| 26 novembre 2003 |
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Ce matin nous sommes enfin prêts à basculer en Inde. Nous réservons plusieurs mois à ce seul pays et le visa que nous avons acquis à Téhéran est valable jusque fin avril: le temps de s'immerger un minimum dans cette culture ! ![]()
Il n'y a curieusement qu'un point de passage entre l'Inde et le Pakistan, accessible aux seuls piétons (pas de bus, pas de train ni d'avion ou bateau) malgré une très longue frontière commune. Nous traversons le poste frontière de Wahga sans encombre mais nos démarches s'échelonnent jusqu'en milieu d'après-midi.
Nous y retrouvons un couple de motards hollandais rencontré à Bam en Iran. Les pauvres tentent de franchir la frontière pour la seconde fois après s'être fait voler leurs passeports à ce même poste frontière il y a une semaine... ![]()
Bon avertissement pour nous: il faut sérieusement songer à accroître notre vigilance !
Alors que nous avons terminé, nous décidons de nous attarder pour assister à la bien curieuse cérémonie de fermeture de la frontière qui a lieu tous les jours 30 minutes avant le coucher du soleil. Nous remarquons une foule impressionnante amassée à l'entrée de la zone frontalière. Il faut alors rappeler que les relations entre l'Inde et le Pakistan sont rarement détendues et chacun des deux pays semble déterminé à surpasser son voisin à la moindre occasion, aussi bien sur un terrain de cricket que dans le domaine de l'armement nucléaire. Or c'est une démonstration inoffensive, mais divertissante, de cette vieille rivalité qui se déroule chaque jour à Wahga.
Vêtus de leurs plus beaux uniformes, les gardes se réunissent de chaque côté de la frontière et entament un défilé au pas cadencé sous les hurlements de leurs supérieurs. Les drapeaux glissent le long des cordes et les portes sont ouvertes puis brutalement claquées. La foule se rassemble de chaque côté comme pour assister à un match de foot et le nombre des spectateurs est effarant : environ 5 000 chaque soir selon le Lonely Planet ! Nous nous sommes bien abstenus de témoigner la moindre sympathie pour le camp adverse car les foules semblent prendre très au sérieux cette guerre ritualisée !... ![]()
| 25 novembre 2003 |
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Lahore est réputée pour sa vieille ville, son fort et ses mosquées, parmi lesquelles la mosquée Badshahi dispose de l'une des plus grandes cours de prière du monde musulman.
Dans deux jours finit le ramadan. Depuis plus d'une semaine, de nombreux croyants se sont installés dans les mosquées pour s'y recueillir jour et nuit. L'un de ces fidèles, un jeune parlant parfaitement anglais, nous incite à se joindre à son groupe. Il nous parle du Coran et de sa foi avec beaucoup de gentillesse. Il nous explique aussi qu'il est de son devoir d'essayer de nous convertir. Nous n'en sommes pas plus étonnés car ce n'est pas la première fois. L'ambiance, très masculine, est détendue et chaleureuse.
Si par moment nous avons hésité, impressionnés, avant de rentrer dans une mosquée, il y aura toujours eu un musulman pour venir vers nous, nous parler et nous mettre à l'aise.
Les interlocuteurs que nous aurons croisés au cours de ces trois mois en terre musulmane nous auront beaucoup apporté. Nous sommes admiratifs devant la richesse de leurs civilisations, impressionnés par leur ferveur religieuse et leur sens de l'accueil. Nous avons également été surpris par leur désir si fort de mieux nous connaître mais aussi de mieux se faire connaître.
D'un autre côté, nous avons très souvent été gênés par leurs frustrations, tant économiques que sociales, tant morales que physiques.
Nous avons souvent senti que leur mal-être pouvait crisper nos interlocuteurs face à l'implacable évolution du monde. Pourtant, le peu que nous avions pu apprendre sur l'Islam nous avait plutôt donné l'impression d'une grande religion pensée dès l'origine pour évoluer avec son temps. Les blocages ne viendraient-ils pas plutôt de l'absence d'une classe moyenne éduquée, souvent considérée comme essentielle au développement économique d'une société ?
