26 septembre 2003 Liban Liban - Tripoli

L'Île aux Lapins

Rien de tel qu'une journée de plage pour se remettre d'une pareille excursion ! Les guides sont unanimes sur le mauvais état des plages du Liban et c'est sans doute pour plaisanter que Kuba a émis cette idée. Mais, Michael nous a tellement vanté l'île aux Lapins, à une demi-heure en bateau du vieux port, que nous nous sommes laissés tenter.
C'est donc munis d'un copieux pique-nique que nous partons tous les six à l'assaut de cette île réputée paradisiaque. Nous débarquons sur une langue de sable blanc comme neige, limitée d'un côté par des eaux turquoise et de l'autre par une ancienne clôture barbelée !
Etrange site, encore et toujours jonché d'ordures pour nous rappeler que nous sommes bien au Liban... Nous voilà enfin au calme et nous apprécions tous cette fin de matinée. Il faut se déplacer avec prudence sur l'île car des débris de verre et de seringues parsèment la plage. De bien curieux lapins fréquentent l'endroit...
Pas un arbre pour offrir son ombre : nous passons notre temps dans l'eau. Vers quinze heures un bateau à moteur, trop content de trouver âme qui vive sur cette île déserte, débarque une famille nombreuse sous nos yeux médusés. Un bateau encore plus gros le rejoint et débarque, lui, des femmes voilées. S'en suit un ballet de hors-bord transportant sur l'île les locaux en week-end et annonçant l'imminence de notre retour. Ah! Pauvres Occidentaux que nous sommes à tant vouloir jouer les Robinson Crusoe !...
Après une traversée au cours de laquelle notre bateau prend feu, nous rentrons à la pension. Nous apprenons alors que toutes les eaux usées de la ville sont déversées sans aucun traitement au large du port. Il y a la queue à la douche...
L'écologie est un véritable désastre dans ce pays.
Il faut dire qu'il ne compte qu'une usine de traitement des déchets alors que, selon les propos même du ministre de l'environnement, il en faudrait au moins 26 ! Il paraît même que toutes les sources du Liban sont polluées dès 1600m... On assiste, impuissants, à la détérioration durable d'un environnement par une population qui ne voit pas le futur.

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25 septembre 2003 Liban Liban - Tripoli

Motivés, motivés !

Motivés, motivés : nous avons beaucoup entendu parler de l'arrière pays de Liban et d'une vallée bellissime, parsemée de couvents et d'églises. Ces images ont bercé nos rêves d'enfants. Comment un tel monde pouvait-il exister dans cet univers de violence ? Aujourd'hui, nous nous posons plus ou moins la même question tant les puissants antagonismes du Liban nous ont perturbés. On a beau s'émerveiller devant l'énergie, la joie de vivre et l'insouciance libanaises, la tension constante et le manque de vision nous font froid dans le dos. Ce pays a un tel potentiel mais Dieu que le chemin à parcourir reste long !
Michael est notre guide du jour pour nous emmener à la forêt de Cèdres et à la vallée de Qadisha. Kuba et Kasia mais aussi Stéphan et Martina, un couple tchèque, sont du voyage.
Michael nous promène dans la montagne, d'églises en couvents. Superbe !
A l'heure la plus chaude, il nous dépose au bord d'un chemin : "Vous verrez, la route est belle. Au bout il y a une petite chapelle." Effectivement, le site est impressionnant. Taillée dans la roche à flanc de montagne, accessible par un sentier escarpé de plusieurs kilomètres, une petite retraite. Ce lieu nous touche, il est plein d'émotions. Un couple d'anglais parle avec un homme dans une petite pièce fermée. Nous ne les verrons jamais. Plus tard nous lirons dans la presse l'histoire extraordinaire de cet ermite colombien qui vit dans ce lieu. Quand on pense que notre guide nous envoie là sans avoir la moindre idée de ce qui s'y passe. Domage, dans d'autres conditions cela aurait pu être une riche rencontre Larme.
Balade dans ce qu'il reste de cèdres. Heureusement que nous étions prévenus. Le site n'a vraiment rien d'extraordinaire. Quoi qu'il en soit, un peu de verdure ça fait du bien. En fin d'après-midi, nous découvrons la vallée de Qadisha. C'est à la hauteur de nos rêves ! Les paysages sont majestueux, puissants, envoûtants. Nous visitons un monastère creusé dans la roche. Pas de doute, ce lieu a quelque chose de mystique. On s'y sent bien. Mais il faut déjà partir. La nuit tombe. Nous n'aurons qu'entraperçu ce Liban qui nous aura fait rêver.
C'est bien comme cela, nous allons pouvoir continuer de rêver...

