de retard un record...).
Cette après-midi, vacances ! Nous partons explorer les temples de Bhubaneswar qui ont motivé notre venue dans cette agréable ville. Non encore vaccinés des offices du tourisme indien (ce doit être notre côté masochiste
) nous frappons a la porte de celui de Bhubaneswar (il faut dire qu'il était sur notre chemin). Le préposé de service, trop occupé a ne rien faire, se débarrasse de nous à coup de brochures. Impossible d'en tirer quoi que ce soit
. C'est triste a dire mais ca aura été le cas de plus de 90% des offices du tourisme indien que nous aurons visités...
Nous tentons notre chance avec un premier temple (pas facile à trouver sans la moindre indication) dont l'entrée est payante. Le site a l'air beau et bien entretenu. Nous n'en somme pas moins choqué de réaliser que le prix d'entrée pour les étrangers est de 20 fois supérieur à celui des locaux (100 roupies contre 5). 10 fois le prix aurait été acceptable pour ce site, mais 20 fois (nous payons en moyenne nos hôtels en chambre double 200 roupies) nous décourage... (Bon il faut aussi dire que des temples nous en avons déjà beaucoup vu, et nous allons encore avoir l'occasion d'en voir beaucoup d'autres).
Direction le plus important des temples. Celui-ci est, malheureusement pour nous, fermé aux non-hindous. On nous indique avec empressement une plate-forme d'où nous pouvons apercevoir une partie du temple. L'empressement n'est pas gratuit et l'on nous encourage très très fermement à verser une "donation" de 500 voir 1000 roupies (plus que pour voir le Taj Mahal !!).
3ème essai un beau petit temple, le plus ancien (datant du VIIème siècle). Très vite nous sommes pris en charge cette fois par un agréable guide improvisé, avant qu'un deuxième larron, beaucoup moins agréable celui-là, vienne nous réclamer devinez quoi... une donation. Sachant que les locaux ne laissent dans ces moments là que quelques centimes de roupies voir 1 a 2 roupies, nous en laissons 10. Sans grande surprise notre inconnu y va a l'intimidation exigeant beaucoup, beaucoup plus... Businessman du tourisme quand tu nous tiens !
C'est le pas lourd que nous rejoignons un dernier temple. Celui-ci est très bien mis en valeur, entouré d'un petit jardin bien entretenu. Nous admirons au calme les sculptures très stylisées en comparaison avec celles que nous avons pu voir à Kajuraho. Personne ne viendra perturber notre très agréable visite. Nous ne manquerons pas de faire cette fois une vraie et sincère donation !
Nous sommes heureux de cette dernière et excellente impression
.
Bon c'est bien gentil les vacances mais il nous reste du boulot ! Alors retour à notre très cher cybercafé pour quelques heures de travail supplémentaires...
| 25 février 2004 |
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Afin de publier nos billets doux sur le présent site web, il est nécessaire pour cela de se dégotter un cybercafé. En fait derrière ce simple terme se cachent bien des surprises.
Cela peut aller de l'échoppe spécialisée comportant une quinzaine de postes, au simple ordinateur posé dans un coin d'un magasin quelconque dont le propriétaire espère obtenir quelques dizaines de roupies. ![]()
La première chose à faire est donc de repérer ces points Internet. En réalité, ce n'est pas trop difficile. Et il est beaucoup plus facile de dénicher un accès Internet qu'un distributeurs de billets (le luxe étant que ce dernier fonctionne).
Il faut ensuite s'assurer de la rapidité de la connexion (en général une simple ligne téléphonique partagée entre tous les postes), du système d'exploitation (Windows XP est bien pratique pour les photos mais difficile à trouver) et le prix (ne croyez pas qu'il y ait un quelconque lien avec la qualité de ce qui précède !).