L'exemple de l'Iran qui, au-delà des clichés, nous aura impressionné par son dynamisme, son modernisme et son ouverture d'esprit; ainsi que le contre-exemple de cette jeune nation qu'est le Pakistan, sans classe moyenne éduquée et embourbé dans son tribalisme, pourrait étayer cette théorie...
| 24 novembre 2003 |
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Nous trouvons que Lahore est une grosse ville très très polluée et bruyante. C'est en tous cas notre première impression ce lundi.
Il faut dire que la grosse majorité des véhicules circulant à Lahore est constituée de triporteurs extrêmement bruyants et polluants. Nous avons de la peine pour le reste des usagers: vélos et chevaux.
Nous constatons d'ailleurs à quel point notre œil s'est progressivement habitué à l'environnement. A notre arrivée au Pakistan, nous étions fascinés par les costumes et les véhicules bariolés et nous avons pris pas mal de photos de la rue à Quetta. A peine dix jours plus tard, il nous arrive tout juste de penser parfois "Tiens, c'est vrai, il n'y a quasiment aucune voiture dans cette rue, que des triporteurs, des chevaux et des vélos !".
Un peu de culture au programme aujourd'hui : nous demandons donc à l'un de ces rickshaws à moteur de nous conduire au fort qui se trouve dans la vieille ville de Lahore. Il a sans doute eu incompréhension quelque part: nous nous sommes retrouvés dans une zone commerciale près du "fortress stadium"! ![]()
Une fois arrivés, autant jeter un coup d'oeil dans les environs. Il y a une foire dans le secteur, c'est à dire plein de petits artisans venus tenir un stand pour les quelques jours qui précèdent la fête de l'Eid marquant la fin du ramadan.
Traditionnellement, pour cette occasion, la population achète de nouveaux vêtements et c'est en effet l'effervescence entre les stands ou dans les boutiques. On sent que la fin du ramadan et la fête approchent !...
Pour notre part, nous nous laisserions tenter par des pièces d'étoffe en cachemire ou en pashmina. On en trouve de remarquables, brodées à la main, pour quarante euros. Nous n'avons pas une telle somme sur nous mais envisageons sérieusement cette acquisition pour, comme les locaux, nous envelopper dans ces châles à la tombée de la nuit ou bien aussi pour nous couvrir pendant les longs trajets en bus ou en train.
La nuit est tombée, nous dînons sur le pouce et le serveur nous gratifie d'un gentil "Arigato". ![]()
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'on nous demande si nous sommes Japonais. Les premières fois nous avons trouvé l'idée très drôle mais nous commençons vraiment à croire que les gens sont sérieux !
Nous espérons trouver d'aussi beaux châles en cachemire demain en ville...
| 23 novembre 2003 |
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Aujourd'hui c'est dimanche et nous profitons du calme pour faire une longue balade à pied.
Nous tombons par hasard sur une procession catholique assez impressionnante: toute une communauté défile dans les rues avec un message de paix. Enfants et femmes ouvrent le cortège, suivis des hommes.
Nous apprenons au cours de notre promenade que la fin du ramadan est confirmée pour à priori dans trois jours et que toute la ville sera fermée pendant ces trois jours (fermeture valable pour les commerces mais aussi les musées). Mauvaise nouvelle: nous allons devoir nous reposer pendant trois jours !
Nous nous faisons une raison, d'autant plus que notre hôtel n'est pas déplaisant.
Il faut dire que nous avons choisi un établissement plutôt confortable avec salle de bain attenante à une chambre spacieuse et propre avec télévision satellite.
Le prix reste raisonnable (12 Euros) mais c'est au moins quatre fois notre moyenne de ces derniers jours alors nous avons bien l'intention de profiter d'un tel confort pour bouquiner et préparer notre arrivée en Inde où nous ne savons d'ailleurs pas vraiment ce qui nous attend.
Dans un restaurant nous sommes une fois de plus surpris par une bien curieuse pratique. En fait il y a deux types de restaurants bien distincts au Pakistan: ceux qui sont constitués de bancs et d'un barbecue sur le trottoir et qui ne cuisinent pratiquement que de la viande (parfois aussi du poulet pour Marine et alors on peut s'y attabler !). Et puis il y a aussi ce qui ressemble plus à un "restaurant", c'est à dire une salle au rez-de-chaussée d'un bâtiment avec tables, chaises et parfois un menu. C'est dans ces derniers établissements que nous découvrons avec étonnement que, quand nous commandons la plupart des soupes, salades ou boissons, le serveur sort dans la rue les acheter pour nous ! ![]()
| 22 novembre 2003 |
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Pour la deuxième fois, nous devons acheter un billet de train (Rawalpindi-Lahore). Tout va bien, nous connaissons la procédure. Nous avons même déjà notre lettre de l'Office de Tourisme, confirmant officiellement notre statut de touristes.
