| 2 mai 2004 |
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Nous voilà donc prêts pour faire la route en sens inverse, sur cette redoutable piste rouge qui n'a pas l'air d'impressionner le chauffeur de taxi, grand gaillard rencontré hier soir et dont on nous a assuré qu'il faisait le trajet les yeux fermés. ![]()
Seulement voilà, ce matin à l'heure prévue, le même interprète nous explique qu'il manque 3 passagers pour rentabiliser le voyage et qu'il est finalement hors de question de lever le camp dans ces conditions... Fidèles à la stratégie adoptée en Asie du "ferme-mais-calme", nous signalons notre mécontentement face au non-respect des engagements de la veille et précisons qu'en aucun cas nous paierons pour tous les sièges vacants.
Adoptant pour sa part la tactique du calamar, notre intermédiaire bafouille quelques vagues explications foireuses avant de rejeter la responsabilité sur le chauffeur qui, de toutes façons ne parle pas un traître mot d'anglais. ![]()
L'état de siège est déclaré, nous avons pris possession du véhicule et notre mal en patience (il nous reste encore une journée pour atteindre la frontière avant expiration de notre visa...) quand, tout d'un coup, on nous tend un téléphone mobile.
Une voix familière : c'est Kannara !
Quoi ? Il sait que nous avons été refoulés à la frontière et que nous allons maintenant au Laos. Il dit que c'est bien et que nous pouvons partir maintenant, nous souhaitant bonne route ! ![]()
Nous reconnaissons alors le propriétaire du téléphone, il s'agit d'un associé de Kannara et que nous avions effectivement aperçu roder dans les parages sans faire le rapprochement. De fait, il prend lui-même place dans le véhicule qui se trouve instantanément et comme par enchantement rempli par 7 passagers, dont nous 2 à l'avant. ![]()
Notre chaperon ne parlant pas plus anglais que le chauffeur ou qu'un des autres passagers, nous n'aurons aucune certitude quant à ce qui venait de se passer et atteindrons Stung Treng sans encombre dans l'après-midi. Là encore et à notre grande surprise nous sommes accueillis par un des hommes de Kannara.
Mais la situation tourne vite au burlesque car il nous est impossible de communiquer : nous parvenons finalement à faire comprendre que nous connaissons une guest house et les visages se détendent, manifestement rassurés.
Nous réservons un bateau pour remonter le Mékong pas plus tard que demain matin jusqu'au Laos. Tout est prêt cette fois. Jusqu'au bout ce pays nous aura décidément réservé bien des surprises !
| 1 mai 2004 |
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Nous nous réveillons tout excités, pleins d'espoir, pour ne pas dire impatients de savoir si nous allons réussir le petit exploit de franchir cette frontière interdite. Nous négocions 2 petites motos avec chauffeurs pour parcourir les 80 Km de mauvaise piste jusqu'au poste frontalier. D'abord sceptiques, nos chauffeurs se sont avérés très impressionnés par notre parrain et c'est un peu inquiets mais toujours confiants que nous répondons aux salutations étonnées des rares habitants sur le trajet. ![]()
Pas loin de 3 heures plus tard c'est couverts d'une épaisse couche de poussière rouge que nous atteignons enfin le poste frontière cambodgien. Personne n'y parle anglais : impossible de faire comprendre à nos douaniers surpris par notre audace que nous avons reçu une autorisation plus ou moins officielle. Il n'y a pas de téléphone pour joindre notre contact dont nous ne parvenons même pas à faire comprendre le nom. ![]()
Finalement, un douanier parlant un français impeccable surgit de nulle part. ![]()
Il nous explique que notre contact est en fait le chef de la police de Banlung, pas du poste frontière.
Une grande discussion pleine de sourires s'engage et nous convainquons in extremis la police des frontières de nous laisser quand même passer et d'envoyer un émissaire négocier notre passage avec les Vietnamiens qui ne parlent ni anglais ni français.
A notre plus grand dam, leurs homologues sont intransigeants. ![]()
Ils ont reçu des instructions claires : la frontière est strictement interdite aux étrangers. ![]()
C'est la mort dans l'âme que nous nous résignons à repartir pour Banlung, que nous atteindrons éreintés, rouges de la tête aux pieds, complètement moulus par ces 6 heures de moto dans la poussière ! ![]()
Nous n'avons plus vraiment le temps de rejoindre l'une des 2 frontières officielles avec le Vietnam, toutes au sud, nos visas cambodgiens finissant dans 2 jours. Nous décidons donc d'utiliser notre visa laotien et de rejoindre le Vietnam par le centre du Laos. D'ici là, un autre poste non officiel nous attend mais qui serait plus perméable...
| 30 avril 2004 |
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Le ventilateur tourne mollement dans le restaurant, dérangeant à peine les grosses mouches qui se promènent sur la table en teck massif. De l'autre côté de la rue, par les baies ouvertes, nous parvient la musique d'un orchestre qui anime une soirée de mariage. ![]()
Graeme Brown, Australien mince et plutôt réservé est responsable pour la région de l'action du CFAC, une ONG qui travaille pour la protection des minorités tribales. En Australie il avait suivi des études pour travailler dans le social et plus précisément pour éduquer des personnes en difficultés. Ce cursus lui avait permis de travailler dans son pays auprès des populations aborigènes avant de rejoindre la mission sur laquelle il est actif depuis maintenant 5 ans à Banlung. Son engagement ne fait pas l'ombre d'un doute, il a appris le khmer et quelques-uns des dialectes tribaux et vit en immersion complète :"De toutes façons je n'aime pas voyager !" reconnaît-il en avouant être rentré une seule fois dans son pays en 5 ans. ![]()
Mais il n'y a qu'à l'observer s'adressant à un local et l'écouter parler de sa mission pour comprendre que sa famille est bel et bien à Banlung.
Dans le restaurant en face, tous les convives se sont maintenant installés autour de tables rondes et l'orchestre entonne des rythmes dynamiques à gros coups de caisse claire.
La mission de Graeme Brown concerne les tribus des forêts qui vivent encore quasiment en autarcie, avec leurs langages et leurs cultures, mais sur un territoire forestier de plus en plus convoité. En effet, rien que l'exploitation du bois constitue une menace pour les tribus dont le territoire rétrécit comme une peau de chagrin et c'est sans parler des grands projets de développement touristique qui sont en gestation depuis l'ouverture de l'aéroport...
Graeme passe donc son temps à sensibiliser ces populations aux menaces imminentes en les éduquant : qu'est-ce qu'une route ?, qu'est-ce qu'un camion ? et que faut-il faire lorsqu'un camion vous fonce dessus ? Par cette image, il nous explique avant tout préparer les minorités à l'arrivée inéluctable de la modernité.