Trouver un ordinateur acceptant la connexion de la carte mémoire comportant les textes et les photos (prise USB pour les spécialistes) n'a rien non plus d'évident. Une fois installé, vous faîtes connaissance avec l'antiquité poussiéreuse qui vous sert d'ordinateur, dont l'âge canonique n'a rien à envier à celui de votre grand-père. La souris, qui n'a jamais du prendre le moindre bain, se montre d'une indocilité parfaite, atteinte du syndrôme aigu de la vache folle. La vitesse de connexion est en général rhumatisante et il faut se reconnecter plusieurs fois pour espérer passer de 1 à 3 Ko/s.
Quand enfin vous atteignez ce nirvana du bas débit, ne soyez pas surpris de voir s'asseoir à côté de vous le propriétaire du cybercafé sur un autre ordinateur, ravi de pouvoir partager avec vous la connexion Internet que vous lui payez à prix d'or !
Mais la plupart du temps, vous devrez vous contenter de partager votre connection avec les nombreux autres usagers du cybercafe et vous contenter d'un temps de réponse catastrophique.
Ainsi, il n'est pas rare de devoir attendre une bonne dizaine de secondes pour obtenir une réponse à un malheureux click sur un lien, et il faut une sérieuse dose de patience et d'humour pour ne pas vouloir abréger les souffrances de la machine ante-diluvienne qui vous sert d'ordinateur.
Heureusement, la banalité de votre utilisation (mail, tri de photos, mise à jour du site) est parfois pimentée de déconnexions, quand ce n'est pas l'ordinateur qui se met à planter soudainement.
Un excellent moyen de tester la maîtrise de vos nerfs. Idéal quand c'est associé à des cours de Yoga. ![]()
La présence de logiciels pour gérer vos photos ou transférer des fichiers sur votre site est considérée comme un luxe indécent, et de toute façon le patron du cybercafé n'y connait absolument rien.
Quand enfin vous quittez votre ordinateur, fier du devoir accompli, vous avez la joie de découvrir que le tarif a grimpé de 50% ou que l'upload vous est facturé (pour les spécialistes).
Une petite mise au point s'impose mais vous devriez revenir sans trop de problème au tarif du départ. On quitte alors le cybercafé en repensant avec nostalgie à cette unique fois où la connexion satellite était ultra rapide. Si, si, elle existe, nous l'avons rencontrée ! ![]()
| 24 février 2004 |
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Nous nous réveillons doucement. Notre train est à l'arrêt depuis un certain temps. Nous en profitons pour vérifier notre retard.
Surprise, nous ne sommes pas censés nous arrêter dans ce petit village.
Nous apprenons que toute l'Inde est en grève, cette dernière étant surtout suivie dans le Bengale, région que nous devons traverser pour rejoindre l'Orissa. On nous explique que le train doit attendre la fin de la grève en début de soirée pour reprendre son chemin et couvrir les 7 heures qui nous restent pour arriver à Bhubaneswar. Ce n'est pas tous les jours, que nous avons l'occasion de nous perdre dans un petit village loin des sentiers touristiques. Alors profitons-en ! ![]()
L'ensemble du village est à l'arrêt. Des drapeaux du parti communistes indien flottent au vent dans toute la ville, voire sont fièrement brandis ici par un homme à vélo, là au bout d'une longue perche. L'ambiance est sereine et notre présence intrigue et l'on sent dans les regards, peu habitués à croiser des occidentaux, une inquiétude quant aux raisons de notre présence en ce jour "révolutionnaire". Quelques sourires auront vite fait de détendre l'atmosphère. Bien que tout soit fermé, on accepte de nous vendre de l'eau, sans en profiter pour augmenter les prix (comme le suggère un passant), esprit de "camaraderie" oblige ! ![]()
Avant de poursuivre notre exploration du village, nous apportons notre trophée à notre troisième compagnon, resté assoiffé dans le train pour garder les bagages. A peine remonté, le train redémarre ! Il n'est pourtant que midi : il s'en est vraiment fallu de peu qu'il ne parte sans nous... ![]()
Nous n'aurons finalement que 12 heures de retard quand nous rejoignons Bhubaneswar, capitale de l'Orissa, connue pour ses nombreux temples hindous. Il est déjà 20h quand nous visitons une première série d'hôtels, tous plus glauques les uns que les autres.