Il faut noter que cette lettre doit être renouvelée pour chaque trajet, juste au cas où notre statut aurait changé entre temps ! ![]()
Bien sûr, aucun autre service que les Offices de Tourisme ne peut juger de l'authenticité de notre visa touristique...
Tranquilles et assez sûrs de nous, nous trouvons le bâtiment administratif des chemins de fer non loin de la gare. Un homme nous prend en charge, arrêtant instantanément son travail (au désarroi de son interlocuteur), pour nous emmener dans un dédale de couloirs et de bureaux tout aussi désuets que ceux de Quetta. L'homme, harcelé en chemin, rejette les importuns, tout concentré qu'il est à sa tâche de guide :"Cet homme va s'occuper de vous" nous dit-il avant de disparaître.
L'air jovial, notre nouvel interlocuteur nous accueille avec sympathie avant de se refermer derrière un air sérieux dès lors que nous remplissons le premier formulaire d'une longue liste. Toujours les mêmes questions (nom, prénoms, numéros du passeport et du visas, dates d'expiration, but du voyage), figurant déjà sur la lettre de l'Office de Tourisme ou sur la copie de notre passeport, mais à chaque fois pour un dossier différent. Nous nous demandons où finissent tous ces documents, qui sont les gens qui les ont pensés et pour quoi faire ? ![]()
Autour de nous, beaucoup de monde s'agite à ne rien faire : étonnant spectacle ! ![]()
Une heure plus tard, nous ressortons avec notre petit bout de papier, confirmant et remplaçant le précédent papier de l'Office de Tourisme.
Cette fois, nous sommes officiellement reconnus en tant que touristes par la compagnie des trains pakistanaise ! ![]()
Pourquoi notre passeport avec notre visa ne suffit-il pas ? Mystère...
On nous indique ensuite un bâtiment à cinq cents mètres où acheter notre billet. Là, après avoir fait la queue, on nous signale qu'il ne nous reste que quinze minutes avant le départ du train et qu'il faut donc nous rendre à un autre guichet, cinq cents mètres plus loin, dans la gare.
A ce nouveau guichet, après avoir fait la queue, on nous renvoie à un autre guichet qui pourra prendre en compte notre réduction. ![]()
Le train est arrivé en gare et repart dans vingt minutes. Après dix minutes de queue supplémentaire, le nouveau guichetier, impuissant, nous renvoie à son supérieur.
Sous le regard amusé d'un jeune sans doute stagiaire, notre directeur juge plus raisonnable de prendre un autre train, plus tard. Devant notre insistance, l'ordre tombe :"Hurry up!". Trois des quatre employés du bureau se lèvent soudain, tournoyant sur eux-mêmes en piétinant au beau milieu de la pièce, nous offrant un spectacle complètement surréaliste...
Le quatrième, le stagiaire, tout sourire, prend finalement un billet qu'il remplit à la main. Nous demandons à l'un des trois hommes combien nous leur devons après les 25% de réduction. Celui-ci prend une calculatrice sur laquelle il se met à taper furieusement au hasard, avant de disparaître.
Le jeune homme nous tend notre billet, le train part et nous montons en marche...
| 21 novembre 2003 |
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Besham est située sur l'extraordinaire Karakoram highway, reliant Islamabad à la Chine en passant par Gilgit au nord et sillonnant à travers l'Himalaya.
A notre très grand regret, nous avons abandonné l'idée d'accompagner Daniel à Gilgit: nous n'avons malheureusement pas l'équipement adapté à ces altitudes. ![]()
Direction donc Rawalpindi (ville jumelle d'Islamabad) à trois cents kilomètres au sud.
Nous avons pris goût au taxi, les paysages sont tellement beaux qu'il serait vraiment dommage de faire tout le trajet au milieu d'un minibus surpeuplé, d'où nous ne pourrions pas voir grand chose.
Un taxi nous coûte quinze euros pour cent cinquante Km (trois heures de route).