Ce faisant, il se doit aussi d'accompagner et encadrer ces gens dans leurs rapports avec les promoteurs ou investisseurs qui profitent de leur ignorance pour leur faire signer n'importe quoi. On comprend que cette tâche nécessite beaucoup d'habileté de la part de notre défenseur des faibles pour éviter l'animosité des ambitieux hommes d'affaires. ![]()
Les heures défilent sans que nous nous en rendions compte. A la soirée de mariage, les convives se sont levés, dévoilant des tenues richement travaillées et commencent à danser. Pour ce faire, ils bougent gracieusement avant-bras et mains, tout le reste du corps demeurant quasiment statique. ![]()
Nous sommes incontestablement impressionnés par le travail et l'engagement de notre voisin de table, à nos yeux sorte de petite fourmi consciente, c'est-à-dire connaissant ses limites et ses forces dans le contexte présent et déterminé à faire don désintéressé de toutes ses capacités. ![]()
Bien évidemment, cette mission est loin d'être rose tous les jours, nous explique-t-il, dans une société khmère où l'hyper-hiérarchisation et les codes rigides entravent toute responsabilisation et toute initiative. Et puis il faut aussi, comme souvent, se méfier des beaux discours qui sont loin des actions réelles... ![]()
Enfin, il arrive aussi que la menace surgisse d'une bonne intention quand par exemple une ONG envoie des jeunes volontaires non formés sur le terrain et que ces derniers déboulonnent toute la structure sociale qui est le ciment des tribus par manque de connaissance et en croyant bien faire. Nous sentons bien, une fois de plus, que ces "effets indésirables" relèvent du vécu et ont été trop souvent observés...
Il n'en reste pas moins pour nous une intéressante illustration du décalage entre théorie et terrain dans ce passionnant univers de l'humanitaire.
Une menace similaire peut aussi être attendue de la part d'un nouveau tourisme comme le tourisme équitable, plus proche des minorités mais qui, s'il est mal encadré, peut occasionner d'importants chocs culturels. Graeme Brown se propose d'ailleurs d'accueillir et d'encadrer toute structure désireuse de développer le tourisme dans la région dans le respect des minorités.
Nous pensons immédiatement à des initiatives dont on nous a fait part dans ce sens et que nous ne manquerons pas de mettre en relation avec lui.
En sortant, nous croisons le marié en smoking blanc, sorti précipitamment dans la rue répéter une dernière fois son discours sur une feuille de papier chiffonnée. ![]()
| 29 avril 2004 |
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Nous avons tellement aimé le lac où l'on nous a emmenés hier que nous décidons d'y retourner pour la journée. Le lac volcanique Ya Laom est perdu au milieu de la forêt tropicale sur les territoires des minorités éthiques. Ses eaux limpides sont une invitation à la baignade qui ne se refuse pas. ![]()
Nous sommes rejoints par un jeune cambodgien sortant tout juste de prison. ![]()
Issu des communautés éthniques et doué pour les langues il a vite fait de s'improviser guide touriste. Mais le pauvre n'était pas armé pour résister à l'affrontement et aux manipulations des administrations d'état et des groupes privés qui luttent actuellement pour la prise de contrôle du marché touristique de la région. ![]()
Résultat pour ce petit pion : 3 mois de prison (sans procès ni même motif d'inculpation) et 150 dollars de pot-de-vin pour pouvoir finalement sortir.
La journée se poursuit en compagnie de Delphine et Erwan, un couple de Français de Hong-Kong, rentrant au pays en moto. Huit mois pour faire en quelques sortes le chemin que nous venons de parcourir : une pointe de nostalgie nous envahit à évoquer toutes ces belles régions qu'ils vont traverser.
Nous espérons qu'ils pourront nous donner des nouvelles de Monsieur Akbar et de sa Guest House détruite par le tremblement de terre de Bam fin 2003. ![]()
Vers 17 heures, un déluge s'abat sur nous alors que le soleil brille encore au loin. Le spectacle de la pluie sur le lac et la forêt vierge, dans une superbe lumière de fin de journée et agrémenté d'un magnifique arc-en-ciel est époustouflant. Tel Gribouille, nous ne résistons pas au plaisir d'une baignade pour ne pas nous faire mouiller par la pluie ! ![]()
Mais cette dernière a fait fuir tous les moto-taxis... ![]()
Alors que nous nous demandons comment nous allons pouvoir rentrer, un joyeux groupe d'Américains nous prend en stop dans un 4x4. Leur guide, un Américain parlant couramment cambodgien, entretient une certaine tension dramatique auprès de son auditoire médusé : "Au Cambodge, les gens vous laisseront crever sur place sans s'émouvoir.
Pire, au Vietnam, on vous tuera pour revendre vos organes 1000 dollars au marché noir..." Nous voilà donc rassurés : en cas d'accident il doit exister au Vietnam des hélicoptères bourrés de matériel médical de pointe capables d'intervenir dans des coins paumés... ![]()
| 28 avril 2004 |
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Nouvelle séance de Chi Qong à 5h45 au levé du soleil : il nous faut accumuler de l'énergie pour suivre le rythme de la troupe. :baille
Maintenant à Banlung, Kannara se fait un devoir de faire le nécessaire pour garantir notre sortie du Cambodge à partir du poste de frontière non officielle à 70 Km. On nous dit que les gardes frontières vietnamiens ne devraient pas poser de problème car depuis quelques temps on peut rentrer au Vietnam depuis n'importe quel poste frontière avec un visa.
Rendez-vous est donc pris avec l'inspecteur en chef que nous rencontrons personnellement. ![]()
On nous assure qu'il n'y aura pas de problème mais personne ne nous remet aucun papier.
Kannara nous demande ensuite de l'accompagner à l'une de ses réunions avec un influent homme d'affaire local qui semble pouvoir contrôler pour lui la marche de la loterie. Il est de bon ton d'arriver en nombre : c'est une manière d'honorer son hôte.
Incroyable discussion sous la maison sur pilotis du ponte locale, accompagné de sa femme et de son neveu, sa fille ado prostrée dans un coin devant la télé. ![]()
Aucun papier et une discussion habile mais décousue, en cambodgien, que l'on nous traduit de temps en temps, au fur et a mesure des acquis. Kannara mène les négociations avec le chef de famille coaché par sa femme revendicatrice. Le cadre nous fascine tellement il nous semble décalé par rapport a l'événement. Dans la cour sous pilotis vaquent paisiblement chiens et chats le long de grandes tables en bois rouges massifs. L'unique mur est recouvert d'affiches, toutes plus kitsch les une que les autres, aux motifs aussi variés que flamboyants : chevaux galopant crinière au vent, cascades et arc-en-ciel, chalet savoyard au milieu des fleurs et pubs langoureuses pour de la bière.