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24 septembre 2003 Liban Liban - Tripoli

Visite de tripoli

Tripoli est réputée pour son souq, sa grande mosquée et sa citadelle croisée. La visite de la vieille ville nous prend cependant moins de temps que prévu car la visite du magnifique souq, quand on a rien à y acheter, nous fait l'effet d'un labyrinthe de ruelles obscures, encombrées par des triporteurs Suzuki et menant toutes aux étals de bouchers ! Surpris.
Nous élargissons donc la visite en poussant jusqu'au front de mer où un petit port pittoresque vit au rythme de la pêche. Et là, soudain, la carcasse d'un énorme vieux cargo gît éventrée sur la digue qui délimite le port : pathétique !...Mur
Nous rentrons un peu désabusés à la pension et passons la soirée avec un charmant couple de Polonais : Kuba et Kasia. Nous allons nous coucher après avoir décidé d'organiser des excursions ensemble pour partager les frais.

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23 septembre 2003 Liban Liban - Tripoli

Retour à la civilisation

On se rhabille ! Retour à la civilisation, direction Tripoli la deuxième ville du Liban. Nous arrivons assez tôt pour avoir la plus grande chambre de la Pension Haddad: "Miss your grand' Ma ?". Sur un étage d'un vieil immeuble, la famille Haddad loue ses propres chambres. Très réputée il y a trois ans après son ouvertures, l'ambiance extrêmement chaleureuse, est aujourd'hui devenu pro, efficace : un business !

Nous y rencontrons un couple de Belges, avec qui nous passons une bonne partie de l'après-midi, de la soirée et même de la nuit à discuter.

L'Orient le Jour, Beyrouth,
Mardi 23 septembre 2003

L'Argent des Autres*

Comme vous, et le Dalaï Lama, je ne lis pas tout sur le journal. Mais un titre, samedi, m'a frappé. Au plexus. Qu'est devenu l'argent de Paris II ? La réponse nous est fournie à travers un éclairage au laser signé Sibylle Rizk. Qui nous apprend d'abord ce qu'est devenu l'argent promis : sur près de quatre milliards et demi (on parle en dollards, bien entendu) quelques deux milliards restent à l'état de pieux souhait. Le restant, 2,46 mds, a été bien employé. Pour amortir la dette publique. Du colmatage en fait. Mais avec si peu de moyens, face à une créance supérieure d'au moins treize fois, on ne pouvait pas aller très loin. Le propos de ce modeste commentaire n'est pas de revenir sur des détails techniques bien explicités dans le scoop cité. Mais de rebondir sur le constat désabusé que développe dans ses assises privées Fouad Siniora : le redressement reste illusoire tant que le pays ne produit pas. Pas assez. La réforme administrative, condition sine qua non d'une instrumentation du sauvetage, ne suffit pas. D'autant qu'elle n'a aucun sens, tant que les moeurs politiques restent polluées : par la corruption, par les luttes et par l'absence d'un pouvoir cohérent, autonome, de décision. C'est à dire l'imperitie de l'Etat.
Le point capital, cependant, est que le Libanais, pris en bloc, n'est ni un bon producteur, ni un gestionnaire averti. Il est traditionnellement commerçant, entendre négociant. Un courtier en somme. Avide d'engranger des commissions. Un petit exemple plutôt amusant (mais on en rit jaune) : récemment un riche Saoudien s'est laissé tenter par une pièce d'antiquité rare, dont on lui a présenté une photo. Mais entre lui et le vendeur, il y avait une chaîne de quatre intermédiaires ! Découragées, les deux parties principales, invitées à verser conjointement de substantielles commissions, ont renonçé à la transaction. Ce qui démontre, en passant, que les temps ne sont pas propices aux services, qui sont notre principale armature économique. Cela étant, l'art de négocier dans lequel nous sommes passés maîtres nous permet quand même de garder la tête hors de l'eau, là où d'autres, comme l'Argentine, ont facilement coulé. Paris II en est d'ailleurs l'illustrastion la plus marquante. Et dans ce contexte, il est probable que personne, jamais, n'arrivera à nous mettre le couteau sur la gorge pour nous faire rendre gorge. Les trente-cinq milliards que nous devons sont une somme trop enorme, à tout prendre, pour qu'on nous mette en faillite. Il y a quand même danger. A cause d'une fâcheuse tendance à un optimisme déraisonnable. Le même qui anime ces flambeurs qui s'endettent, s'endettent encore, en se disant so far so good, demain je verrai. Et qui finissent par croupir en prison. Quand ils ne sont pas jetés du haut du rocher de Raouche.
L'autre handicap national est que le domaine des écritures nous semble irréel, sans effet concret sur notre vie. Indiquer aux Libanais qu'ils doivent effectivement, à la naissance, quelques onze mille dollards par tête de pipe, s'apparente pour eux, à une plaisanterie douteuse. Ils ne savent pas trop ce qu'aller à la source signifie en termes comptables. En réalité, nous sommes plus forts en addition qu'en soustraction. Pour nous, l'argent est ce qu'on peut toucher du doigts, immédiatement. C'est bien pourquoi nous sommes bien meilleurs débiteurs que payeurs. En France, mais aussi dans cette Suisse à laquelle on nous compare volontiers (bien à tort), le monde se lève et s'assied, comme le veut l'un de nos adages, dès que l'on parle de rognier les retraites. Ici, les salaires sont bloqués depuis sept ans sans que personne ne s'en émeuve : après tout, ce ne sont que des signes arithmétiques sur des feuilles qu'on appelle fiches de paie. Pour que les travailleurzs saisissent (façon de dire), et poussent les hauts cris, il faudrait qu'on les augmente et ensuite on leur demande de repayer.