Les premiers cent cinquante Km sont un pur bonheur: sans aucun doute les plus beaux paysages de montagne que nous ayons jamais vus ! On a beau être en décembre, ici c'est l'automne. Le contraste des couleurs est époustouflant.
Pour les derniers cent cinquante kilomètres nous changeons de voiture. Notre chauffeur doit faire le chemin en sens inverse pour rentrer chez lui...
Cette fois, direction la gare routière. Un jeune homme nous "prend en charge". Son désir de parler avec des étrangers lui fait prendre certaines libertés. Devant voyager dans un minibus de sa famille (gratuit pour lui) partant plus tard (beaucoup plus tard...), il nous détourne volontairement du prochain bus. Lorsque nous réalisons, il est trop tard. Pour se "racheter" et comme cela l'arrange, il nous négocie le minibus de son oncle pour le prix d'un taxi. Nous finirons donc les cent cinquante derniers kilomètres seuls avec le jeune dans ce minibus, mal à l'aise à cause de notre pouvoir d'achat quelque peu indécent... ![]()
| 20 novembre 2003 |
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Le réveil est difficile, il fait 4°C dans la chambre et nous ne disposons que d'une bassine d'eau glacée en guise de douche. ![]()
C'est alors qu'arrive Fida, le patron. Il nous salue puis, nous voyant frigorifiés, il allume un petit feu de brindilles dans le poêle et commence à nous raconter une histoire. C'était à la fin des années 60, les Anglais étaient partis du Pakistan mais certains commençaient à s'aventurer dans cette province très reculée et demandaient un toit pour la nuit. Dans ce village où personne n'avait jamais vu de touristes, on refoulait les mécréants ! Mais Fida a bravé les interdits et a commencé à héberger les aventuriers. L'information s'est propagée et, petit à petit, les Hippies sont arrivés : pieds nus, cheveux longs, rêvant d'amour et de paix et puis fumant beaucoup ! C'était la belle époque nous raconte-t-on, une époque où tous ces gens dormaient ensemble sans avoir besoin d'un lit ni d'une salle de bain.
D'ailleurs, tout le monde allait se laver dans la rivière, tous ensembles, filles et garçons, précise Fida... Il y avait même le Magic Bus qui partait d'Angleterre pour rejoindre l'Inde et qui s'arrêtait immanquablement à Madyan quelques temps. Puis les choses ont changé et les hippies sont devenus riches, soupire Fida. Mais d'autres touristes sont venus, différents mais sympas quand même. D'ailleurs toute la population tirait avantage de cet afflux, même s'il y a toujours eu environ 6% d'intégristes dans les parages. Soudain, il y a eu le 11 septembre et tout a basculé car les intégristes représentent maintenant 98% de la population de ce paisible village et de sa région.
Il y a beaucoup d'amertume dans la voix de notre hôte qui ne peut s'empêcher de nous raconter encore quelques anecdotes croustillantes au sujet de ses si chers Hippies! ![]()
Ce personnage est touchant, le paysage est sublime et il doit y avoir de chouettes balades dans le coin mais en septembre ou même en octobre le temps devait encore être parfait !
Nous prenons donc nos cliques et nos claques pour Besham que nous comptons rejoindre par le col de Shangla. Le panorama est purement magnifique. Nous en profitons pour respirer bien fort ! ![]()
Nous arrivons à la tombée de la nuit à Besham et il n'y a plus d'électricité dans la ville. Cela ne nous empêche pas de nous mettre à table avec nos lampes de poche ! En effet, quand nous passons, comme ces derniers temps, la journée sur les routes, nous ne mangeons ni ne buvons pas ou bien juste une banane, furtivement. C'est légèrement crevant et nous avons tous les trois besoin de recharger nos batteries la nuit tombée. ![]()
Avant de se coucher, c'est la scène des adieux : Daniel partira pour Gilgit à quatre heures du matin alors que nous dormirons a point fermé... ![]()
| 19 novembre 2003 |
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De bon matin, en compagnie de Daniel, nous opérons une incursion vers les contreforts de l'Himalaya. Nous quittons Peshawar vers le nord par la vallée du Swat puis comptons, dans les jours qui suivent, rejoindre la vallée de l'Indus par le col de Shangla pour ensuite redescendre vers Islamabad. ![]()
Pour cette seule journée, nous nous sommes fixé comme objectif le petit village de Madyan. Le principal attrait de cette excursion réside dans ses paysages grandioses et nous commençons à découvrir une nature d'un vert vif avec des forêts de pins et, au loin, des sommets enneigés.