En désespoir de cause, nous changeons de quartier pour tomber sur un hôtel en train d'être refait. Quand nous prenons possession de la chambre, les électriciens sortent après avoir juste fini leur travail. Nous serons les premiers à dormir dans nos chambres ; tout est neuf, les matelas, les meubles, les draps, les serviettes... ![]()
| 23 février 2004 |
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Lever 5h30 !
Nous avons décidé d'assister au lever du soleil sur le Gange et aux ablutions du matin des hindous dans le fleuve sacré. L'ambiance est étrangement calme et irréelle dans cette douce clarté de l'aube. Peu de monde sur les berges. Pourtant quelques "boat, boat" retentissent de-ci de-là sur notre passage.
Nous tombons sur Jean-Marc et Aurélie qui ont décidé de louer une barque et patientent avant d'embarquer. Nous nous joignons à eux pour un modeste supplément et embarquons sur les coups de 6h.
Le soleil n'est pas encore levé. La barque s'éloigne doucement de la rive et entreprend son périple le long des imposants palais. Des hindous arrivent petit à petit et descendent les marches des ghâts pour procéder à leurs ablutions. Notre barque passe non loin d'eux, à une dizaine de mètres...
En cet instant, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur l'inadéquation de notre présence en ces lieux et du côté déplacé de notre regard sur des pratiques que nous jugeons intimes. Ne serions-nous pas en train de dépasser les limites d'une certaine décense ? Pourtant rien d'hostile dans le regard des hindous qui parfois nous observent. Le spectacle que nous leur offront avec d'autres barques ne semble que faiblement retenir leur attention. Il est vrai que leur notion d'intimité et de tolérance n'est pas la même que pour nous occidentaux. Pour le réaliser, il faut avoir accompli des gestes quotidiens sous le regard persistant et nullement intimidé d'une vingtaine d'Indiens, curieux de la nouveauté étrange que nous leur offrons. Cette curiosité est permanente et assumée avec un culot parfaitement naturel. Un homme se penche par dessus votre épaule pour regarder ce que vous écrivez. Un autre rentre dans votre chambre pour vous observer discuter avec le responsable d'un problème de chauffe-eau. Enfin, les photos prises par votre appareil photos numériques ne manqueront pas d'attirer autour de vous tous ceux se trouvant à priximité... On finit par s'y habituer et l'on se surprend à leur retourner cette même curiosité en l'assumant pleinement, sans que cela ait l'air de gêner qui que ce soit. Alors on finit par assurer un peu plus notre regard et contempler le spectacle étonnant des ablutions dans le Gange.
Contraitement à ce que nous imaginions, il n'y a guère qu'une vingtaine d'hindous se baignant dans chaque ghât, l'arrivée et le départ des uns et des autres s'échelonnant au fil du temps. Les hommes et les femmes se baignent généralement séparément. Les hommes sont vêtus d'un simple tissu les ceinturant et descendent les marches pour se retrouver la taille immergée. Ils récitent des mantras, les mains jointes et plongent leur corps tout entier dans l'eau du fleuve. D'autres se lavent ou s'adonnent au plaisir de la nage, en criant pour se signaler aux barques. Les femmes quand à elles se baignent entièrement habillées, revêtus de sari aux couleurs vives. Il y a quelque chose d'étonnament beau dans ces ablutions, où se retrouvent pêle-mêle jeunes et plus vieux. ![]()
Si le Gange est considéré comme pur (au moins en un sens métaphysique), reconnaissons qu'il est loin d'être propre (joli euphémisme) et malgré ses supposées hautes capacités régénératives, c'est un sympatique bouillon de culture où les bactéries s'ébattent joyeusement parmi les polluants rejetés dans le fleuve.
Cela n'empêchera nullement l'hindou fervent de boire une petite gorgée d'eau revigorante tous les matins...