Pourtant aussi informelle que puisse être la discussion les enjeux se comptent en centaines de milliers de US $.
Un accord émerge enfin après presque 2h... Pour célébrer, la petite troupe nous emmène dans un lieu magique au bord d'un superbe lac avant d'aller déjeuner.
Comme notre passage au Vietnam semblerait maintenant possible nous décidons de tenter notre chance et de rester à Banlung alors que Kannara & Co repartent pour Kratie.
Ces trois jours nous aurons permis de beaucoup mieux appréhender l'univers politique, économique et le monde des affaires cambodgien. Nous nous réjouissons de ces passionnantes rencontres qui à notre plus grand bonheur auront jalonné notre voyage.
| 27 avril 2004 |
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Comme convenu hier soir avec notre hôte, on nous réveille avant 6h ce matin pour une séance de Chi Qong dirigée par le vénérable maître Kannara. Ce dernier nous explique les bases de cette discipline et le principe des énergies qui seraient selon lui une des clés de sa réussite. Une heure de pratique devant le soleil levant sert à illustrer son discours. ![]()
Bien réveillés et énergisés, nous rejoignons pour le petit déjeuner toute l'équipe qui forme la "suite" de Kannara et que nous avons rejoint hier soir. Il s'agit du colonel de gendarmerie qui était en voiture avec nous hier, de 2 Cambodgiens de nationalité française rentrés au pays pour prêter main forte à Kannara, d'un homme d'affaire influent sur toute la région, du jeune stagiaire et de 4 gardes du corps. Des partenaires locaux nous retrouvent dans une gargote pour avaler une plâtrée de soupe aux nouilles avec de la viande.
L'ambiance est très détendue, tout le monde discute autour de la grande table ronde et les deux Français nous racontent leurs expériences françaises, l'un dans la confection, l'autre dans l'automobile.
On nous demande ensuite notre avis sur ce beau pays qu'est le Cambodge, vérifiant que nous avons bien visité les sites majeurs. Un des convives complète alors la brochure touristique par une croyance locale selon laquelle le Bouddha lui-même serait originaire du Cambodge. Il se produit d'ailleurs tellement de miracles dans ce pays, nous confie-t-on, que c'est une certitude !
Oh et puis les sceptiques n'ont qu'à aller voir toutes ces choses étranges qui se déroulent dans le Mékong, fleuve dont les habitants mystérieux n'ont pas encore vraiment tous fini de sortir de l'ombre...
Quelques affaires vite réglées, il nous faut reprendre la route pour atteindre Banlung. Le convoi se met en branle, ouvert par le pick-up avec les gardes du corps en armes à l'arrière. Ces hommes sont armés car ils chassent en route nous explique-t-on. D'ailleurs, pas plus tard qu'hier soir nous avons eu l'honneur de manger l'antilope qu'ils avaient eue en chemin. ![]()
Nous avons pris place à bord du 4x4 piloté par Kannara et nous comprenons notre chance de ne pas avoir à emprunter cette piste complètement défoncée par les premières pluies dans un bus sans suspensions ni clim'... ![]()
Nous traversons des zones qui semblent de plus en plus coupées du monde et Kannara nous raconte des anecdotes au sujet des tribus du coin. A chaque fois il s'enthousiasme en faisant remarquer à quel point ces tribus des forets peuvent être drôles, naturellement ignorantes des notions de travail ou de propriété. Déjà ce n'est que tout récemment que ces gens ont commencé à porter des vêtements, et tout change maintenant très vite. Il n'y a pas si longtemps, quelqu'un a effrayé un membre d'une tribu en passant en voiture. Le local effarouché aurait alors lâché le bébé qu'il portait dans ses bras, attrapé son chien à la place et détalé dans la foret. Kannara s'amuse de ces tribus pour qui le bébé n'est d'aucune utilité dans la foret mais à qui le chien sauve bien souvent la vie... ![]()
Depuis, certaines ONG ont fourni des petites motos dans certains hameaux et Kannara nous raconte qu'un jour, un membre d'une tribu ("vraiment qu'ils sont drôles ces gens") est allé chez un garagiste avec le véhicule et a fait remarquer qu'il n'utilisait que les 2 premières vitesses pour pouvoir ultérieurement revendre les deux autres à l'état neuf. "vraiment qu'ils sont drôles ces gens"...
Encore plus drôle aux yeux de notre pilote : leur peur des ancêtres. Pour preuve ces cahutes en bois, isolées dans la forêt qui sont leurs sépultures, à l'emplacement du village qui aurait entièrement déménagé par crainte des esprits défunts. "Ils les redoutent tant qu'ils vont jusqu'à mettre une moustiquaire sur la sépulture ! Qu'ils sont drôles ces gens..."
Le pick-up est immobilisé devant nous et nous nous garons derrière. Bien que des poules sauvages traversent la piste en rase-mottes ce n'est pas le gibier qui est la préoccupation cette fois, mais les freins arrières qui bloquent. Nous patientons pendant cette halte mécanique : la situation est vraisemblablement sous contrôle mais l'usage veut que ce soit le pick-up qui ouvre la route. Sur une piste rouge défoncée au milieu de la jungle, nous sommes à l'arrêt pendant que deux hommes réparent des freins et quatre autres scrutent les fourrés, un fusil avec silencieux sur les bras... Eric se retrouve alors avec un fusil dans les mains et chacun commence à sortir son arme personnelle de sa poche (pistolet automatique à balles explosives, vieux colt digne d'un western...).
La situation prend une tournure encore plus surréaliste lorsque, à nouveau en voiture, Kannara et le colonel commencent à nous parler du passé khmer rouge de deux des gardes du corps. Notre sang ne fait qu'un tour, d'autant plus que nous pouvons voir les intéressés dans la voiture devant nous et que notre homme d'affaires et son colonel racontent en détails les tortures subies pendant ce drame.
Imaginer les victimes et leurs bourreaux aujourd'hui réunis pour manger à la même table nous laisse pantois. Kannara justifie cette situation en expliquant que ces hommes étaient jeunes et qu'ils n'ont de toutes façons vraisemblablement jamais compris ce qui s'était passé. Bon, sans doute, mais tout n'est pas rose pour autant et ces hommes n'ont d'ailleurs jamais fondé une famille ou eu une vie normale depuis lors. Maintenant, assez ironiquement, ce sont des militaires dont une personne influente doit savoir s'entourer pour se faire respecter...