Ce paysage change de ceux qui défilaient vus du train car nous avions pour l'instant surtout découvert des plaines très sèches avec peu de végétation et des mines de charbon ou des fabriques de briques.
Quel contraste aussi avec la poussière de ces derniers temps ! ![]()
Pourtant, il serait exagéré d'affirmer que les 200 Km de ce voyage ne sont qu'une partie de plaisir. En effet, nous empruntons de petites routes de montagnes en extrêmement mauvais état, le long desquelles une population nombreuse réside et vit. Jusque-là, c'est plutôt folklorique. Et passe aussi le mauvais état du minibus et son inconfort quand on entasse à l'intérieur et à l'extérieur le double de sa capacité !
Non, on veut bien être conciliants mais le vrai problème réside résolument dans le comportement du chauffeur dont la conduite peut être qualifiée de suicidaire. On pourrait tout à fait s'imaginer dans un film indien, poursuivis par une horde de kamikazes armés nous obligeant tantôt à déboîter brusquement en plein virage en côte pour doubler un camion de vaches puis faire de grandes embardées dans le bas-côté pour éviter une fourgonnette doublant en face, freinage violent, virage sur deux roues, accélération pied au plancher et Klaxon maintenu appuyé pour faire déguerpir tous les usagers de la chaussée... ![]()
La preuve que nous ne faisons que relater la stricte vérité : les locaux, d'habitudes impassibles, ont bien fini par protester pour que le chauffeur se calme, ce qu'il fait au moins quelques minutes ! Puis les habitudes reviennent au galop, comme si seule la loi du plus fort était en vigueur et qu'il fallait produire le plus de bruit, de poussière et de sensations fortes pour avoir sa place sur cette route ! ![]()
Ce qui nous impressionne d'ailleurs souvent dans ces folles équipées, c'est que personne n'intervienne. Alors que nous frémissons en observant ces enfants jouant au bord de la route en toute insouciance, notre voisin de banquette porte un bras en écharpe, cicatrice laissée par un bus passé trop près, sans qu'il juge pour autant nécessaire d'intervenir avec plus de conviction pour éviter une nouvelle catastrophe.
Nous nous demandons ce qui peut bien passer par la tête de ce chauffeur pour avoir développé tant d'agressivité au volant et ce que nous considérons comme de l'irrespect vis-à-vis de ses passagers comme du reste des usagers.
On a du mal à croire que ce ne soit que l'effet du ramadan, d'autant plus qu'il est loin d'être un cas isolé !
Nous aimerions aussi bien savoir pourquoi les passagers acceptent de tels risques alors que les accidents sont si fréquents : sont-ils vraiment tous convaincus que leur sort est déjà fixé ou bien n'ont-ils tout simplement pas le choix car ils doivent rentrer chez eux après tout ? Ces questions restent sans réponse pour l'instant, même devant le spectacle de ces jeunes travailleurs qui rentrent dans leur village en s'asseyant sur le pare-chocs avant d'un camion ! ![]()
Nous ne sommes finalement pas mécontents d'arriver à Madyan en début d'après-midi. Seule ombre au tableau : il fait un froid de canard pour lequel nous ne sommes pas vraiment équipés. Une, deux ! On se réchauffe en rejoignant le Caravan Tourist Inn, sur les hauteurs d'un village aux apparences paisibles.
On nous ouvre, nous présente des chambres rudimentaires mais propres et nous installe dans une pièce couverte de tapis et de gros coussins avec un poêle au milieu. Le poêle ne suffisant pas à nous réchauffer, nous nous réfugions sous une montagne de couverture pour dormir.
| 18 novembre 2003 |
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Le musée de Peshawar est remarquable : présentation agréable et pièces exceptionnelles. Nous y découvrons notamment l'influence bouddhiste sur la région. Heureusement nous pouvons lire quelques explications en anglais car notre ignorance en la matière est incommensurable... Il va falloir s'y mettre dare-dare !