Des japonais n'hésiteront pourtant pas à se jeter tout habillés dans le fleuve sacré, sous les rires de leur comparses, tandis que d'autres ne se départiront pas de leur masque blanc tendu sur leur visage pour filtrer les impuretés de l'air... ![]()
Au bout d'une petite heure de promenade tranquille, nous regagnons la rive et notre hôtel et nous partons rapidement vers la gare afin de réserver si possible un billet pour partir ce soir vers l'Orissa. ![]()
Le bureau ouvre à 8h et il y a peu de monde à cette heure de la journée. Le préposé aux réservation pour touriste nous explique qu'il n'y a pas de train direct aujourd'hui depuis Varanasi pour Bhubaneswar mais que l'on peut prendre une correspondance à Calcultta. Ce n'est pas très rapide, mais c'est mieux que rien. Il commence à réserver un ticket pour Calculta mais se rend compte qu'il n'y a pas la classe souhaitée pour aller de Calcutta à Bhubaneswar. Le préposé a l'air plutôt détendu, passe du temps avec nous et ne semble nullement intimidé par la queue des gens qui augmente peu à peu.
Après quelques recherches supplémentaires, il nous propose d'annuler notre premier billet de train pour Calcutta et de prendre un billet direct pour Bhubaneswar en partant cette fois d'une autre gare à 18 Km de Varanasi. Cette proposition a le mérite de nous faire gagner du temps et nous acceptons sa proposition.
Le préposé nous prévient qu'il faudra dépenser 90 roupies pour l'annulation (il y a toujours une partie du prix du billet à rembourser dans ce cas) mais que de toute façon le prix comparés des billets sera à peu près équivalent. Le temps de réaliser l'opération et nous repartons non sans avoir remercié vivement le préposé.
Le temps de sauter dans un cycle-rickshaw quand soudain, un doute assaille Eric. Le préposé ne nous a pas rendu le ticket annulé du trajet Varanasi Calcutta qui sert de reçu à notre annulation...
Après discussion rapide entre nous, les détails troublants s'accumulent : changement en cours de route du prix de remboursement, non respect des règles officielles de calcul de ce prix, places non réservées sur le ticket qu'il nous avait montré, non rendu du ticket barré et annulé, insistance sur le fait que nous allons payer moins cher,... Nous en sommes convaincus: le "gentil" préposé s'est empoché directement 90 roupies sur notre dos et avec nos remerciement en plus !
S'il réitère ce petit jeu avec de nombreux touristes, les sommes accumulées doivent être impressionnantes !
Fatigués, nous n'avons pas le courage de retourner à la gare, et de toute façon, nous avons pris conscience de l'arnaque un peu trop tard.
Encore une de plus à rajouter à notre catalogue. Le tourisme en Inde est décidément éclairé par une bien étrange lumière. ![]()
De retour à l'hôtel, nous avalons notre petit déjeuner et préparons nos affaires, nous apprêtant à quitter l'hôtel. Remonté sur le toit nous apercevons un corps flotter sur le ventre dans les eaux proches de la rive.
Celui-ci est comme pris dans les eaux et ne dérive que très lentement. Nous pensons tout d'abord qu'il s'agit peut-être d'une de ces personnes considérées comme pures et directement immergées dans le Gange sans nécessiter de crémation. Mais notre hôte avance une autre explication. Le corps n'est pas enveloppé dans un linceul, ce qui aurait été le cas s'il avait été immergé volontairement. Il pense plutôt qu'il s'agit d'une noyade accidentelle comme il en arrive paraît-il souvent.
Certaines personnes en effet procèdent à leurs ablutions mais ne savent pas nager.
Or les marches des ghâts sont glissantes, ce qui entraîne parfois des noyades... La présence de ce corps ne semble en tout cas émouvoir personne, les gens continuant à prendre leur bain non loin de là, et nous assistons à sa lente dérive au fil de l'après-midi... ![]()
Nous allons nous balader une nouvelle fois le long des ghâts et notre promenade nous ramène de nouveau sur le site de crémation. Nous y assistons cette fois en plein jour. Deux hommes, propables racketeurs de touristes nous harcèlent une nouvelle fois sous des prétextes fallacieux. Nous observons le spectacle qui s'offre à nous. Il est bien différent de la nuit et le voile de l'obscurité n'est plus là pour nous dissimuler certains détails. Une jambe se dresse en l'air de l'un des bûchers et l'on en distingue nettement le pied.