Le coucher de soleil nous accueille à Banlung où tout le monde se retrouve à nouveau pour manger. Nous squattons un restaurant dont le cuisinier de notre troupe s'approprie les cuisines pour préparer les restes de l'antilope et d'un sanglier que nous avons transportés jusqu'ici.
Cette journée riche en émotions nous laisse épuisés mais heureux d'avoir tant appris. Demain, après la séance de Chi Qong, nous tacherons d'en savoir plus sur un éventuel passage au Vietnam par la frontière voisine... ![]()
| 26 avril 2004 |
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Journée tranquille au programme : nous avons prévu de nous reposer et d'étudier les alternatives à la longue route aller-retour pour Banlung.
Alors que nous pique-niquons notre petit déjeuner sur la terrasse de notre hôtel, nous faisons la connaissance de Kannara, un cambodgien de 46 ans en l'occurrence accompagné d'un stagiaire. Tout de suite, cet homme d'affaires nous séduit et nous parait passionnant !
Kannara s'en va à Banlung pour affaires et nous propose de nous joindre à lui.
L'occasion est belle, nous la saisissons. Juste un mot au patron de l'hôtel avant de partir : on compte sur lui pour retrouver la bague ; on reviendra dans quelques jours avant d'aller au sud vers la frontière internationale du Vietnam.
Kannara nous invite tout d'abord dans un restaurant où il nous présente un colonel de gendarmerie, associé avec lui dans l'une des 4 entreprises qui contrôlent le marché national de la loterie. Notre hôte en est d'ailleurs le fondateur et le directeur général.
La route entre Kratié et Stung Treng où nous devons faire étape est extrêmement difficile, même pour le 4x4 flambant neuf de notre ami.
Il nous faudra pas moins de 6 heures pour parcourir les 130 Km.
Un temps précieux qui nous offrira tout le loisir de découvrir ce personnage extraordinaire qu'est Kannara.
Fils d'avocat, il a 17 ans quand il doit quitter Phnom Penh, vidée par les Khmers rouges. Déporté, torturé, il survivra à l'horreur : comme tous les Cambodgiens à cette époque, il aura côtoyé la mort de nombreuses fois pendant ces terribles années.
Avec l'arrivée des Vietnamiens, Kannara reprend ses études et, après une formation en URSS, devient ingénieur en génie civil. Il travaillera ensuite jusqu'en 1991 pour le gouvernement cambodgien avant de monter sa propre société de construction et de faire fortune avec les contrats de l'ONU. ![]()
Multimillionnaire, la corruption et des combats aux règles du jeu qu'il ne maîtrise pas vraiment mettront un terme à son entreprise : l'univers froid et cynique des multinationales auront raison de lui, Bouygues en tête.
Il n'en aura pas moins eu le temps de devenir un homme incontournable au Cambodge. Ses réseaux politiques sont puissants et ses refus de devenir ministre ou conseiller du premier ministre nous semblent être beaucoup plus stratégiques qu'il ne veut bien le dire.
Notre homme a de l'ambition, il est patient et pragmatique. Il sait attendre et construire son succès : au delà de son entreprise de loterie qui doit à terme pouvoir lui assurer une rente confortable, il développe tout un réseau de contacts au niveau local, régional et national qui pourrait lui être très précieux dans l'avenir. ![]()
| 25 avril 2004 |
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Nous partons à 6 heures ce matin et profitons des heures les plus fraîches pour faire la route jusqu'à Sambor et Sambok avec une moto de location.
Les deux sites sont agréables, hors du temps et nous apercevons même quelques spécimens du fameux dauphin du Mékong au cours d'une halte au bord de l'eau.
Il n'y a que 40 Km jusqu'au site le plus éloigné mais la piste est très mauvaise, pleine de nids de poule et nous avalons un paquet de poussière.
Du coup, nous prenons notre temps, marquons de fréquentes haltes et, par pur souci d'intégration culturelle, nous offrons même une sieste sous un arbre devant une pagode, sous le regard bienveillant des locaux !
Tout le long des axes de communication les ruraux ont construit leurs maisons et au bord des routes se déroule une vie en apparence paisible et immuable.
L'habitation en tous cas, pour sa part, n'a pas évolué depuis des siècles, toujours sur pilotis et au milieu d'arbres. Les deux niveaux sont réservés à des activités bien distinctes : l'étage auquel on accède par une sorte d'escalier est réservé à la sphère privée (sommeil, foyer, grenier à riz) et comprend un mobilier des plus dépouillé (nattes, jarres et casseroles) ; en contrebas en revanche, à l'ombre de l'habitation, le maître de maison reçoit les invités.
De retour à l'hôtel en fin de journée nous constatons que quelqu'un a fouillé dans nos affaires ! Juste une chose a disparu, pourtant bien cachée : la bague en argent de Marine.
Le personnel a les clés mais nie bien sur tout en bloc. On essaye de récupérer la bague en douceur mais personne ne semble réellement concerné.
Nous espérons voir les employés directement demain matin...
| 24 avril 2004 |
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Nous prenons place à bord de la vedette rapide qui doit nous emmener à Kratié : petite ville de garnison tranquille posée au bord du Mékong. C'est dans cette région que s'est développé un premier noyau Khmer (6e - 8e siècle), entre Stung Treng au nord (670 Km de la mer) et Kratié (540 Km de la mer). Il n'y a plus autant de bateaux qui remontent le fleuve depuis la construction du pont. Quoi qu'il en soit, cette remontée reste mythique et c'est assis sur le toit au milieu des Cambodgiens que nous vivrons avec émotion le trajet.
Après l'étonnement, ce sont les sourires qui s'affichent sur les visages de nos compagnons : moines, soldats ou paysans transportant avec eux leurs récoltes de piments. La complicité muette se renforcera un peu plus quand Eric rattrapera par chance une casquette sur le point de s'envoler. ![]()
A peine trois heures et nous voilà arrivés à Kratié dont l'ambiance coloniale surannée contraste avec l'agitation dynamique des jeunes rabatteurs.
Après avoir trouvé notre hôtel, nous nous laissons bercer par le charme anachronique de cette petite ville où se côtoient maisons modernes, bâtiments coloniaux et habitations traditionnelles en bois et bambou.
Les odeurs du marché nous enveloppent : poissons, épices, café, fruits, fleurs, rien ne manque...
Après avoir pu admirer le coucher de soleil sur le Mékong, nous nous attablons dans un petit café restaurant où nous faisons la passionnante rencontre d'une philippine d'une trentaine d'années, travaillant à Kratié depuis 2 ans pour une ONG américaine.