* De Christian de Chalonge, 1978, avec Trintignant, Serrault, Brassens, Deneuve

Soirée belge à Tripoli Vendeur ambulant à Tripoli    
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22 septembre 2003 Liban Liban - Byblos

Justice est faite !

Les Français avaient proposé de nous emmener au Sud pour la journée, dans le Shouf. Malheureusement, un peu amers suite à leur dernière aventure qui a pris d'énormes proportions, ces derniers décident de rentrer prématurément en France. En effet, l'interprète travaillant pour la police leur ayant demandé 100 dollars pour obtenir la déclaration de vol, ils décident d'appeler l'ambassade. La vice-consul nouvellement en poste prend les choses en main, et tape au plus haut de la hiérarchie. Après une longue nuit d'interrogatoire et de confrontation dans les locaux de la Sûreté Générale, l'interprète est arrêté, la police est blanchie. Justice est faite... Ironie.
Nous passons l'après-midi avec une franco-libanaise à discuter du Liban et des Libanais. Son ton est sans concession. Nous trouvons plus tard dans la presse un article résumant bien, partie de ses observations.

Coucher de soleil à Amchit Eric à Amchit    
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21 septembre 2003 Liban Liban - Byblos

Bouquinage

Soleil, baignade en mer, lecture (L'Orient le Jour, journal local en français) au programme.
On s'attend à ce que peut-être quelqu'un nous propose quelque chose. Mais c'est bien sûr dans ces circonstances que rien n'arrive. Nous en profitons pour bouquiner et approfondir nos connaissances des enjeux de la région, notamment sur les différentes composantes religieuses et ethniques du Liban. Imbriquées les unes dans les autres, les différentes communautés ne se mélangent que très peu. Les cicatrices d'une guerre sans vainqueur, avec que des perdants, sont encore à vif. Au nord de Beyrouth le long de la côte les Chrétiens, plus au nord encore les Musulmans principalement sunnites, chiites et druzes. Dans les terres se répartissent musulmans et chrétiens (vallée de Qadisha). Au sud de Beyrouth le long de la côte, une majorité de musulmans. Chaque communauté a sa propre culture, et les différences a la fois sociales et culturelles sautent immédiatement aux yeux du voyageur.
Le soir, les Français rencontrés 2 jours plus tôt reviennent au camping. Ils se sont fait voler toutes leurs affaires dans le coffre de leur voiture de location. Tout le monde leur fait la morale. Nous nous rappelons notre propre mésaventure il y a 3 mois en France. Profile bas. Nous essayons de les aider autant que possible.

Coucher de soleil à Amchit Vue à Amchit    
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20 septembre 2003 Liban Liban - Byblos

Enfin seuls !