L'une des personnes s'occupant des foyers intervient, la brise au niveau du genou (âme sensible s'abstenir) et la réintroduit sans ménagement à l'intérieur du bûcher comme s'il s'agissait d'un simple morceau de bois...
Nous finissons pas quitter les lieux et déambulons une nouvelle fois dans les ruelles de la vieille ville. Nous tombons sur une des grandes mosquée de Varanasi. Nous avons la surprise de découvirir que celle-ci est entourée de miradors et que des gardes contrôlent toutes les entrées
Nous sommes fouillés avec interdiction de pénétrer dans les lieux avec appareil photo ou mobile. N'ayant pas le droit de pénétrer en son sein, la mosquée se révèle peu intéressante mais l'ambiance militaire qui l'entoure est tout de même bien étonnante. Nous apprenons que toutes ces précautions proviennent des frictions possibles entre hindous et musulmans.
Et il est bien étrange pour nous de tomber nez à nez sur cette tension ainsi cristallisée et matérialisée.
Le Temple d'Or hindou est entouré des mêmes précautions (les miradors en moins cette fois-ci) et une nouvelle fois, nous n'avons pas le droit de pénétrer dans le temple, étant non hindou. Dans la rue jouxtant le temple, une multitude d'échoppes offrent au passant tous les produits nécessaires ou non au culte. Une petite Lourdes miniature ! ![]()
Une fois la balade terminée, nous embarquons nos sacs-à-dos-toujours-trop-lourds et sautons dans un rickshaw pour une petite promenade de 18 Km ! Le trajet se révèle étonnant. Contrairement à ce que nous pensions, nous traversons des petites routes de campagnes défoncées, malmenant le rickshaw et nous par la même occasion
et nous traversons de nombreux petits villages de campagne.
Les maisons sont faîtes de terre, avec des toits de chaumes, parfois de tuiles, bien loin de ce que nous avons pu apercevoir en villes. Meules de foin, petits monticules de bouses séchées, charettes, chariots et outils de la campagne, tout concourre à un spectacle dépaysant que nous n'attendions pas.
Nous atteignons finalement la gare où nous attendons patiemment l'arrivée de notre train (les classiques 2 petites heures de retard
). Nous nous apprêtons à rejoindre l'état tropical de l'Orissa, le long de la côte orientale de l'Inde, le long du golfe du bengale.
Varanasi aura certainement été une ville marquante, même si éloignée de l'image que nous nous en faisions. Peu de mendiants ou de sâdhus, ni la ferveur extraordinaire que nous avions rencontrée au temple de Khajuraho. Ce qui n'empêche pas Varanasi d'avoir une personnalité forte et attachante. Comme le disait, notre hôte, nombreux sont ceux qui reviennent à Varanasi. Il y a toujours quelque chose de nouveau à y découvrir...
| 22 février 2004 |
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Dans notre nouvel hôtel, nous rencontrons trois canadiennes d'un peu moins de 25 ans voyageant en Inde avec sac à dos dans les réseaux routards depuis plus de trois mois. Voyager en Inde dans des lieux touristiques n'est pas une mince affaire. L'une des difficultés majeures à gérer sont les businessmen du tourisme. Certains peuvent être extrêmement agressifs et pervers.
Lutter contre les incessantes petites, voire grandes arnaques, ou passer son temps à toujours négocier (dans un rapport de force et non comme au Moyen-Orient dans la bonne humeur) est usant.
Alors pour fuir cette pression, une solution: donner à tout va. C'est quelque part formidable, d'être extrêmement généreux sans pour autant "avoir trop à sacrifier".