Après cette matinée culturelle, nous cédons au voyeurisme en allant avec Daniel visiter le "bazar des trafiquants" qui est une importante zone commerciale, où nous dit-on s'échangent armes et drogues, avant l'enclave de la "Khyber agency" à la frontière avec l'Afghanistan. L'endroit est strictement interdit aux étrangers et malgré les propositions alléchantes d'escorte pour visiter illégalement ce bazar d'un autre genre, nous en resterons là. ![]()
La légende raconte que toutes ces boutiques de fabrication d'armes (du stylo-pistolet à la réplique de kalachnikov) ont ouvert vers 1890 quand un fabricant d'armes du Punjab recherché pour meurtre s'est installé dans cette ville, alors inaccessible aux autorités. Aujourd'hui comme autrefois, on y vient de bien loin pour faire des affaires en tous genres.
Nous nous promenons dans ce bazar des trafiquants qui n'a d'inquiétant que son nom, où se vend tout ce qu'il est imaginable de vendre : du téléphone portable dernier cri au baril d'aide alimentaire des US ! ![]()
Alors que deux petites filles mendiantes commencent à s'agripper à nous avec insistance, un homme muni d'un bâton intervient pour les faire déguerpir. Nous remarquons un de ces hommes postés à chaque coin de rue. Nous voilà rassurés ! ![]()
Nous ne nous éternisons pas, préférant retourner flâner comme hier dans le bazar de la vieille ville mais cette fois en fin de journée, quand l'heure de la rupture du jeûne approche... L'ambiance est bien différente : vers quatre heures tout le monde commence à ranger ses affaires et à faire les dernières courses. A cinq heures il n'est plus question de mettre un pied devant l'autre au risque de passer sous un rick-shaw ou autre mobylette qui, épuisés, ne pensent plus qu'à rentrer manger !
Un jeune vient nous voir, nous pause les quelques questions d'usage :"d'où venez-vous, que faites-vous là et quel est votre nom ?" puis nous invite à rompre le jeûne chez lui. Un seul regard suffit entre nous trois et nous acceptons, toujours curieux. Nous nous installons dans la pièce de réception de la famille, les petits frères viennent nous serrer la main avant d'apporter thé, dattes, plats cuisinés et pâtisseries en abondance.
Précisons que nous faisons le ramadan pratiquement depuis notre arrivée au Pakistan et ce surtout par la force des choses car il serait impensable de manger dans la rue et qu'il n'est pas toujours pratique de rentrer à l'hôtel. De ce fait, nous devons faire attention à ne pas nous jeter comme des morfales sur les plats gentiment mis à notre disposition, d'autant plus que notre hôte y goûte à peine.
Il nous raconte que son père vend des Corans et qu'il y a peu, un Allemand est venu prendre le thé et a acheté plein de vieux livres. Il sort alors d'un placard plusieurs des vieux Corans. Certains, plus ou moins bien conservés, sont richement ornés et rivaliseraient avec des exemplaires que nous avons eu l'occasion de contempler dans les musées. On imagine bien les pièces précieuses qui dorment encore dans des placards chez des gens qui n'ont eu jusqu'ici que peu de rapports avec l'Occident...
Nous parlons aussi, comme souvent, de religion puis notre hôte lance sur son ordinateur un programme religieux et sans transition un film de combat d'une rare violence. ![]()
Puis, très vite, vient l'heure de la prière et on nous raccompagne jusqu'à la porte. Dehors, l'ambiance est des plus calmes et nous partageons notre étonnement : nous nous sentons un peu coupables d'avoir profité de cette hospitalité sans qu'on nous demande quoique ce soit en échange. Même après deux mois de voyage dans des pays où l'hospitalité est un devoir, il est encore parfois difficile de savoir juste recevoir.
Nous nous installons tous les trois dans une gargote de la vieille ville et revenons sur l'épisode du film de combat. Quelle absurdité, reconnaissons-le, que d'interdire les films d'amour sous prétexte de pudeur : dans tous ces pays on ne connaît que des films d'action et Arnold Schwarzenegger est l'acteur le plus célèbre. La morale de cette histoire nous laisse perplexe! ![]()
| 17 novembre 2003 |
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Comme Quetta avec laquelle elle partage une situation frontalière, Peshawar est une ville bigarrée aux influences afghanes mais aussi déjà indiennes. On y trouve une grande variété de types morphologiques et de costumes traditionnels.