La vie d'expatrié dans ces régions reculées n'est pas toujours facile. Si le contact avec les populations locales est riche en émotions, le manque de cadres éduqués rend toute action difficile et freine les échanges. De plus, il favorise la pérennité d'une organisation féodale où la corruption est reine.
Loin de sa famille, notre charmante amie a soif de parler, malgré sa frustration de n'avoir que des touristes au passage rapide à se mettre sous la dent. Elle nous raconte avec émotion son engagement au Cambodge, loin de sa petite fille de 5 ans et de son mari italien resté dans le sud des Philippines. Ce dernier travaille lui aussi pour une ONG. Mais la situation dans le sud des Philippines s'aggrave dangereusement face à la montée du fondamentalisme musulman nourri, nous explique-t'elle ironiquement, par l'actuelle politique américaine qui pousse leur gouvernement à gérer la situation par la violence.
Les ONG perdent du terrain, laissant la place du social aux intégristes. D'autre part la violence et ses injustices renforcent les réseaux des terroristes. ![]()
Nous en profitons pour l'interroger sur la possibilité de franchir la frontière vers le Vietnam près de Banlung. Elle appelle sur le champ l'une de ses amies travaillant à Banlung et la réponse tombe comme un couperet : en temps normal cela pourrait être jouable mais des Vietnamiens ont été abattus il y a quelques jours par la police des frontières du Cambodge. Les journaux parlent d'incidents qui auraient éclaté entre la tribu des victimes et les autorités locales. Ce n'est donc vraiment pas le moment de passer.
Quoi qu'il en soit, la région de Banlung est superbe et elles nous recommandent d'y aller. Mais la route qui y mène est longue alors nous hésitons...
| 23 avril 2004 |
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Réveil 6 heures du mat'. Un des chauffeurs de moto-taxi est au rendez-vous, comme si tout était normal et que nous avions effectivement convenu d'une heure à laquelle nous retrouver !
Avant de partir, nous passons par le marché déjà en effervescence pour acheter un de ces succulents ananas gorgés de soleil et une délicieuse gaufre artisanale. ![]()
La balade commence avec la traversée du nouveau pont sur le Mékong : vue sublime en amont comme en aval.
Puis c'est une enfilade de petits villages aux maisons en bois et bambou, aux toits en palmes séchées, aux couleurs naturelles parfois rehaussées de gris, de bleu, de vert et de rouge. Un enchantement pour les yeux pendant une vingtaine de kilomètres, à trois sur un engin hybride entre scooter, mobylette et petite moto.
Notre chauffeur nous conduit directement à une usine de caoutchouc propriété du gouvernement. Nous y sommes très agréablement accueillis par l'ancien contremaître à la retraite qui pourtant continue son travail car, explique t'il, un de ses enfants est encore étudiant.
Notre homme parle parfaitement français et nous explique tout le fonctionnement de "son" usine. Il est très intéressant et plein d'expérience. Nous sommes pourtant surpris de réaliser que cet homme, passionné par son métier, n'a jamais cherché à savoir ou à comprendre ce qui pouvait exister dans son industrie au-delà de ses plantations.
Ce sera à ses enfants de découvrir le monde...
Nous poursuivons notre chemin en flânant dans les plantations, tout heureux de pouvoir suivre les gamins en charge de la récolte. Eric se remémore les récits de voyages fantastiques de son cousin Dominique, alors responsable des plantations de caoutchouc de Michelin.
Retour sur Kompong Cham où nous visitons un sanctuaire bouddhiste du 9e siècle, en grès et latérite, aux magnifiques contrastes de couleurs. Wat Nokor est un temple qui conserve beaucoup de charme, accentué par le fait qu'une nouvelle pagode a été construite au milieu des ruines. ![]()
Fin de journée à nous balader le long du Mékong tout en rêvant déjà à la journée de demain et à la remontée en bateau de ce fleuve mythique en direction de Kratié au nord.
| 22 avril 2004 |
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Kompong Cham a tout l'air d'une petite ville endormie. On ne peut pas dire que l'activité soit débordante sur le Mékong, pourtant fleuve mythique de l'Asie, déifié par les bouddhistes et les animistes. Précisons que l'inauguration d'un pont en 2001 a privé le bac de sa raison d'être et que le fleuve a depuis belle lurette cessé de servir au transport de beaucoup de marchandises quand les français ont entériné en 1953 la position du delta du Mékong sur le territoire vietnamien...
La privation de l'accès à la mer est un motif de plus pour en vouloir à ces voisins décidément trop présents !
N'ayant pas grand chose à voir sur le Mékong, nous entreprenons l'exploration de Kompong Cham et remarquons que les bâtiments officiels sont toujours ornés de pancartes en français.
Un vélo nous dépasse avec des ballots de poulets vivants fixés de chaque coté du porte-bagages. ![]()
Au Cambodge vraiment, tout se passe dans la rue : dès le réveil vers 5h30 ou 6h, les gens sortent se laver sur le trottoir ou ils mangeront, somnoleront, joueront aux cartes et bavarderont jusqu'à la tombée de la nuit. Nous sommes même très étonnés de découvrir le cabinet de dentiste ouvert sur la rue, tout comme l'hôpital dont les lits sont alignés au rez-de-chaussée avec des patients sous perfusion qui regardent passer les vélos et les charrettes à chevaux à moins de 5 mètres d'eux !
Voici incontestablement une caractéristique culturelle majeure de ce pays ou, à la différence de l'Europe et plus encore du Moyen Orient, on ne ressent pas le besoin d'échapper aux regards indiscrets. Ainsi, en ville, toutes les maisons sont constituées d'une grande pièce de plein pied, ouverte sur la rue, où toute la famille vit en communauté et gare son véhicule pour la nuit.
Nous progressons vers le marché et des conducteurs de motos-taxi nous proposent une excursion d'une journée vers une plantation d'hévéas, le temple et une montagne des environs. Ces chauffeurs-guides ont tout l'air d'être une poignée et il n'y a pas des masses de touristes dans les parages en cette saison. Nous les mettons donc en concurrence pour demain, c'est de toutes façons devenu un principe pour nous de discuter !
On dirait bien qu'ils ne sont pas vraiment confortables avec cette pratique mais, à midi nous avons déjà deux offres à 8 dollars au lieu de 10 : laissons venir...
En attendant, nous nous préoccupons du déjeuner. Des restos aux chaises en plastique bleu sur le trottoir servent du canard et des nouilles, à prendre ou à laisser ; sur le marché des étals fourmillent de surprises dont l'origine laisse bien souvent songeur... Un vieil homme a disposé sur une table une collection de petits animaux hideux empaillés, de dents en tous genres, de racines séchées et de poudres couleurs de terre dans des flacons... ![]()
A coté de viandes et poissons séchés se vendent des pattes palmées d'échassiers, frites et en brochettes ; des crêtes de coq et toutes sortes d'insectes grillés tout aussi dépourvus de substance charnelle.