Ca y est, c'est promis, on se repose! Soleil, baignade en mer, lecture (L'Orient le Jour, journal local en français) au programme.
On est samedi, le camping se remplit pour le week-end.
Des couples descendent furtivement de grosses voitures pour s'isoler dans les bungalows. Ce sont tous des couples mariés bien sûr sans quoi il leur serait interdit de partager la même chambre en tant que ressortissants arabes Large sourire.
Un vieux poste de radio est branché sur la station Nostalgie et diffuse des standards de la chanson française : Gérard Lenorman, Joe Dassin, Sylvie Vartan...
En fin d'après-midi nous partons pour Byblos (3 Kms) pour visiter les ruines. Notre voisin propose de nous y emmener, puis en fin de compte de nous faire découvrir la région dans sa BMW grand luxe. Trop classe! Mais cette fois nous refusons. Les ruines de Byblos sont superbes : le site est compact mais d'une richesse époustouflante, on y croise aussi bien des ruines phéniciennes que romaines, croisées ou ommeyades... Superbe vue sur l'ancienne ville restaurée. Beaucoup de cachet et un rien m'as-tu-vu. Un vrai Saint-Tropez! Dîner en tête-à-tête ; enfin seuls...

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19 septembre 2003 Liban Liban - Byblos

Les prédateurs

Par un curieux concours de circonstances, nous sommes invités à une partie de chasse par des maronites dans une région isolée en terre musulmane. Une expérience hors norme. Il nous est apparu à cette occasion que, même entre amis, l'incompréhension entre les deux communautés est évidente.

Eric à la chasse Marine à la chasse    
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18 septembre 2003 Liban Liban - Byblos

En route pour Byblos

Nous prenons la route de la mythique Byblos, à 42 km de Beyrouth. C'est fou ce que ce pays peut être petit ! Nous nous installons dans un camping isolé au bord de la mer. L'eau y a la réputation d'être propre et c'est a priori loin d'être fréquent. Séance détente au programme...

Vue du bungalow à Amchit      
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17 septembre 2003 Liban Liban - Beyrouth

Visite à Saïda et Jezzine

Visite de Saïda (Sidon), petit port de pêche à 45km au sud de Beyrouth.
Comme beaucoup de villes au Liban, Saïda a un passé aussi tragique que glorieux.
Son souq en cours de rénovation avec l'aide de la fondation Audi est plein de charme. La famille Audi est originaire de cette ville. Aujourd'hui grands banquiers, leur fortune aurait commencé dans le savon. La maison familiale a d'ailleurs été transformée en musée du savon : un vrai petit bijou.
En début d'après-midi, nous montons dans l'arrière-pays à Jezzine. Nous errons dans ce pittoresque village chrétien lorsque, admirant une vieille maison, nous sommes invités à y prendre le café. Nous pénétrons dans l'intimité d'une grande famille maronite qui nous fait visiter cette très belle demeure avant que les domestiques n'apportent café et pâtisseries. Nous sommes ensuite invités à visiter la maison encore plus ancienne d'un ami de la famille.
Nous rentrons en taxi à Beyrouth et le chauffeur, un ami de nos hôtes de Jezzine, nous improvise une visite guidée de la ville.
La capitale nous offre dès lors un autre visage, bien plus tragique et inquiétant que le centre ville.
Le Liban est un pays complexe, carrefour des civilisations. Si les plaies des immeubles s'effacent peu à peu, celles des âmes restent profondes.

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16 septembre 2003 Liban Liban - Beyrouth

Un hôtel de routards

Nous avons élu domicile dans un véritable hôtel de routards : la pension Al Nazih. Nous en profitons pour partager des tuyaux avec des voyageurs du monde entier.

Boulanger à Beyrouth      
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15 septembre 2003 Liban Liban - Beyrouth

Beyrouth

Beyrouth, ville dont la tragédie aura baigné notre enfance. Nous découvrons dans un premier temps le quartier de SOLIDERE ou centre ville. C'est la vitrine du Liban. On nous raconte que tous les fonds destinés a la reconstruction du pays on été utilisés pour ce seul quartier. Le résultat est étonnant. Impossible de distinguer le neuf du rénové. L'atmosphère y est plutôt plaisante, tout est harmonieux même si l'ensemble encore un peu trop léché semble se chercher une âme. Le soir, une ambiance festive domine, toute libanaise, la jeunesse friquée se montre Roi. Nous nous posons dans les jardins de l'université américaine, et nous prenons enfin le temps d'écrire. Apres plusieurs jours sans une seconde à nous, nous sommes contents de pouvoir reprendre le fil du récit. En rédigeant, nous prenons conscience que tout ne s'écrit pas sur le net, et que nous aurons encore beaucoup à raconter à notre retour.

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