Quitte à évoquer les contrastes, précisons aussi que notre hôtel, le Tourist Inn, se situe entre deux quartiers bien distincts de Peshawar: la vieille ville et la zone plus moderne. A notre plus grande surprise, les habitants de la ville moderne circulent dans de belles voitures récentes, sont habillés à l'occidentale et les femmes ont même l'audace de se promener sans leur mari et sans voile ! Tiens tiens... ![]()
L'ambiance dans la vieille ville est toute autre et nous en avons la confirmation en visitant le bazar.
Nous partons de bon matin pour profiter de l'effervescence de ce bazar à l'atmosphère unique. Très vite nous devons affronter des bousculades, des regards hostiles et un peu trop insistants. Le foulard ! Marine l'a toujours sous la main, s'en couvre la tête et la situation se détend. ![]()
On aurait dû y penser plus tôt mais l'ambiance dans le quartier moderne était tellement décontractée que nous ne nous attendions plus à un tel accueil, même dans les quartiers pauvres.
Ce sera en tous cas notre première impression concernant cet historique centre d'échanges commerciaux avec toute l'Asie.
Alors que nous sommes un peu crispés, nous rencontrons Daniel au détour d'une ruelle. Son éternel sourire aux lèvres il nous fait part avec passion de sa fascination pour un tel spectacle, et sa surprise quand les gens le remercient de les prendre en photo !
Il a raison, commençons par nous détendre. Nous repartons à l'aventure de notre côté en nous enfonçant de plus belle dans ce dédale de ruelles encombrées de denrées alimentaires, de gadgets en plastiques, de tapis d'Asie centrale et d'échoppes de confection de chapeaux afghans. Beaucoup des commerçants nous demandent gentiment de les prendre en photo et s'en montrent très flattés.
Nous nous laissons enfin imprégner par cette atmosphère, allant jusqu'à nous perdre dans le secteur des boucheries (estomacs sensibles s'abstenir!). Tout compte fait l'ambiance est bon enfant et l'on se bouscule pour être sur la photo ! ![]()
| 16 novembre 2003 |
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Nous posons nos guêtres poussiéreuses au Tourist Inn de Peshawar.
Etrange repère où évoluent de jeunes neo-baba-cool, certains un peu paumés en mal de sensations "stupéfiantes", de vieux routards désabusés ayant renoncé à leur idéalisme de gauche mais pas à ses valeurs, voyageurs aventuriers ayant traversé l'Europe centrale et l'Afghanistan et j'en passe...
Le patron, homme jeune déjà vieux, passe son temps à fumer du haschisch entre deux toux agonisantes.
Les rick-shaw virevoltent. Haschisch, opium, kalashnikof ou autres : tout est à vendre ici. On a un peu l'impression d'approcher, si ce n'est le bout du monde, en tous cas une certaine notion du Far West ! ![]()
| 15 novembre 2003 |
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Les heures défilent et ne se ressemblent pas. Les Pakistanais sont ravis de nous voir et se font un devoir de nous démontrer qu'ils sont loin d'être d'horribles terroristes fanatiques. Un par un, nos visiteurs de passage nous expliquent leur vision sincère et exaltée de l'Islam. Les conversations sont profondes, nos interlocuteurs éduqués. Nous repartons chargés de cadeaux: CD et cassettes des grands leaders de l'Islam moderne du Pakistan. A quand la conversion ? ![]()
| 14 novembre 2003 |
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34 heures de train. Voilà bien une première mais, après 15 pénibles heures dans un vieux bus entre Taftan et Quetta et même si le train entre Quetta et Peshawar fait tout le tour du Pakistan, nous restons convaincus que c'est la meilleure solution.
Nous ne le regrettons à aucun moment, même si nous finirons le voyage couverts d'une épaisse couche de poussière, les fenêtres du train n'étant absolument pas hermétiques. ![]()
Nous avons l'immense plaisir de voir évoluer des paysages impressionnants sous nos yeux ravis. Le sud est désertique et montagneux. Plus nous remontons vers le nord, plus les paysages deviennent verdoyants jusqu'à voir d'immenses rizières qui s'étendent à perte de vue, dominées par d'imposantes montagnes.
Désolé pour les photos : le train bougeait tellement qu'elles sont toutes floues ! ![]()
| 13 novembre 2003 |
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Il nous faut aujourd'hui trouver un moyen de rejoindre le nord du pays et qui soit si possible moins pénible que 24h de bus. Heureusement, Daniel a un guide qui englobe le Pakistan et nous en profitons pour pêcher quelques infos.