On imagine que ces mets ont fait leur apparition pendant les périodes de guerre, derniers recours des populations frappées par la famine et, comme les nids d'hirondelles ou les ailerons de requins en Chine, ont fini par s'imposer comme plats traditionnels...
Nous grignotons finalement dans une gargote sur un trottoir quelques morceaux d'un poulet famélique découpés à la hache et disposés sur du riz ...
Nous commençons à douter de jamais trouver un touriste ici qui viendrait du Vietnam ou s'y rendrait avec quelque information fiable quant à la possibilité de passage sur cet axe... ![]()
L'après-midi les rues se font plus calmes, les hamacs se sont remplis sur les trottoirs devant les habitations et nous n'aurons plus de nouvelles de nos motos potentielles alors que nous pensions que les chauffeurs reviendraient vers nous avant la soirée. ![]()
Un vieil homme à vélo ralentit à notre niveau, s'applique à nous saluer dans un français délicieux avant de repartir la tête haute et le sourire aux lèvres... ![]()
| 21 avril 2004 |
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Nous avons dorénavant les 2 visas en poche : Vietnam et Laos mais toujours aucune certitude au sujet du poste frontière de Banlung. Il serait plus facile et économique de passer en priorité au Vietnam pour ensuite rejoindre le Laos car ce pays nous permettrait de poursuivre jusqu'au sud de la Thaïlande vers la Malaisie. Voilà pour le scénario idéal, notre visa vietnamien prenant effet le 1er mai (une date symbolique pour entrer dans un pays communiste !
).
D'ici-là, nous aimerions visiter le nord-est du Cambodge, réputé pour ses tribus isolées, ses paysages, ses forêts et par le fait que la région ne s'est ouverte aux étrangers que récemment (2001). L'inconvénient de cette région, si elle dispose de frontières avec à la fois le Vietnam et le Laos, c'est qu'elle ne possède pas de poste-frontière "officiel" pour les étrangers vers le Vietnam...
Nous verrons bien sur place, sinon il sera toujours temps d'essayer plus au sud ou de passer directement au Laos...
Nous voilà donc en route pour Kompong Cham, importante capitale de la province éponyme, 3e ville du Cambodge, située au bord du Mékong et où nous nous rendons dans l'espoir de trouver une atmosphère comparable à celle de Pathein au Myanmar, un peu à l'écart des sentiers battus.
Le voyage en bus, relativement confortable, nous offre l'occasion de vérifier que le Cambodge est une société rurale et que c'est en passant du temps dans les campagnes qu'on peut saisir la richesse du patrimoine ethnologique. Du bus déjà nous entr'apercevons quelques curiosités, comme tous ces petits temples tels des maisons de poupées sur un piédestal, que les villageois entretiennent devant chez eux bien sur pour amadouer l'esprit des lieux, mais aussi à proximité de nombreux champs ou de ruisseaux. N'oublions pas à ce propos que les génies pullulent à la campagne : dans les gros arbres, dans certains animaux, les montagnes, mais aussi dans tout objet étrange ou inhabituel. Les paysans se font donc un devoir de leur rendre un culte et ces rites cohabitent même parallèlement à la foi bouddhiste sans problème. ![]()
Au loin, le paysage dans l'attente de la mousson ne se montre pas à son avantage : des cocotiers épars et des plaines desséchées nous rappellent l'Inde.
La route est jalonnée de maisons traditionnelles en bois et palmes, certaines commençant à arborer un toit de tuiles. Par les portes ouvertes nous apercevons que les maisons n'abritent aucun meuble, conformément à l'indifférence cambodgienne face à la propriété matérielle encore amplement en vigueur dans les campagnes. Les manières de vivre semblent informelles : des femmes sortent et font leur toilette devant de grandes jarres en terre pleines d'eau.
Nous remarquons aussi, non sans surprise, que certaines maisons ont une antenne de télévision alors que l'électricité n'est pas disponible en dehors des principales agglomérations. Les villageois se sont munis de batteries rechargeables pour permettre au petit écran de s'introduire décidément partout, en dépit des obstacles !
Bon, tout de même il restera encore un pas à franchir avant que ces gens aient accès au satellite et à un plus important choc culturel. C'est sans doute mieux comme cela du point de vue du voyageur qui aime être surpris par les gens et se croire au bout du monde... ![]()
| 20 avril 2004 |
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Dans tout le Cambodge on trouve difficilement un restaurant cambodgien. La grande majorité des établissements est tenue par des Chinois, plus rarement des Thaï ou des Indiens ou bien encore des Occidentaux à proximité des sites touristiques... ![]()
Les vrais plats cambodgiens peuvent néanmoins se déguster devant les étals des marchés ou sur les trottoirs à côté de la marmite.
Il semblerait cependant que des restaurants chics aient ouvert depuis peu et tentent de réhabiliter quelques spécialités en passe de disparaître comme l'amok (poisson au lait de coco) ou le lac-loc (bœuf mariné au citron et servi avec un œuf frit et des oignons). ![]()
Nous avons derrière la tête de trouver une nouvelle adresse pour dîner lorsque nous découvrons un autre visage du tourisme en nous promenant le long du lac qui borde le secteur des "routards". En nous éloignant de la route et de son animation, nous avons la surprise de découvrir de charmantes terrasses d'établissements à l'ambiance détendante et à la déco particulièrement soignée.
Nous sommes tentés de nous y attarder en admirant le soleil déclinant sur le lac, et nous nous étonnons que ces endroits ne soient pas plus fréquentés quand notre attention est attirée par des couples inattendus.
Le manège devient dès lors évident et nous sommes frappés par le spectacle de ces jeunes routards occidentaux abandonnés dans des bras experts parfois travestis et qui ont trouvé là de bien curieux successeurs aux G.I.'s... ![]()
| 19 avril 2004 |
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Nous empruntons plusieurs motos-taxis pour sillonner Phnom Penh au cours de cette journée et régler les quelques formalités qui nous permettront de poursuivre notre périple.
Petit à petit nous l'apprivoisons, mais avons-nous seulement pensé à présenter cette capitale dans laquelle nous avons déjà comptabilisé plusieurs jours ?
En premier lieu, il est important de savoir que Phnom Penh a été fondée au 15e siècle à l'intersection de 2 fleuves : le Mékong et le Tonle Sap qui forment ici un X. Le site a été choisi car les 4 bras de ces fleuves symbolisent les 4 fleuves cosmiques nés du lac sacré Anavatapta situé dans l'Himalaya, axe central du monde dans la mythologie indienne. Phnom Penh se trouve ainsi au centre et au sommet du monde et légitime donc son rôle de résidence royale.