Nos trois canadiennes, consciemment ou non, ont pris le parti de tout payer au prix fort. Leur voyage, en devient beaucoup plus agréable. Les portes s'ouvrent devant elles. Elles sont constamment prises en charge. Cette même approche leur permet aussi de mieux gérer l'ingérable, c'est à dire la pauvreté insoutenable. Mais coupées de la réalité indienne, nos trois drôles de dames lâchent des sommes disproportionnées par rapport à l'économie locale. 70 roupies de pourboire pour 3 menus à 50 roupies, 150 roupies de pourboire pour une balade en bateau alors qu'une chambre d'hôtel double avec salle de bain nous revient à 200 roupies en moyenne, 60 roupies pour moins de 10 mn de rickshaw (3 Km) alors que nous payons 150 roupies pour 1h de transport (18 Km) sachant qu'il rentrera probablement à vide...
Plus que de lier les montants donnés avec la qualité des services, elles ont tendances à réagir en fonction du rapport de force où face à la détresse de ces mendiants qui sont le quotidien de l'Inde. Loin d'être perçu comme un acte de générosité, tout un monde s'est organisé pour exploiter avec cynisme leur largesse. C'est le cas de ces étranges "vautours" humains qui tournent autour des crémations pour racketter les touristes, d'abord en prétendant quêter pour l'incinération de pauvres, puis en cas de refus en y allant franco à l'intimidation, insultant publiquement leur victime.
La méthode est efficace, nous explique tristement notre hôtelier: 3 à 4 mille roupies par jour, soit de 4 à 6 fois le salaire d'un ingénieur en Inde ! Nous subirons choqués les assauts de ces hyènes enragées.
Face à tant de largesse, nos businessmen du tourisme tentent le tout pour le tout. Il y a beaucoup à prendre et ça marche !
Si nous ne pouvons en vouloir à ces trois canadiennes de chercher à s'affranchir de cette violence usante, leur comportement alimente le système. De notre côté, c'est au prix de gros efforts, à la longue épuisants, que nous payons notre choix de ne pas cautionner ces pratiques. Questions de principe nous répétons nous constamment ! ![]()
| 21 février 2004 |
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L'hôtel où nous séjournons est bien agréable avec sa large terrasse donnant sur le Gange. Un endroit idéal pour se poser quelques jours. Mais des réservations malvenues nous obligent à céder notre chambre et à quitter les lieux.
Nous finissons par jeter notre dévolu sur un hôtel à peu près correct (pas si facile à trouver) mais dont les responsables dévoileront au fil de notre séjour une attachante personnalité.
Le temps de s'installer et de nous restaurer et nous repartons déambuler dans le labyrinthe des venelles de la vieille ville et le long du Gange. Les impressions qui nous assaillent passent constamment d'un extrême à l'autre. Charme désuet et étonnamment renouvelé devant ces échoppes minuscules dont la taille improbable laisse juste la place au marchand et à son étal. Bâtiments noircis, délabrés, oubliés par la lumière, abritant silhouettes, regards et cris d'enfants. Senteurs agréables et prenantes s'échappant des échoppes où brûlent des bâtonnets d'encens, colliers de fleurs oranges, variétés des marchandises qui s'offrent au passant. Ordures rassemblées en petit tas, encombrant la rue ou brûlant en une âcre fumée noire. Bouses de vache fraîches ou sèches s'étalant au hasard dans la rue, pour vous rappeler qu'ici les vaches sont reines. Des jeunes filles portent fièrement leur superbe sari, indifférentes à l'état de la rue. Varanasi est une rose éclose sur un lit de fumier.
De retour sur la terrasse de l'hôtel, l'après-midi se perd dans la contemplation tranquille du Gange qui s'étale en un cours lent et large le long des anciens palais désaffectés de la ville. De petites barques évoluent doucement à la force des rames. La rive qui nous fait face n'abrite qu'une longue étendue de sable et quelques rares huttes, et s'arrête pour laisser place à la verdure. La vue est belle, tranquille, reposante. ![]()
Sur un des toits adjacents, des enfants disputent âprement un match de cricket. L'inévitable se produit et la balle décid