On y parle d'un train assez lent (38h pour rejoindre Peshawar) mais muni de couchettes.
A la gare, on nous envoie chercher une lettre sensée accorder une réduction aux touristes. Le service en question se trouve dans un bâtiment d'un autre âge où d'interminables couloirs éclairés par des lampes à pétrole distribuent divers bureaux signalés par un écriteau en bois peint à la main; une calligraphie vieillotte et des plus soignées y indique par exemple :"Division superintendant".
Nous pénétrons dans le bureau portant la mention "Commercial Branch" pour découvrir une fourmilière s'agitant sans conviction autour de grandes tables couvertes de dossiers jaunis et poussiéreux. On nous fait nous asseoir puis on nous tend des formulaires à remplir. Juste à côté de nous, un employé s'affaire sur une vieille machine à écrire pour rédiger des copies du formulaires en question!... Toute une usine à gaz sans doute héritée de l'occupation anglaise et restée en l'état pour fournir un maximum d'emplois à la population...
Nous obtenons finalement la lettre et la réduction, passant du statut de «mécène» en Iran (où les touristes payent en général dix fois le tarif des locaux) à celui de «VIP» au Pakistan. ![]()
| 12 novembre 2003 |
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Les idées bien embrumées par une longue nuit de bus sur une route chaotique et souvent ensablée, nous découvrons Quetta.
La rue nous fait l'effet d'un spectacle de carnaval entre le chassé-croisé des rick-shaw bariolés aux couleurs criardes et le ballet des bicyclettes habilement pilotées par des silhouettes aux tenues improbables. De gros 4x4 croisent des charrettes de vendeurs de fruits ou encore de petits ânes gris. Tout ce monde soulève une poussière qui enveloppe tout et donne un contour imprécis aux rues comme aux gens.
La nourriture tranche aussi considérablement avec tout ce que nous avons goûté jusqu'ici. Alors que nous avions fait notre quotidien du poulet au riz, Eric redécouvre le plaisir d'une viande cuisinée et Marine celui d'un plat de légumes mijotés dans un mélange d'épices. Hum !...
Pour autant ici on ne rigole pas avec le ramadan ! Il est clair que la religion est prise bien plus au sérieux par l'homme de la rue qu'en Iran. Nous retrouvons ici comme l'année dernière en Egypte l'excitation de la fin d'après-midi quand, peu avant le coucher du soleil, toute la ville se réveille pour aller manger.
| 11 novembre 2003 |
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Notre visa en poche en fin de matinée, sacs sur le dos, nous partons pour Mirjaveh, le poste frontière.
Tout s'y passe comme sur des roulettes et nous passons la frontière pakistanaise en début d'après-midi.
Dès lors les Pakistanais viennent facilement vers nous pour connaître notre nationalité, notre itinéraire dans leur pays et la conversation s'engage en général vite quand nous leur demandons leur ville d'origine et s'ils nous conseillent de la visiter. Ils nous assurent alors que leur ville, à l'image de leur pays, est calme et accueillante même si nous comprenons qu'il faut tout de même éviter de se balader seul hors des sentiers battus car "les gens ne comprennent pas forcément que vous n'êtes pas Américains"...
Alors que nous discutons depuis presque une heure avec le préposé aux douanes, nous avons la surprise de voir arriver Daniel avec un couple de Japonais. ![]()
Nous rejoignons tous ensemble le centre de Taftan (première ville à la frontière) et voyons nos premières intuitions confirmées : ce pays n'a vraiment rien à voir avec l'Iran et nous sommes plutôt ici un pied en Inde et l'autre en Afghanistan.
Il va sans doute falloir se réhabituer à ne plus voir beaucoup de femmes dans les rues mais paradoxalement Marine peut enlever son fichu sans susciter le moindre regard réprobateur.
Quinze heures de bus nous attendent pour rejoindre Quetta, première ville digne d'intérêt au beau milieu du désert. Nous découvrons avec effroi un bus vétuste et encombré dans lequel les places du fond (celles qui se situent à la fois sur les roues et le moteur!) nous sont gracieusement attribuées. Tous les cinq nous nous serrons les coudes... ![]()