Malheureusement pour le visiteur il reste bien peu de vestiges du passé de la capitale
. En effet, c'est à peu près à cette période à la fin de l'époque "angkorienne" que les Cambodgiens ont cessé de construire des bâtiments en dur, l'hindouisme perdant du terrain vis-à-vis du bouddhisme Theravada et étant donné que les constructions en dur étaient réservées aux dieux de l'hindouisme. Du coup, la population ne construisait plus que des maisons et des pagodes en bois et les parasites qui prolifèrent sous les climats tropicaux ont eu vite fait de limiter leur durée de vie.
On peut aussi citer la violence qui a cycliquement ravagé le pays au cours de guerres civiles ou étrangères accompagnées de destructions systématiques pour expliquer le manque de vestiges architecturaux. ![]()
Et puis enfin on apprend dans les ouvrages ethnologiques que les khmers continuent de toutes façons à pratiquer des rituels de refondation au cours desquels ils reconstruisent périodiquement les bâtiments et qui traduisent une autre notion du temps.
Nous pouvons donc déplorer l'absence de vieux édifices et d'une véritable architecture cambodgienne dans cette ville où les maisons ressemblent à n'importe quels cubes de béton typiques des pays sous-développés, agrémentés ici d'opulentes maisons chinoises et de trop rares bâtiments coloniaux ; au fil des jours, nous commençons à détacher notre regard des seuls bâtiments pour tenter de comprendre la symbolique conférée à cette ville dont le nom se traduit "montagne de la plénitude".
| 18 avril 2004 |
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C'est le jour du départ pour Claude et Quentin et, si nous sentons bien qu'ils apprécieront de retrouver la fraîcheur de latitudes plus clémentes, ils semblent bien décidés à profiter de leurs dernières heures à Phnom Penh : ultime balade, quelques photos, souvenirs d'odeurs, sensations de motos lancées à contresens sur le boulevard et douche salutaire avant l'avion... ![]()
Nous revoilà tous les deux recherchant notre rythme de croisière et retrouvant une "relative" routine avec nos contingences quotidiennes (faire les lessives, changer de l'argent, trouver le meilleur Internet...).
Et oui, ce n'est pas parce qu'on mange au resto qu'on ne doit pas faire la vaisselle au bout du compte ! ![]()
Il nous faut aussi sans tarder penser à la suite : le Laos et le Vietnam, à l'ordre dans lequel nous allons visiter ces deux pays et aux visas à faire faire... Et oui, la route continue ! ![]()
| 17 avril 2004 |
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Matinée courses en cette veille de départ pour Claude et Quentin. Nous commençons par nous perdre dans le dédale du marché Psaar Tuol Tom Pong. Tissus, vêtements, bijoux, fausses antiquités, fleurs et étals de nourriture sont autant de merveilleuses couleurs qui contrastent avec le gris des pièces de moto et de quincaillerie. ![]()
Nous substituant à la chaleur, nous poursuivons dans un centre commercial climatisé. On y trouve en vrac quelques grandes marques. Déjà à Phnom Penh le culte de l'image et des apparences reprend ses droits abandonnés par la force des idées (et des mitraillettes) au milieu du XXe siècle, à l'exemple des lunettes de soleil, si populaires au Cambodge dans les années 50 et qui de nouveau se vendent comme des petits pains !
L'après-midi sera pour sa part résolument culturelle : première étape le Musée National. Ce petit musée bourré de charme, édifié en 1907 par Georges Groslier avec l'aide des derniers architectes traditionnels, est construits selon la plus pure esthétique khmère ; il vaut à lui seul la visite car il permet d'imaginer ce qu'étaient les constructions en matériaux périssables (bâtiments publics, monastères,...). Il comprend un ensemble merveilleux de pièces provenant des sites de Angkor. A chaque section, c'est l'un des temples que nous avons visité qui prend vie grâce aux très nombreuses statues précieusement préservées dans ce lieu sûr.
Dans un deuxième temps, nous visitons les jardins du Palais Royal, ainsi que la salle du trône et la pagode d'argent. Le jardin abrite tout un ensemble extraordinaire de fleurs, d'arbre et d'arbustes.
Insolite au milieu d'édifices laqués aux toits torturés comme s'ils se tordaient sous la chaleur, un bâtiment de pierre et de fer attire les critiques de visiteurs américains. C'est un petit pavillon construit pour Napoléon III et offert au monarque cambodgien Norodom dont le monogramme N se trouvait coïncider avec celui de l'empereur.
Ironie de l'histoire, cette "maison de fer" démontable, très kitsch, représente l'unique vestige urbain antérieur au XXe siècle à Phnom Penh. ![]()
Nous finissons tranquillement la journée à admirer le coucher du soleil, une bière à la main et grignotant des cacahuètes. ![]()
| 16 avril 2004 |
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Matinée tranquille à profiter une dernière fois de la plage avant de reprendre la route de Phnom Penh en début d'après-midi. Comme à l'aller, nous nous retrouvons pris dans le flot de Cambodgiens, eux aussi sur le retour. Si les locaux s'entassent dans tout ce qui roule, les Occidentaux réquisitionnent à coups de dollars des véhicules confortables. Les businessmen du tourisme l'ont bien compris et les prix flambent.
C'est la loi du marché, accompagnée dans beaucoup de cas de quelques petits coups de force pour contrôler une zone touristique. ![]()
Il faut dire que le jeu peut en valoir la chandelle. Certains touristes n'ont visiblement pas la motivation ou le temps pour s'intéresser aux référents locaux.
Un bon service payé moins cher qu'à la maison les remplit de bonheur.
Alors que nous allons changer de l'argent, un touriste nous interpelle : "Ne changez que contre des dollars, ici tout se paie en dollars !".
Nous lui faisons remarquer que pour tous les services et achats en dessous de un dollars, il faut bien utiliser la monnaie locale. Notre homme s'étonne : "Ah bon ! Mais qu'est-ce qui peut bien coûter moins de un dollars ?". Les taxis par exemple, un repas dans la rue aussi... Mais notre interlocuteur nous explique ne jamais discuter les prix qui lui semblent "tout à fait raisonnables".
Deux ou trois dollars, ce n'est pas grand chose pour cet homme qui, dans son pays, distribue tous les jours de telles sommes en pourboire. Mais accepter le fait que ce montant soit important, ici au Cambodge, n'est pas si évident ni anodin. Chose étrange, les Français semblent assez naturellement prendre la mesure du pouvoir d'achat local, quitte à l'exploiter en négociant tous les prix au plus serré. D'ailleurs on nous répète assez que les Français sont des radins ! ![]()
Ou bien est-ce parce que chez nous nous considérons que c'est à l'état de redistribuer l'argent commun, alors qu'aux Etats-Unis on préfère distribuer un pourboire en échange d'un travail. Culture sociale ou du travail ? L'Asie, au-delà des clichés, ne nous a pas encore laissé entrevoir de troisième voie...
| 15 avril 2004 |
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Le patron de notre restaurant du jour est français. Il ne faudra pas longtemps pour que son discours de façade, qui assure que le Cambodge est le pays rêvé pour les expats' et pour monter une affaire, ne se fissure. Très vite il nous raconte les inévitables déséquilibres et absurdités d'un système sans loi et qui est même depuis plusieurs mois dépourvu de gouvernement.
Il semblerait une fois de plus qu'ici, le dollars et les relations bien placées ont force de loi, en tout cas dans le court terme.
Les lois se font et se défont en fonction des intérêts particuliers. Le sens de l'intérêt collectif est encore une notion très vague. Inutile de mentionner ce sens altruiste qui semble motiver tant d'Occidentaux à venir se casser les dents dans ce pays dévasté.
Et pourtant, c'est au contact des étrangers que la situation évolue rapidement. Après l'ONU et les ONG, ce sont aujourd'hui les touristes qui stimulent la jeunesse cambodgienne. La télévision par satellite arrosant ensuite au quotidien cette petite graine de modernité. La question reste bien sûr posée quant à la capacité des Cambodgiens à se réouvrir au monde sans y perdre leur identité. Malheureusement, ce pays a tellement souffert et été manipulé, que l'on cherche ses racines au quotidien, en tous cas dans les centres touristiques... ![]()
Une course contre la montre entre le culte de l'argent, du pouvoir et donc de la drogue, et la reconstruction du pays et d'une identité s'est engagée. Inutile de dire que les premiers ont déjà pris beaucoup d'avance.
Le challenge semble d'autant plus dur que les puissants voisins : le Vietnam, la Chine et la Thaïlande, ont depuis longtemps pris l'habitude d'exploiter les ressources de cet ancien empire qui, il y a quelques siècles, leur tenait tête...
| 14 avril 2004 |
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Il fait chaud alors, pour pouvoir nous reposer un peu de ces 15 jours à courir sous le cagnard, direction La Plage !
Sihanoukville, première station balnéaire du Cambodge, semble toute indiquée.
Nous prenons nos quartiers dans de petits bungalows sur pilotis, réplique des maisons traditionnelles cambodgiennes à quelques centaines de mètres de la plage. Malgré la proximité de la mer, la chaleur reste accablante.
Eric, qui ne semble pas souffrir de ces températures caniculaires fait figure d'extraterrestre au milieu des touristes et des locaux qui cessent toute activité aux heures les plus chaudes. ![]()
Les plages sont un petit paradis, malgré l'émergence ça et là de constructions en béton de goût douteux.
Peu importe, c'est l'heure du coucher de soleil, face à la mer, devant un chapelet d'îles encore (presque) vierges et de petits bateaux de pêcheurs reconvertis en promène-touristes.
Oups ! Tant pis, l'appareil photo est resté dans le bungalow... ![]()
La plage est bondée de cambodgiens venus célébrer la nouvelle année en famille. Il fait bon s'y promener les pieds dans l'eau.
| 13 avril 2004 |
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La journée est déjà toute programmée et s'annonce mouvementée avec l'ascension jusqu'à la ville abandonnée de Bokor, la balade dans la jungle alentours puis la fin de journée à Kep, station balnéaire du temps des Français, ensuite abandonnée puis squattée avant sa récente tentative de réhabilitation.
Surprise au départ ! Nous sommes en réalité 9 à prendre place dans ce pick-up qui ne comprend que 3 places à l'abri des ardeurs du soleil... Faute de confort, nous aurons les rencontres... ![]()
Il est donc 8h30 quand nous prenons la route de la montagne, en compagnie de Marcus, Gallois peu bavard mais aussi de Céline et Jean-Jérome qui sont comme nous en voyage pour un an. Pour cette laborieuse ascension vers la montagne notre chauffeur et son copilote avaient pris soin de tapisser le fond du pick-up d'un édredon, se souciant peu du fait que ce dernier accessoire ait dû prendre l'eau ou un liquide quelconque à plusieurs reprises jusqu'à être imprégné d'une odeur de moisi très très prononcée et tout autant incommodante. ![]()
On s'habitue à tout et puis les odeurs de la montagne prennent vite le dessus : la végétation croit à une vitesse vertigineuse alors que nous progressons dans la réserve. La jungle est dense et, lorsque nous arrêtons notre moteur, une vie insoupçonnée se manifeste par des chants et des cris parfois inquiétants !
Cette impression ira croissante jusqu'au sommet de la montagne où se trouvent les vestiges d'une maison du roi. Ayant servi de camp retranché pendant la guerre, cette bâtisse est complètement délabrée mais offre toujours un superbe panorama jusqu'au Golfe du Siam. Non loin de là, notre chauffeur nous indique l'ancien casino qui servait de Q.G. aux soldats Vietnamiens pendant la guerre. Une équipe de réalisation coréenne y tourne un film et l'ambiance est surréaliste tant il est difficile de déceler ce qui provient du décor pour le film du matériel laissé sur place par les belligérants.
Tout cela est assez sinistre mais, heureusement, à quelques pas le silence est à nouveau complet et on est seul avec les bruits de la jungle.
D'ailleurs, c'est un peu ce que nous devions tous rechercher en demandant à aller faire un petit tour hors du sentier, dans la jungle à proprement parler. La végétation absorbe notre petite troupe en quelques minutes et nous tâchons d'avancer à pas de loup, écartant fougères et feuilles piquantes chacun notre tour.
Nous observons des plantes carnivores et de nombreuses orchidées sur les troncs d'arbres mais évitons de signaler quoique ce soit pour que notre guide ne se fasse pas un devoir d'aller arracher tout le pied pour nous le donner !
Comment lui dire qu'il ne peut pas tout arracher comme cela, qu'avec le développement du tourisme c'est toute la forêt qui sera menacée ? Comment lui faire voir l'environnement différemment alors que la conscience écologique semble si loin de ses préoccupations ? Voilà un dilemme auquel nous aurons été confrontés tout au long de notre périple et qui, si désolant soit-il, ne nous laisse pas entrevoir de solution miracle. Quand enfin l'éducation aura t